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La crise iranienne : un défi pour l'Europe
Depuis bientôt cinq ans, la crise nucléaire iranienne constitue un des principaux défis adressés à la Politique Etrangère et de Sécurité Commune de l'Union européenne. C'est également, parmi les grands dossiers internationaux, celui où l'implication de l'UE en tant que telle a été la plus visible. En effet, depuis 2003, la « troïka » européenne (E3), composée de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, exerce des pressions constantes sur Téhéran afin d'obtenir tous les éléments du dossier nucléaire. Signataire du Traité de Non Prolifération (TNP), l'Iran possède le droit de se doter d'une industrie nucléaire civile. Ce droit n'est guère contesté par les dirigeants européens. Ces derniers souhaitent en revanche obtenir la garantie que les efforts de Téhéran n'ont pas de finalité militaire. Cette exigence de garantie a été constamment réaffirmée depuis la découverte, en 2002, d'un programme clandestin d'enrichissement de l'uranium sur le sol iranien. Ce programme, qui constitue une violation des engagements pris par l'Iran vis-à-vis de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), a rompu la confiance entre l'Iran et la communauté internationale. Qui plus est, d'après de nombreux experts, l'existence d'un tel programme ne peut se justifier que par une volonté iranienne d'obtenir l'arme atomique – ou tout au moins de se doter des capacités nécessaires à son obtention.
Les négociations, initiées par les Européens et soutenues depuis 2005 par les trois autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU (États-Unis, Russie, Chine), visent précisément à rétablir la confiance et à prémunir la communauté internationale contre toute nouvelle transgression iranienne. Face au refus constant de l'Iran d'interrompre ses efforts d'enrichissement, des sanctions internationales ont été votées par le Conseil. Ces sanctions ont été constamment renforcées, sans que cette pression internationale réussisse pour l'heure à faire dévier les dirigeants iraniens de leur politique. Un récent rapport des services secrets américains a certes affirmé que le programme nucléaire militaire de l'Iran avait été interrompu en 2003, mais, en l'absence de vérification sur le terrain, ce rapport n'a pas mis fin à la crise.
Pour de nombreux observateurs, l'échec des négociations semble démontrer que les « Six » sont impuissants face à la volonté iranienne de poursuivre un programme nucléaire en dehors de tout contrôle international, de sorte que même la résolution 1737 du Conseil de Sécurité - interdisant à l'Iran de poursuivre son programme nucléaire et imposant un embargo sur le transfert de technologies sensibles en direction du pays - s'est avérée impuissante à faire fléchir les dirigeants iraniens.
Les impasses de la politique européenne actuelle
L'échec de la stratégie poursuivie jusqu'à aujourd'hui par les grandes puissances semble appeler la critique. En particulier, la faiblesse de l'implication européenne mérite d'être soulignée. Certes, les efforts des « 3 » sont officiellement soutenus par l'ensemble de l'Union européenne, tandis que le Haut Représentant pour la Politique Etrangère et de Sécurité Commune, Javier Solana, continue de jouer un rôle central dans les négociations avec les dirigeants iraniens. Néanmoins, pourquoi l'UE à 27 se contenterait-elle de faire entendre sa voix à ...3 ? Autrement dit, pourquoi la Troïka resterait-t-elle seule à s'exprimer, tandis que les autres membres de l'UE demeureraient quasi-absents du dossier ? 27 États pèseraient plus lourd, auraient plus de crédibilité, d'influence, tandis que laisser seulement 3 États européens traiter le dossier donne une image négative d'une Europe qui considère l'Iran comme un sujet « pour puissances averties » et non comme un sujet sur lequel tous les Etats devraient se pencher.
Un autre problème concerne le degré d'indépendance réelle de la position européenne. Contrairement à une impression répandue, l'Europe politique, à travers ce dossier, se trouve en réalité affaiblie. Aux yeux des dirigeants internationaux, des analystes et de l'opinion publique, la Troïka suit, sans autre réflexion, les États-Unis dans ses choix et ses propositions, se contentant seulement d'ajouter une touche de « diplomatie » en gardant le contact établi et en rencontrant fréquemment les responsables iraniens. Cela suffit-il ?
