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Conférence-débat
organisée par la Commission Europe du MEDEF et Confrontations Europe
Au cœur de l'agenda communautaire, la politique énergétique et environnementale constituent un thème majeur de réflexion pour l'Atelier Europe. En prévision de la future Présidence française de l'UE, le MEDEF, en partenariat avec Confrontations Europe, a choisi de consacrer à cette question la première d'une série de rencontres dédiées aux questions européennes. Elie Cohen, membre du Conseil d'Analyse Economique et professeur à Sciences Po, Nicole Fontaine, ancien ministre de l'Industrie et ancienne présidente du Parlement européen, Dominique Ristori, directeur général adjoint de la DG Energie Transports à la Commission européenne, Philippe Rosier, président du groupe de travail Energie de Business Europe, et Jean-Louis Schilansky, président du Comité Energie du MEDEF, ont successivement pris la parole. Jérôme Bédier, Président de la Commission Europe du MEDEF et Président de la Fédération des Etreprises du Commerce et de la Distribution, ainsi que Philippe Herzog, Président de Confrontations Europe, ont animé le débat. Sous-capacité, dépendance, hétérogénéité des profils énergétiques : telles semblent être pour le moment les caractéristiques de la situation énergétique européenne. Il est donc urgent d’agir, afin de remédier à ces maux qui peuvent hypothéquer l’avenir, le tout en tenant compte des objectifs tout aussi urgents de lutte contre le réchauffement climatique. Peu à peu se dessinent ainsi les contours d’une révolution post-industrielle.Les Européens sont-ils uni face au défi énergétique?Pour Nicole Fontaine, la volonté traditionnelle des Européens de préserver leurs spécificités énergétiques nationales s'estompe face au poids des nouvelles réalités. Quatre phénomènes déterminent l'émergence d'une politique énergétique commune: les menaces sur la sécurité d'approvisionnement, la hausse du prix des hydrocarbures, l'aggravation du réchauffement climatique et la nécessité du développement durable. Sans renoncer à leurs différences, les Européens doivent harmoniser leurs mix énergétiques afin de réduire leur consommation globale d'hydrocarbures. L'énergie nucléaire jouera ici un rôle essentiel.Une politique industrielle européenne est aujourd'hui une nécessité urgente. Mais si la Commission a raison de vouloir harmoniser les régulations nationales (fût-ce par la création d'une Agence européenne de régulation) l'unbundling (c'est-à-dire la séparation patrimoniale des infrastructures de production et de transport et le démantèlement des entreprises intégrées) comporterait en revanche des conséquences réellement indésirables.Pour Dominique Ristori, les Européens s'accordent aujourd'hui sur l'objectif d'une économie européenne faiblement émettrice de gaz à effet de serre. L'objectif d'une réduction globale de 20% des émissions d'ici à 2020, proposé par la Commission en janvier et adopté par le Parlement européen et le Conseil européen du mois de mars, esquisse les contours d'une révolution post-industrielle. Le nucléaire a évidemment toute sa place dans ce processus. Les dernières propositions de la Commission ne constituent qu'une partie d'une future politique énergétique globale. L'important est que des objectifs soient désormais fixés pour l'ensemble de l'Union européenne. Le dialogue sur leur mise en oeuvre va se poursuivre.Le renchérissement des hydrocarbures s'explique par différents éléments (raréfaction des ressources, crises géopolitiques...) mais se trouve également exacerbée par les conséquences du sous-investissement au cours des 25 dernières années, en Europe et dans le monde. On estime que 20 trillions d'euros devront être investis au cours des deux prochaines décennies, dont 900 milliards pour l'électricité. Les Européens devront faire en sorte que ces sommes soient utilement dépensées.La course à la compétition, que semble vouloir encourager la Commission européenne, constitue-t-elle une réponse appropriée à la crise?Pour Philippe Rosier, la libéralisation des marchés énergétiques en Europe se traduit par l'alignement des prix à la consommation sur la source de production la plus chère. Pour les consommateurs d'énergie nucléaire, cela signifie un doublement des prix. L'obstination de la Commission à vouloir accentuer la concurrence paraît dès lors absurde.Les récentes propositions de la Commission pour les marchés de l'électricité et du gaz (unbundling, harmonisation des régulations des marchés nationaux, coopération entre distributeurs...) ne peuvent constituer une base de départ qu'à condition d'être complétées.Il y a en effet un besoin urgent de nouvelles infrastructures (centrales, pipelines, raffineries). Pour cela, il faut préserver les contrats à long terme. Ces contrats constituent en effet la seule garantie efficace permettant aux entreprises du secteur énergétique d'investir les sommes considérables que représentent ces nouveaux équipements.Jean-Louis Schilansky a rappellé que, grâce à son programme nucléaire, la France est moins dépendante des hydrocarbures que ses voisins européens, et par conséquent moins concernée par le risque d'une rupture d'approvisionnement. Quant au phénomène de sous-investissement constaté en Europe, il s'explique à la fois par l'énormité des sommes en jeu et par le fait que, jusqu'à une date récente, de telles dépenses n'auraient pas été justifiées.Aujourd'hui, alors que de tels investissements apparaissent nécessaires, se pose la question du partage à établir entre énergies classiques et énergies renouvelables. Pour les PME, cette question soulève le problème des quotas de CO2. Ces quotas sont un des éléments qui, en l'absence d'un engagement massif des pouvoirs publics visant à garantir un retour sur investissements, constituent pour les entreprises du secteur une contrainte potentielle pour la productivité future.Quelles devraient être les priorités du volet industriel de la politique énergétique