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Monsieur le Député européen Jean-Pierre Audy, membre de la Commission du commerce international, répond à notre question: "L'Euro vole de record en record. Notre monnaie est-elle trop forte ?"Le taux de change de l'euro s'est établi depuis septembre 2007 au-delà de 1,40 dollar pour 1 euro (ce lundi 29 octobre 2007 : 1,44). L'évolution a été comparable avec les autres monnaies de nos partenaires commerciaux, notamment avec le yuan chinois, que presque tous les experts considèrent sous-évalué. C'est d'ailleurs le seul point qui a fait l'unanimité lors de la décevante réunion des ministres des finances du G7, le 19 octobre dernier à Washington. Le communiqué de cette réunion ne mentionnait ni l'euro, ni le dollar, ni le yen, mais invitait la Chine à autoriser une "appréciation accélérée" de son taux de change effectif.
Il est désormais acquis que la banque centrale chinoise a œuvré pour le maintien d'un taux de change artificiellement bas pour le yuan. En revanche, la banque centrale européenne (BCE) n'a pris aucune initiative visant à modérer le cours de l'euro ; pire, elle n’a eu de cesse d’augmenter ses taux d’intérêt d’intervention dans le cadre d’une approche monétariste du combat de l’inflation. De surcroît, toute déclaration demandant une intervention sur les taux de change était vue comme une remise en cause de l'indépendance de la BCE, ce qui provoquait une levée de boucliers à Francfort, à Bruxelles, et dans certaines capitales européennes. Au Parlement européen, il a fallu que je me batte pendant plusieurs mois avant que ne soit acceptée ma proposition d'organiser un débat politique en plénière sur les taux de change des principales monnaies dans le monde et leur impact sur le commerce international.
Je suis très attaché à l'indépendance de la BCE, car notre histoire économique et monétaire nous enseigne qu’il ne faut pas confier aux forces politiques la conduite de la monnaie. Sans remonter aux assignats et à la dépréciation du Deutsch Mark au moment de l’accession d’Hitler au pouvoir, les récentes « guerres civiles monétaires européennes » qui, d’ailleurs, ont été pour partie à l’origine de la création de l’euro, démontrent suffisamment le danger qu’il y a à politiser la monnaie. Mais je considère que le système européen des banques centrales (SEBC) ne porte pas suffisamment d’attention à la croissance économique. Il faut sans cesse rappeler que l’article 105 du traité instituant la communauté européenne prévoit que, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien au politiques économiques générales dans la communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs définis à l’article 2 ; notamment de promouvoir un développement équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques.
Le fait, pour la BCE, de maintenir des taux d’intérêt minimaux d’intervention à plus du double de l’inflation, est à mes yeux une erreur économique qui affecte le coût des investissements, provoque de l’importation de désinflation et augmente un pouvoir d’achat provisoire qui engendre la consommation de produits étrangers en détruisant nos emplois
Longtemps isolée sur cette question, la France a vu ses arguments de plus en plus reconnus à Bruxelles. Au début du mois d'octobre, Joaquin Almunia, commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, a fait part de sa préoccupation et de sa volonté d'agir. Il a été rejoint depuis lors par les présidents de l'organisation patronale européenne Business Europe, et de différentes fédérations industrielles nationales, notamment allemande - signe qu'il ne s'agit plus là d'un sujet tabou. Cette inflexion du débat est à mettre au crédit du président Nicolas Sarkozy qui a défendu avec persévérance, auprès de nos partenaires européens, la possibilité de débattre de la politique monétaire de la BCE sans remettre en cause son indépendance.
Grâce à la question orale à la commission européenne que mon collègue Allemand (PPE-DE) Daniel Caspary et moi avons posé, le parlement européen aura l'occasion d’avoir un débat politique sur ces questions, probablement, en novembre prochain ; il est vraisemblable que les interventions des députés n'aboutiront pas à un consensus, car chacun aura son opinion sur les mérites comparés d'une monnaie faible ou forte. Pour ma part, je considère que si, pour la préservation de nos actifs, nous devons avoir un euro solide, nous ne devons pas avoir un euro trop fort, qui entraverait la croissance économique. Il est désormais nécessaire que l’euro, après avoir été une remarquable réussite technique, passe du statut d’une monnaie technique à une monnaie politique, dans le cadre du rôle d’acteur global que souhaite se donner l’union européenne.
Ce débat doit sortir de la sphère des experts, pour être discuté au sein des instances démocratiques, dans les partis politiques, et dans les opinions publiques. Le moment est venu pour les citoyens et leurs représentants de s’exprimer. C'est pourquoi je vous remercie d'avoir porté votre attention sur la problématique de la monnaie dans le cadre des "lundis de l'Europe". Le débat est lancé. Nous espérons que vous serez nombreux à y participer. L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen d'avoir participé aux Lundis de l'Europe.
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