Il est nécessaire aujourd'hui d'avoir une position européenne à 27 ferme, diplomatique, mais reflétant les intérêts, valeurs et objectifs propres à l'Union européenne. Cette démarche collective ne pourra être mise en oeuvre qu'après avoir pris en compte les intérêts et positions des 27 États membres de l'UE.
Quelle stratégie européenne pour l'Iran ?
La solution à la crise iranienne est clairement politique. Bien que la possibilité d'un affrontement militaire ne puisse jamais être écartée - encore moins dans les discours - il semble aujourd'hui évident qu'aucun État européen n'envisage de mettre fin aux négociations avec le régime islamique, et ce malgré les propos parfois très virulents du président iranien à l'égard des dirigeants « occidentaux » , de l'AIEA et des décisions du Conseil de Sécurité de l'ONU. La question qui se pose est celle de la réelle motivation des dirigeants européens, et de leurs objectifs. Quel doit être le but ultime de l'Union européenne ? La fin du programme nucléaire iranien ? Un changement de la politique iranienne au Moyen-Orient (notamment le soutien aux milices chiites en Irak et au Hezbollah au Liban) ? Ou tout simplement, un changement de régime en Iran ?
Objectif le plus désirable pour certains, mais également le plus radical, le changement de régime se trouve aujourd'hui disqualifié par l'expérience irakienne et apparaît en tout état de cause impossible à atteindre, en raison de l'affaiblissement des capacités militaires américaine et européenne. Une autre option, plus politique, paraît plus envisageable dans l'immédiat. Par des jeux d'alliances, nouvelles et anciennes, de déclarations, d'actions très discrètes, les États-Unis s'efforcent d'isoler progressivement l'Iran sur la scène internationale. Isolement très redouté par les dirigeants iraniens qui, sous les mandats du président Khatami, avaient réussi à renouer le contact avec l'étranger proche et parfois plus lointain. En s'assurant que l'Iran n'a pas d'allié dans la région, Washington prépare le départ des mollahs. Cette stratégie comporte certaines limites. Les voisins de l'Iran, qui souhaitent éviter la guerre, maintiennent des contacts réguliers avec la République islamique. C'est le cas notamment de l'Arabie Saoudite et de l'actuel gouvernement irakien, la Syrie étant pour sa part un allié objectif de Téhéran. Il est clair cependant que les ambitions de l'Iran provoquent de réelles inquiétudes chez ses voisins. Contrairement à leurs opinions publiques, les dirigeants arabes sunnites ne souhaitent pas un départ précipité des Occidentaux, qui les laisseraient seuls face à la grande puissance chiite. La stratégie d'isolement des États-Unis, si elle ne peut réussir entièrement, accroît incontestablement la pression sur les dirigeants iraniens.
Sur ce sujet, les Européens ne semblent pas unanimes. Ainsi, la France, dont la politique étrangère connaît une certaine inflexion avec le président Sarkozy, condamne avec fermeté les actions de Téhéran au Moyen-Orient et en Iran même, en particulier la dictature du régime et son soutien au terrorisme, et rejette l'idée qu'il ne faudrait pas agir par crainte de l'affrontement.. Il n'est toutefois pas certain que cette position dure soit unanimement partagée en Europe. Si Londres et Berlin proclament également leur fermeté, les réactions européennes à l'évocation par Bernard Kouchner de la possibilité d'une guerre démontrent que, pour de nombreux États membres de l'UE, la volonté d'éviter à tout prix un nouveau conflit tend à prendre le pas sur toute autre considération. Il y a là un désaccord potentiellement fondamental entre la France et certains de ses partenaires.
Au delà de la question du soutien à Washington, la crise iranienne impose en réalité à l'Union européenne un choix géopolitique et stratégique. Un Iran stable, fort, prospère, et une population qui profiterait du développement économique et des richesses de son pays, constitueraient pour l'Europe un bénéfice à l'évidence considérable. L'expérience irakienne rappelle cependant les nécessités de la prudence et souligne la faible capacité des acteurs extérieurs à transformer par eux-mêmes le Moyen-Orient.