européenne?Elie Cohen a souligné que les trois objectifs définis par la politique énergétique européenne (compétitivité des économies, sécurité des approvisionnements, lutte contre le réchauffement climatique) ne sont pas naturellement compatibles. Les décideurs européens devront donc trouver des solutions afin que ces trois objectifs soient davantage compatibles.Les mix énergétiques des différents Etats européens sont quasiment opposés. En France, le nucléaire assure une production d'électricité essentiellement décarbonnée. En Allemagne, en revanche, la sortie du nucléaire est programmée, alors même que l'énergie reste fortement carbonnée. De telles divergences nationales signifient que l'harmonisation ne se fera pas toute seule: les pouvoirs publics devront l'imposer.Quelle sera la priorité pour l'Union européenne? Sera-ce la lutte contre le réchauffement climatique? Alors il faudra interdire la construction de nouvelles centrales électriques émettrices de CO2, ce qui pénaliserait certains pays. Il faudra par ailleurs harmoniser à l'échelle européenne les différents dispositifs d'incitation aux énergies renouvelables; il en existe actuellement plus d'une trentaine au sein de l'UE à l'heure actuelle.La volonté de la Commission d'accentuer la concurrence dans le secteur énergétique et d'imposer l'unbundling est une erreur. D'une part, chacun sait que les tensions actuelles sur les marchés de l'énergie s'expliquent par les crises géopolitiques et l'insuffisance des facteurs physiques de production (ressources et infrastructures), non par un manque de concurrence. D'autre part, la libéralisation aura pour conséquence d'aligner les prix de l'électricité dans certains pays (notamment en France) sur les prix les plus élevés du marché européen, ce qui est totalement contre-productif pour le consommateurs.Il est donc nécessaire, à la fois de définir des priorités à l'échelle européenne, et de prendre garde à ne pas heurter les opinions publiques.Sécurité énergétique et PESDPhilippe HERZOG conclut sur la mutation énorme intervenue dans le contexte énergétique européen. Le secteur est aujourd'hui victime d'une crise aiguë de sous-capacité, alors même que l'UE est engagée dans une dynamique de croissance. L'absence d'investissements depuis de nombreuses années est aggravée par la dépendance accrue des Européens face à des ressources extérieures de plus en plus concentrées chez un petit nombre de producteurs – au premier rang desquels la Russie. Cette réalité soulève un immense défi de politique extérieure.Une réponse politique est nécessaire. La politique énergétique européenne doit être liée à une relance de la politique européenne de sécurité et de défense. Or le cadre européen n'est pour l'heure qu'un espace de règles. Les investissements nécessaires à la sécurité énergétique de l'UE ne seront pas rentables à court terme. Les Etats devront par conséquent assumer un rôle central dans la construction de nouvelles infrastructures.La Commission doit repenser la stratégie d'unbundling, qui crée de l'insécurité pour les investisseurs potentiels. Les Etats doivent pour leur part accepter de renoncer à leurs stratégies purement nationales.Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, le Conseil doit étudier la question des sources d'approvisionnement à l'échelle européenne. Une relance éventuelle du nucléaire à l'échelle européenne devra toutefois tenir compte de la sensibilité des opinions publiques et demeure pour l'heure improbable.L'harmonisation des régulations des marchés énergétiques suppose au préalable un réseau européen physiquement unifié. Cela implique la construction d'infrastructures énergétiques pan-européennes (gazoducs et lignes d'interconnection des réseaux électriques, notamment). Il importe également de réguler et d'harmoniser les prix du gaz pour la partie transit.En ce qui concerne les Relations extérieures, la Commission doit renoncer à vouloir imposer le droit européen aux partenaires de l'Union. Les relations énergétiques entre fournisseurs et consommateurs doivent plutôt s'établir sur le mode des intérêts partagés. Il serait par exemple bon d'explorer la possibilité de coopérations industrielles et technologiques avec la Russie, qui inscriraient les relations énergétiques russo-européennes dans le cadre de la diversification de l'économie russe.Enfin, la négociation pour 2012 du traité qui succédera au protocole de Kyoto devra tenir compte de la position des Etats-Unis, de la Chine et de l'Inde. Il est en effet impensable de prétendre combattre le réchauffement climatique sans la participation de ces trois pays.
Quentin PERRET
Responsable du Groupe Russie et Europe Orientale
| Le prix Nobel de la Paix vient d’être décerné conjointement à Al Gore et au GIEC pour leur action en faveur de l’environnement. Comment analyser le fait que cette distinction soit attribuée cette année à des personnalités qui s’engagent pour l’environnement ? Al Gore, homme politique, aujourd’hui citoyen engagé pour l’avenir de la planète, est aussi perçu comme un homme de paix. L’équilibre mondial se joue autant sur la neutralisation des éventuels conflits que sur l’harmonie de l’homme avec son environnement. C’est l’engagement d’Al Gore pour cette osmose de la nature et de la culture qui est aujourd’hui récompensé, engagement de toute une vie qu’il convient d’évoquer et de remettre en perspective dans cette mobilisation urgente que l’état de notre planète appelle. | 
Al Gore à Oslo lors de la remise du Prix Nobel |
L’histoire d’Al Gore
L’un des rares hommes politiques américaines à demander la ratification des accords de Kyoto par les Etas-Unis
Né le 31 mars 1948 Al Gore fait ses études à Harvard où il obtient un Bachelor of Art en juin 1969. Sa carrière politique débute à la chambre des représentants en 1976, comme candidat dans la quatrième circonscription du Tennessee. Il sera réélu sans discontinuité en 1978, 1980 et 1982. En 1984 il est élu au Sénat face à son adversaire Victor Ashe.
Au cours de ses différents mandats Al Gore impressionne par sa maîtrise des dossiers environnementaux. En 1992 il est choisi par Bill Clinton pour être son colistier lors de la campagne présidentielle de la même année. Le 3 novembre il est élu 45eme vice-président des Etats-Unis, mandat renouvelé en 1996. Considéré par les historiens comme l'un des Vice-présidents les plus influents et les plus actifs de l'Histoire américaine, il s’engage énergiquement pour la cause environnementale. Il prend ainsi diverses mesures contre le réchauffement climatique, la réduction de la couche d'ozone et la déforestation. En tant que président du Congrès (fonction dévolue au vice-président) il initie la première audition du Congrès et engage le débat avec les représentants élus. Il compte sur eux pour prendre des mesures fortes et concrètes, mais doit se heurter à certaines réticences. La « Carbon Tax », mesure dont le but est de réduire la consommation de combustible fossile, souhaitée et initiée par Al Gore, n’a été que partiellement mise en œuvre en 1993. En 1997 il se prononce pour la ratification du traité de Kyoto par les États-Unis mais le Sénat y reste opposé. Gore connaît aussi des succès. Il soutient le placement du satellite dans le cadre du programme Triana, pour accroître la conscience des problèmes environnementaux. Candidat à l’élection présidentielle face à Georges Bush en 2000, il s’engage à faire ratifier le protocole de Kyoto s’il est élu. Pourtant arrivé en tête avec 550 000 voix de plus que son adversaire Georges Bush, Al Gore, désavantagé par le système des grands électeurs, perd l’élection. Il se consacre alors à ce qu'il considère comme le combat ultime de sa vie, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement.
L’engagement de toute une vie
Al Gore prend conscience de la gravité du réchauffement climatique lors d'un cours à l'Université de Harvard du professeur Roger Revelle, l'un des premiers scientifiques à mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. En 1992 Al Gore publie Earth in the Balance, dans lequel il traite un certain nombre de sujets liés à l’environnement.
Un pédagogue hors pair
C’est lors de sa tournée « The Slide Show » qu’il informe le grand public des craintes de la plupart des scientifiques sur le réchauffement global de la terre. Il décrit alors les conséquences graves pour la planète si la quantité de production humaine de gaz à effet de serre n'est pas significativement réduite dans un futur très proche.
| Son film « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange), est son plus important succès médiatique. Le film sort sur les écrans à New York et Los Angeles le 24 mai 2006. Gore et la Paramount, le distributeur du film, ont utilisé la recette afin de financer des campagnes éducatives sur le changement climatique.
Ce film présente de nombreux aspects catastrophistes, comme le risque de l'effondrement d'un inlandsis majeur, un glacier très étendu au Groenland ou en Antarctique, dont l'un ou l'autre pourraient élever les niveaux de mer globaux d'approximativement 6 mètres, provoquant l'inondation des secteurs côtiers et créant une centaine de millions de "réfugiés climatiques", les éco réfugiés. La fonte des eaux du Groenland pourrait stopper le courant du Gulf Stream et rapidement déclencher un refroidissement local dramatique en Europe nordique.
La conclusion du documentaire est que si les mesures appropriées sont prises rapidement, les effets du réchauffement peuvent être inversés avec succès, en libérant notamment moins de dioxyde de carbone et en cultivant plus de plantes et d'arbres. Enfin Al Gore invite tous les spectateurs à apprendre comment ils peuvent aider et à se mobiliser dans cette initiative.
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Pour sensibiliser les spectateurs au problème du réchauffement climatique, le film présente la température annuelle et les niveaux de CO2 pendant les 650 000 dernières années déterminés par les analyses des carottes de glace prélevées en Antarctique.
Ses détracteurs : Jim Inhofe, Bush, John Howard
Al Gore accuse de manipulation ses détracteurs. Ceux-ci remettent en cause les origines du réchauffement climatique, et cherchent à entretenir, selon Al Gore, le doute et la septicité dans l’opinion publique, en opérant notamment une forte dichotomie entre les informations des médias spécialisés et des médias grand public.
L'agence de presse américaine Associated Press a interrogé plus de 100 chercheurs et experts sur la véracité du film. Ce sondage se déroulant avant la sortie nationale du film ou du livre, seuls 19 climatologues ont vu le film. Tous confirment les faits scientifiques relatés par Al Gore.
Mais le sénateur Jim Inhofe, président du Comité sénatorial de l’Environnement et des Travaux Publics des Etats-Unis déclare que « le réchauffement global est le plus grand canular jamais commis sur les Américains ». Cette intervention apparaît dans le film.