Dès lors, l'Union européenne doit éviter un double écueil. Elle ne doit pas aggraver inutilement l'instabilité dans une région déjà particulièrement meurtrie, mais elle ne doit pas non plus se satisfaire de l'existence de l'actuel régime iranien. Ce régime, s'il constitue pour certains un partenaire commercial intéressant, continue en effet de menacer certains de ses voisins et de violer de manière répétée le droit international. La solution ne peut consister qu'à articuler les exigences du court terme à une ambition de long terme. Les Européens doivent se doter d'une vision commune, et se préparer à agir ensemble, en collaboration avec leurs amis en Iran, pour infléchir la politique et l'histoire iraniennes dans un sens plus conforme à leurs véritables intérêts et à leurs idéaux.
Rita KIAI Pôle Études Membre du Groupe Énergie et Europe Élargie
Quentin PERRET Pôle Études Responsable du Groupe Énergie et Europe Élargie
 | Les mauvais résultats économiques de la France placent notre pays à la traîne de nos partenaires européens. Nous avons demandé àMonsieur le Député européen Jean-Paul Gauzès, Membre de la Commission des affaires économiques et monétaires quel impact de tels résultats ont sur notre influence dans l'UE: |
Avec 2% de croissance en 2006, la France se situe en dessous de la moyenne européenne qui s'établit à 2,8% pour la même année. Cette situation tient principalement au commerce extérieur et au faible investissement des entreprises.
Depuis 2003, les performances de la France en matière d'exportations sont inférieures à la moyenne de l'ensemble des pays de la zone euro. En 2007, le déficit du commerce extérieur français a atteint 39,171 milliards d'euros contre 23 milliards d'euros en 2005. Les importations effectuées en 2007 ont augmenté de 5,4% contre 3,1% pour les exportations.
La situation du commerce extérieur français est pour une large part imputable à la hausse des prix du pétrole et à l'appréciation de l'euro qui freine les exportations hors zone Euro. Elle peut également s'expliquer par des facteurs structurels: la faiblesse du secteur industriel, l'insuffisance des PME innovantes en France et les carences dans les dépenses de R&D des entreprises (1,12% du PIB contre 1,68% en Allemagne).
Le Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Hervé Novelli, a présenté début février dix mesures pour soutenir et relancer les exportations françaises qui s'ajoutent aux mesures structurelles déjà engagées par le gouvernement et à celles proposées dans le cadre du projet de loi "Modernisation de l'économie". L'objectif est de recentrer les efforts français sur les PME, de développer de meilleurs dispositifs d'aides au niveau européen, de relancer le portage des PME par des grands groupes. Le plan Novelli prévoit également une approche par zone "cible": une "zone proche" comprenant les pays de l'Union européenne et ceux du pourtour méditerranéen et la "zone grand large" qui recouvre les marchés asiatiques, le proche et Moyen-Orient et les pays d'Amérique. Il est également prévu de réexaminer les dispositions fiscales bénéficiant aux dirigeants d'entreprise prospectant à l'étranger ou celles relatives au champ d'application du crédit d'impôt export.
La situation économique de la France n'est pas telle qu'elle remette en cause sa position et son influence dans l'Union européenne. Au moment où la France va prendre la présidence de l'Europe, il convient de mettre en lumière les réformes effectuées ou en cours qui sont de nature à favoriser la croissance et à réduire le déficit budgétaire de manière à crédibiliser les engagements de la France au titre du pacte de stabilité et de croissance.
Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe et nous vous invitons à le retrouver sur son site.

Monsieur le Député européen Jean-Pierre Audy, membre de la Commission du commerce international, répond à notre question: "L'Euro vole de record en record. Notre monnaie est-elle trop forte ?"Le taux de change de l'euro s'est établi depuis septembre 2007 au-delà de 1,40 dollar pour 1 euro (ce lundi 29 octobre 2007 : 1,44). L'évolution a été comparable avec les autres monnaies de nos partenaires commerciaux, notamment avec le yuan chinois, que presque tous les experts considèrent sous-évalué. C'est d'ailleurs le seul point qui a fait l'unanimité lors de la décevante réunion des ministres des finances du G7, le 19 octobre dernier à Washington. Le communiqué de cette réunion ne mentionnait ni l'euro, ni le dollar, ni le yen, mais invitait la Chine à autoriser une "appréciation accélérée" de son taux de change effectif.