De même le Président Bush, interrogé avant la sortie du film pour savoir s'il comptait regarder le film, rétorque : "Ça m'étonnerait". Il a plus tard déclaré que "nous devons rester sceptiques quant au fait que les gaz à effet de serre sont causés par l'humanité ou de causes naturelles ". Gore réplique que "la communauté scientifique du monde entier s'accorde sur le fait que les êtres humains sont responsables du réchauffement planétaire et aujourd'hui encore il (Bush) a exprimé des doutes personnels sur la véracité de ces faits"
En 2006, Al Gore a effectue un voyage à Sydney pour promouvoir le film. Le premier ministre australien, John Howard refuse de rencontrer Al Gore et de s'engager sur le protocole de Kyoto, sur la seule base du visionnage du film : "Je ne prends pas de conseils politique d'un film".
En octobre 2007, un juge anglais est même allé jusqu’à estimer que le Gouvernement anglais devait modifier le guide de diffusion du film aux enseignants ("Guidance Notes to Teachers") pour mettre en évidence que :
- le film est une oeuvre politique qui ne montre qu'un seul point de vue
- si les enseignants présentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l' "Education Act 1996" et coupables d'endoctrinement politique.
- Onze inexactitudes doivent être en particulier portées à l'attention des enfants des écoles
Le soutien de la communauté scientifique
En revanche Al Gore trouve un écho quasi unanime dans les milieux scientifiques. Ainsi RealClimate, collectif de 11 climatologues, honore les faits scientifiques du film comme " remarquablement à jour, contenant des références à une partie des toutes dernières recherches ", et en France, Yann Arthus-Bertrand déclare :
« C'est un film très bien fait, à l'américaine, avec de l'humour, des applaudissements… En deux heures, il en fait plus pour l'environnement que moi en dix ans ! »
Les prises de position d’Al Gore ne font donc pas encore l’unanimité, surtout pour nombre de décideurs politiques ou d’industriels, sceptiques et méfiants à l’égard de thèses pouvant remettre en cause des intérêts économiques, sociaux et culturels. Néanmoins, outre la nécessité de développer et d’approfondir les recherches et les travaux en cours sur le réchauffement climatique et ses conséquences, les actions spectaculaires d’Al Gore ont le mérite de faire naître et de prolonger le débat, dans le but d’actions et d’une prise de conscience internationales d’envergure.
En décernant conjointement, à Al Gore et au GIEC, le prix Nobel de la paix, le jury de la vénérable institution norvégienne a voulu récompenser ces actions en faveur d’une véritable prise de conscience de la lutte pour l’environnement.
Environnement et géopolitique : l’écologie au service de la paix
L’environnement, symbole de l’harmonie entre les hommes et la nature, est aussi synonyme de paix, dans des sociétés civilisées où l’homme respectant l’environnement naturel, se respecte lui-même, respecte ses semblables et ses origines.
Un environnement respecté et équilibré avec les activités humaines contribue à une paix stable mais toujours fragile (pensons aux ressources en eaux et aux éventuelles tensions crées par une mauvaise répartition). La stabilité et la paix créent également les conditions premières et nécessaires aux sociétés pour réfléchir sur les défis écologiques.
En attribuant le prix Nobel de la paix à des défenseurs de la cause écologique, un signal fort a été envoyé : un monde pacifié sur une planète naturellement déstructurée n’a pas de sens et ne sera pas viable à terme.
La lutte pour la préservation de l’environnement mondial et la lutte pour la paix vont de pair et finalement les deux causes se rejoignent aujourd’hui dans une seule ambition : une humanité pacifiée dans un monde propre et un tant soi peu vivable.
En France Nicolas Hulot, personnalité issue de la société civile, ne cesse depuis plus de 20 ans, d’alerter l’opinion publique de l’urgence de la situation, par le biais d’émissions télévisées ou grâce au travail de sa Fondation. Ayant refusé toute responsabilité politique (il a, à plusieurs reprises, décliné la proposition d’être Ministre de l’Environnement), il s’est néanmoins servi de la dernière élection présidentielle pour imposer aux politiques un pacte environnemental, en échange, sinon de son soutien, du moins d’une popularité non écorchée par une image de mépris des questions environnementales. Nicolas Hulot apparaît, en utilisant des moyens différents, comme « l’Al Gore français ».
Pourtant l’environnement, l’écologie et la biodiversité, véritables enjeux mondiaux, n’ont toujours pas de relais assez fort au niveau européen. La politique environnementale a toujours été l’un des axes majeurs de la politique européenne, néanmoins il manque dans ce secteur, comme dans tant d’autres, une réelle harmonisation européenne (pensons seulement aux différentes politiques mises en œuvre par les États ou les collectivités dans le domaine du tri et du recyclage). Les États souhaitent conserver leurs propres marges de manœuvres car l’écologie remet en cause les politiques industrielles, économiques, d’emploi et d’éducation. A l’image d’un Haut-représentant pour la politique étrangère, prévu dans le traité simplifié, il est important que les intérêts écologiques européens, trouvant forcément écho au niveau mondial, soient défendus par une personnalité capable pareillement à Al Gore ou Nicolas Hulot, de créer le débat, d’alerter l’opinion publique et de faire bouger les lignes pour l’avenir de l’humanité.
Al Gore se rendra au Grenelle de l'environnement pour cloturer ces rencontres aux côtés de Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso et, sans doute, Wangari Maathai, autre prix Nobel de la Paix. Nous espérons pouvoir lui poser quelques questions!
Cédric GAUTHIER Pôle Études Groupe Environnement et Développement Durable
Liens : http://www.criseclimatique.fr/ http://nobelprize.org/index.html http://emploi-environnement.com/ae/news/1999.php4
L’Europe orentiale est une zone d’enjeux et d’interêts stratégiques pour la France et pour l’Union européenne.Quatre développements essentiels pour la sécurité et les intérêts français se jouent en ce moment à l'Est de l'Europe: - L’évolution interne et externe de la Russie - Les élections décisives en Ukraine de demain - La cohésion de l’UE - L’avenir des relations transatlantiques
A l’heure où la France redéfinit sa politique étrangère dans cette partie du monde, le groupe nouvellement crée "Russie et Europe orientale“ de l’Atelier Europe s’est interrogé sur les intérêts français dans cette région. Compte-tenu des enjeux stratégiques et économiques de cette partie de l’Europe, une nouvelle "politique orientale“ devrait être l’un des thèmes prioritaires de l’agenda de la présidence française de l’Union européenne. I- La France et l'Est de l'Europe: une dépendance mutuelle1) Les intérêts français en Europe de l'Est
Les intérêts de la France à l'Est de l'Europe sont d'abord matériels et immédiats. L'expansion économique et commerciale, la sûreté de l'approvisionnement énergétique, la sécurité intérieure et extérieure constituent pour n'importe quel gouvernement des objectifs de base. Pour la France comme pour les autres pays européens, la réussite de ces objectifs repose en grande partie sur la sécurité et la stabilité des Nouveaux Etats Indépendants (NEI) issus de l'ancienne Union soviétique et, à un moindre degré, des Etats successeurs de l'ancienne Yougoslavie: La sécurité énergétique. Les interruptions momentanées de l'approvisionnement gazier et pétrolier de l'Europe, survenues en Ukraine en 2006 et en Biélorussie en 2007, ont rappelé que l'instabilité politique de ces deux pays et les aléas de leurs relations avec la Russie pouvaient directement affecter les économies européennes. La stabilisation interne et externe de la Russie et de ses voisins constitue donc, pour la France et pour l'Europe, une nécessité de tout premier ordre.
L'économie et le commerce. Sur le point de rattraper leur retard économique et de rejoindre le peloton européen, les populations d'Europe de l'Est constituent pour les entreprises françaises un très important marché potentiel. La réalisation de ces potentialités ne sera toutefois pas automatique. Elle suppose à la fois la poursuite du processus de réforme des institutions et de consolidation de l'économie de marché, ainsi qu'un engagement politique fort des autorités politiques françaises vis-à-vis de leurs homologues. Dans ces pays plus que dans d'autres, l'engagement politique et l'accompagnement du processus de transition précèdent en effet l'implantation économique.
Les défis sécuritaires. Le glacis de nouveaux Etats qui s'étend aujourd'hui entre l'Union européenne et la Russie constitue, avec les Balkans, la dernière 'zone grise' du Continent européen. Les Etats qui constituent cette zone connaissent les problèmes que suscitent habituellement l'effondrement des Empires: conflits territoriaux, fragilité institutionnelle, instabilité politique, irrédentisme latent des minorités (notamment russophones), société civile à reconstruire, crise de la formation des élites et exode des cerveaux, relations malaisées avec l’ancien “centre“, vide sécuritaire à combler (par l'OTAN ou par la création de nouvelles organisations régionales). Ces incertitudes sont autant de facteur d'instabilité pour leurs voisins: l'Est de l'Europe constitue un point de passage pour de nombreux trafics (drogue, armes, immigration illégale...) qui constituent une menace objective pour les sociétés européennes, notamment pour la France. Face à ces menaces, la tentation de la fermeture existe, notamment par le durcissement de la frontière Schengen à l'Est. De telles mesures perturberaient la vie économique des communautés transfrontalières (par ex. les travailleurs ukrainiens travaillant en Slovaquie) et ne résoudraient pas les problèmes de fond. Ceux-ci exigent une stabilisation durable des voisins orientaux de l'Union européenne.
2) L'aggravation des tensions diplomatiques
Les intérêts de la France sont en fait inextricablement liés à la sécurité et à la stabilité de l'Est de l'Europe, comme d'ailleurs de l'ensemble du Continent européen. Or cette sécurité et cette stabilité sont aujourd'hui menacées par trois développements majeurs, tous issus en grande partie des incertitudes de la situation politique à l'Est du Continent. Ces développements concernent respectivement la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne elle-même. Le durcissement de la politique russe et des relations russo-occidentales. Après une décennie d'humiliation et de recul, la Russie renoue depuis quatre ans avec une stratégie de conquête d'influence sur la scène internationale. Cette entreprise possède une double dimension, militaro-diplomatique et commerciale: à l'intransigeance diplomatique et à l'accroissement des budgets de défense viennent s'ajouter les offensives du nouveau capitalisme russe, dont les opérations d'acquisition et de rachats (en particulier dans le secteur énergétique) ont une visée politique autant qu'économique. De plus, en dépit de l'évolution réelle de la culture politique du pays depuis quinze ans, la Russie continue de concevoir ses intérêts extérieurs en termes de contrôle territorial et de projection de puissance. Cette vision géopolitique de la puissance s'applique bien entendu en tout premier lieu à ses voisins immédiats, tant pour des raisons défensives (empêcher d'autres grandes puissances, potentiellement hostiles, de s'installer aux frontières russes) qu'en raison de la persistance de schémas mentaux (l'étranger proche étant considérée comme une zone naturelle de déploiement de la puissance russe). Mais la volonté de contrôle s'applique également aux ressources naturelles du pays, comme par exemple les ressources énergétiques. Cette logique est en contradiction manifeste avec la logique occidentale de la "porte ouverte“, appliquée aussi bien à l'économie qu'aux relations entre Etats, particulièrement entre Etats voisins. Les dernières années ont dès lors connu une dégradation notable des relations russo-occidentales; le discours prononcé en février à Munich par le président Poutine semble indiquer un réel basculement vers une logique de confrontation. Si cette impression devait se confirmer, l'impact serait particulièrement sensible pour la France, en raison de l'importance de la coopération politique bilatérale et de la présence économique française en Russie, notamment dans le secteur énergétique.