Il est désormais acquis que la banque centrale chinoise a œuvré pour le maintien d'un taux de change artificiellement bas pour le yuan. En revanche, la banque centrale européenne (BCE) n'a pris aucune initiative visant à modérer le cours de l'euro ; pire, elle n’a eu de cesse d’augmenter ses taux d’intérêt d’intervention dans le cadre d’une approche monétariste du combat de l’inflation. De surcroît, toute déclaration demandant une intervention sur les taux de change était vue comme une remise en cause de l'indépendance de la BCE, ce qui provoquait une levée de boucliers à Francfort, à Bruxelles, et dans certaines capitales européennes. Au Parlement européen, il a fallu que je me batte pendant plusieurs mois avant que ne soit acceptée ma proposition d'organiser un débat politique en plénière sur les taux de change des principales monnaies dans le monde et leur impact sur le commerce international.
Je suis très attaché à l'indépendance de la BCE, car notre histoire économique et monétaire nous enseigne qu’il ne faut pas confier aux forces politiques la conduite de la monnaie. Sans remonter aux assignats et à la dépréciation du Deutsch Mark au moment de l’accession d’Hitler au pouvoir, les récentes « guerres civiles monétaires européennes » qui, d’ailleurs, ont été pour partie à l’origine de la création de l’euro, démontrent suffisamment le danger qu’il y a à politiser la monnaie. Mais je considère que le système européen des banques centrales (SEBC) ne porte pas suffisamment d’attention à la croissance économique. Il faut sans cesse rappeler que l’article 105 du traité instituant la communauté européenne prévoit que, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien au politiques économiques générales dans la communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs définis à l’article 2 ; notamment de promouvoir un développement équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques.
Le fait, pour la BCE, de maintenir des taux d’intérêt minimaux d’intervention à plus du double de l’inflation, est à mes yeux une erreur économique qui affecte le coût des investissements, provoque de l’importation de désinflation et augmente un pouvoir d’achat provisoire qui engendre la consommation de produits étrangers en détruisant nos emplois
Longtemps isolée sur cette question, la France a vu ses arguments de plus en plus reconnus à Bruxelles. Au début du mois d'octobre, Joaquin Almunia, commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, a fait part de sa préoccupation et de sa volonté d'agir. Il a été rejoint depuis lors par les présidents de l'organisation patronale européenne Business Europe, et de différentes fédérations industrielles nationales, notamment allemande - signe qu'il ne s'agit plus là d'un sujet tabou. Cette inflexion du débat est à mettre au crédit du président Nicolas Sarkozy qui a défendu avec persévérance, auprès de nos partenaires européens, la possibilité de débattre de la politique monétaire de la BCE sans remettre en cause son indépendance.
Grâce à la question orale à la commission européenne que mon collègue Allemand (PPE-DE) Daniel Caspary et moi avons posé, le parlement européen aura l'occasion d’avoir un débat politique sur ces questions, probablement, en novembre prochain ; il est vraisemblable que les interventions des députés n'aboutiront pas à un consensus, car chacun aura son opinion sur les mérites comparés d'une monnaie faible ou forte. Pour ma part, je considère que si, pour la préservation de nos actifs, nous devons avoir un euro solide, nous ne devons pas avoir un euro trop fort, qui entraverait la croissance économique. Il est désormais nécessaire que l’euro, après avoir été une remarquable réussite technique, passe du statut d’une monnaie technique à une monnaie politique, dans le cadre du rôle d’acteur global que souhaite se donner l’union européenne.
Ce débat doit sortir de la sphère des experts, pour être discuté au sein des instances démocratiques, dans les partis politiques, et dans les opinions publiques. Le moment est venu pour les citoyens et leurs représentants de s’exprimer. C'est pourquoi je vous remercie d'avoir porté votre attention sur la problématique de la monnaie dans le cadre des "lundis de l'Europe". Le débat est lancé. Nous espérons que vous serez nombreux à y participer. L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen d'avoir participé aux Lundis de l'Europe.
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