La confrontation russo-américaine et les divergences transatlantiques. Contrairement à l'Union européenne, les Etats-Unis nourrissent pour la région des projets résolument dynamiques et offensifs. Un de leurs buts essentiels est l'extension vers l'Est de leur dispositif militaire, officiellement pour traiter plus efficacement les menaces venues du Proche-Orient. Combinée au retour offensif de la Russie sur la scène internationale, cette entreprise américaine de "redéploiement“ a d'ores et déjà ressuscité la confrontation stratégique russo-américaine, certains observateurs américains n'hésitant pas à évoquer une nouvelle guerre froide. Mais la politique des Etats-Unis menace en outre l'unité transatlantique: comme l'ont démontré les controverses suscitées (notamment en Allemagne) par le projet d'installation d'un bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque, de nombreux Européens tiennent l'Amérique pour responsable des tensions actuelles et s'opposent à une politique considérée comme expansionniste. Cette tendance compromet directement la volonté de la France de ressouder l'unité politique entre les Etats-Unis et l'Europe.
Les divergences intra-européennes et l'échec de la stratégie européenne à l'Est. Face à la Russie et aux NEI, les Etats membres de l'Union adoptent des positions parfois radicalement divergentes. La Pologne et les Etats baltes sont en pointe, réclamant à la fois l'application stricte des règles du marché européen dans les relations énergétiques entre l'Union et la Russie et un soutien européen sans faille aux forces politiques pro-occidentales au sein des NEI, y compris une promesse immédiate d'adhésion à l'UE pour l'Ukraine et la Géorgie. A l'inverse, des pays tels que l'Allemagne ou l'Italie négocient avec la Russie des accords énergétiques bilatéraux et préfèrent ménager leurs relations avec Moscou plutôt que de reprendre à leur compte les revendications des dirigeants ukrainien et géorgien. De telles divergences internes hypothèquent l'unité européenne et paralysent la capacité d'action de l'UE dans deux domaines essentiels: l'absence de solidarité énergétique semble exclure une politique commune en ce domaine et pourrait avoir des conséquences néfastes pour l'application des règles du marché intérieur; et les divergences de vues sur la Russie et, par contrecoup, sur les Etats-Unis, condamnent à l'avance les perspectives de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune. A lui seul, l'antagonisme actuel entre l'Allemagne et la Pologne (un antagonisme directement lié aux politiques diamétralement opposées des deux pays vis-à-vis de l'Est) pourrait paralyser durablement le fonctionnement de l'Union européenne. De manière plus globale, cette absence de cohésion européenne compromet l’autonomisation de l’Union Européenne, en matière de sécurité notamment.
Plus largement, la politique suivie jusqu'à aujourd'hui par l'Union européenne dans la région est globalement un échec. Lancée en 2004, la Politique de Voisinage a rapidement rencontré ses limites. Non seulement ses objectifs – européanisation des pays voisins sans élargissement de l'Union, création d'une identité régionale sur une base purement bilatérale – sont mutuellement contradictoires, mais la stratégie européenne ne prend même pas en compte l'existence de la Russie et de sa politique. Quand à la "stratégie commune“ de l'Union vis-à-vis de la Russie, elle n'a pris en compte ni la spécificité de la structure économique du pays ni la politique de puissance de ses dirigeants. Son échec était donc finalement logique.
II- Une nouvelle politique française à l'Est1) Une conjoncture favorable
Face à cette situation, la France doit s'engager pleinement à l'Est de l'Europe, afin de contribuer à stabiliser la région et à atténuer les tensions entre ses principaux alliés et partenaires. Le moment pour intervenir est très propice, la France bénéficiant aujourd'hui d'une conjoncture particulièrement favorable sur la scène internationale: Des relations privilégiées avec l'ensemble des acteurs. L'élection du président Sarkozy a été très favorablement accueillie aux Etats-Unis et a totalement renversé la perception négative de la France qui dominait jusqu'alors chez les dirigeants américains. Ce changement d'opinion s'est également fait sentir au Royaume-Uni et en Europe centrale et orientale. Dans le même temps, le président de la République a su préserver la relation privilégiée entre la France et l'Allemagne. Enfin, comme l'a récemment illustré l'accord entre Total et Gazprom, la France reste pour l'heure ménagée par les dirigeants russes, ces derniers ne souhaitant ni compromettre inutilement leurs relations avec un de leurs derniers alliés potentiels en Europe, ni décourager la tradition russophile de la diplomatie française (d'autant moins qu'aucun désaccord bilatéral n'oppose pour l'heure la France et la Russie). Bien qu'elle appartienne clairement à l'un des deux camps la France se trouve aujourd'hui de fait dans une position presque arbitrale. Aucune autre puissance n'est à l'heure actuelle plus susceptible de parvenir à un compromis. Des échéances décisives. Quel que soit leur résultat, les élections législatives du 30 septembre en Ukraine et les turbulences plus ou moins pacifiques qui s'en suivront détermineront au bout du compte l'avenir immédiat du plus important des voisins communs de l'UE et de la Russie. Ces élections ukrainiennes seront suivies, quelques semaines plus tard, par des élections législatives en Pologne, puis, quelques mois plus tard, par des élections législatives, puis présidentielles, en Russie, ces dernières devant désigner le successeur de Vadimir Poutine. La seconde moitié de l'année 2008 sera donc le moment crucial pour reprendre les discussions avec, très certainement, de nouveaux partenaires dans un ou plusieurs des pays phares de la région. La présidence française de l'Union européenne interviendra donc à un moment décisif. Exerçant pour 6 mois la direction des affaires européennes, bénéficiant à la fois de l'amitié et de l'affaiblissement d'une administration américaine en fin de mandat et traitant avec un président russe qui, à ce stade initial, souhaitera sans doute favoriser un accommodement avec l'Occident (ne fut-ce que pour consolider sa position interne), la France dispose d'une réelle fenêtre d'opportunité pour proposer à ses partenaires une nouvelle politique orientale, susceptible de réunifier l'Union européenne et d'atténuer momentanément les tensions à ses frontières.
2) Propositions pour une nouvelle "politique orientale“
Les principaux axes d'une politique française et européenne vis-à-vis de l'Europe orientale pourraient être les suivants: Une véritable politique énergétique commune. Pour l'essentiel, la méthode privilégiée par la Commission européenne pour résoudre la question énergétique a consisté à étendre au secteur de l'énergie les règles du marché intérieur. En traitant plutôt les hydrocarbures comme une ressource stratégique, la France pourrait favoriser un changement de paradigme et orienter l'Union européenne vers une logique nouvelle de souveraineté et de contrôle communs. Cette nouvelle politique pourrait inclure à la fois des mesures déjà préconisées aujourd'hui (une interconnection des différents réseaux énergétiques nationaux, la création de réserves stratégiques pour le gaz...) et des mesures nouvelles (la protection des réseaux de distribution européens, la création d'une Agence chargée de centraliser, ou à tout le moins coordonner, les importations européennes de produits énergétiques...). Ces propositions seraient largement approuvées par les pays les moins confiants envers la Russie, comme la Pologne ou les pays Baltes. Et en dépit des difficultés juridiques soulevées par la renégociation des contrats bilatéraux avec Gazprom, l'Allemagne et l'Italie, soucieuses de leur sécurité énergétique, pourraient se laisser convaincre.
Une stratégie de stabilisation des Nouveaux Etats Indépendants. Pour ces Etats des confins, la clé de la survie, c'est-à-dire de l'indépendance politique et du développement économique, ne saurait constituer dans un choix entre Moscou et Bruxelles, mais dans l'établissement avec leurs deux grands voisins de relations mutuellement profitables. Il leur faut donc à la fois poursuivre leurs réformes économiques et institutionnelles, tout en s'inscrivant au sein d'une architecture politique régionale garantissant à la fois l'indépendance et la sécurité de l'ensemble de ses membres. L'Union européenne doit continuer à aider ces pays à adopter progressivement des standards de développement européens, en adaptant ses outils de coopération économique, financière et commerciale aux besoins particuliers de chacun d'entre eux, en approfondissant sa coopération culturelle (par exemple en étendant l'application du programme Erasmus à l’Ukraine et à la Géorgie) et en assouplissant sa politique migratoire. Dans le même temps, l'Union doit les aider à assurer leur sécurité intérieure et extérieure. Cela signifie établir ou rétablir avec la Russie des relations mutuellement avantageuses, dans le cadre de nouvelles structures pan-européennes de dialogue et de coopération.
Une nouvelle architecture de dialogue russo-européenne et russo-occidentale. Les difficultés éprouvées par la Russie et les gouvernements occidentaux à résoudre leurs désaccords résident bien sûr essentiellement dans la nature de ces désaccords, dans l'incompatibilité des principes diplomatiques russes et européens et dans la rivalité géostratégique russo-américaine. Mais l'inadéquation des structures de dialogue et de coopération existantes contribue à exacerber ces difficultés. La diplomatie européenne est hypothéquée par la faiblesse de ses moyens et par son impuissance à prévenir ou à décourager les divergences entre Etats membres; les Etats-Unis tendent à négliger les mécanismes de concertation, tant avec leurs alliés européens qu'avec la Russie; et l'identité même de l'Union européenne est incompatible avec la logique de souveraineté et l'objectif de puissance qui anime aujourd'hui la diplomatie russe. Le renforcement de l'armature institutionnelle de la diplomatie européenne, qui découlera normalement de l'adoption du traité simplifié, devra donc être complété par l'établissement de nouveaux formats de dialogue entre les gouvernements européens, russe et américain. En fonction des problèmes à traiter, les participants à ces nouveaux forums pourraient inclure, soit l'ensemble des Etats européens (une sorte d'OSCE renforcée), soit la Russie, ses voisins immédiats et les membres de l'Union européenne ou de l'Alliance atlantique (un Conseil OTAN-Russie élargi aux NEI), soit, pour les questions militaro-stratégiques les plus sensibles, les seules „grandes puissances“ européennes (Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne, plus le Haut-Représentant pour la PESC – les membres de l'actuel groupe de contact sur l'Iran, moins la Chine). L'objectif ultime devrait être de donner à ces différents forums un statut quasi-officiel, de manière à décourager à l'avenir les initiatives unilatérales de ses membres.
Camille SERVAN-SCHREIBER Vice-Présidente, Responsable du Pôle Études et Quentin PERRET Pôle Études / Responsable Groupe Russie et Europe Orientale
NDLR: Cet article fait suite à celui-ci. 8 dirigeants, 3 jours de négociations marathon et 1 compromis, voilà pour résumer en quelques chiffres le sommet du G8 à Heiligendamm en Allemagne. Accord a minima critiqueront certains, mais un accord que l’on peut accueillir avec satisfaction si l’on se rappelle la détermination affichée par l’Allemagne avant le sommet, et reprise par Nicolas Sarkozy. Comme l’avait souligné le Président français à la veille du sommet, il vaut mieux «pas d’accord qu’un mauvais accord ».
Une triple victoire sans perdants Le communiqué officiel assure l’unité et la cohérence des visions des participants, et s’inscrit dans une logique de gagnant-gagnant. Aucune des parties ne s’est inclinée, les points clés chers aux européens ont été respectés, sans toutefois s’imposer de manière trop coercitive aux Etats-Unis. Le premier succès a d’ailleurs été obtenu grâce à la concession américaine. Les Etats-Unis reconnaissent le réchauffement climatique comme étant d’origine humaine, ainsi que la nécessité de le combattre : « les émissions de GES doivent cesser de croître, et cela doit être suivi par des réductions substantielles des émissions globales » (communiqué officiel). L’avancée est de taille pour une administration qui niait jusque là l’origine anthropique de ce phénomène. | | Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Vladimir Poutine et George Bush le 7 juin 2007 à Heiligendamm (AFP)
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Maintenant que le constat est unanimement admis, sur quels objectifs s’engager ? Les résultats sur ce point sont en demi-teinte. Bien que le texte mentionne la réduction des GES comme nécessaire, il ne porte aucune obligation formelle sur les quantités ou le calendrier à respecter. Cette absence d’engagement chiffré constitue la ligne rouge des Etats-Unis et la dépasser, à ce stade, parait impossible. Pas d’engagement donc, mais une impulsion qui va dans le bon sens. Il faut espérer qu’elle survivra jusqu’en décembre, lors de l’ouverture des négociations sur l’après-Kyoto à Bali. La volonté européenne d’inscrire toute négociation dans le cadre de l’ONU a finalement été respectée par nos partenaires américains, contrairement à leur souhait initial d’éviter des négociations multilatérales. Placer les futures négociations sous l’égide de l’ONU est une réussite majeure, car elle fixe un cadre commun de discussion et garanti l’implication du plus grand nombre de pays.
Un binôme de chocDeux personnalités se sont détachées des participants à ce sommet, et leur forte implication n’est pas étrangère à l’obtention d’un accord, là où nombre d’experts pariaient sur un échec. D’un coté, Angela Merkel, seule femme parmi ses invités masculins, a déployé tout son talent pour défendre la proposition européenne, tout en faisant évoluer en douceur la position américaine. Aussi bien fine et habile négociatrice qu’hôte attentionnée, elle a usé de tout son talent diplomatique, faisant ainsi dire au politologue Henrick Uterwedde « Angela Merkel a fait preuve de sa capacité à arrondir les angles ». D’autre part, le recentrage de la politique extérieure allemande, qui a fait de sur l’amélioration des relations transatlantiques,porte également ses fruits. La rupture avec la position de son prédécesseur, et les concessions effectuées depuis son arrivée au pouvoir il y a bientôt deux ans, ont permis à Angela Merkel d’arriver à « un accord fructueux », pour reprendre ses propres termes.
| De l’autre coté, il faut saluer la performance du chef de l’Etat français, qui fut très actif sur tous les fronts. Pour son premier sommet du G8, Nicolas Sarkozy a multiplié les entretiens bilatéraux, en dialoguant avec franchise avec tous ses interlocuteurs. Il a abordé tous les sujets, y compris les plus délicats, comme la situation en Tchétchénie avec le président Poutine. Avec le Président Bush, il a trouvé le ton juste, expliquant par exemple à son homologue « qu’il fallait agir vite, car plus vite on agit, moins ça coûte cher ». Sur le climat, il a œuvré pour donner de la consistance au texte, mais il reste cependant lucide sur les efforts qu’il reste à accomplir. « On peut mieux faire encore » concède-t-il en effet. | George Bush et Nicolas Sarkozy en grande discussion (AFP)
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Le binôme de négociateurs de choc se complète à merveille. « Merci pour ton énergie » a glissé Angela Merkel à Nicolas Sarkozy en guise de remerciement, pour avoir porté haut la voix de l’Europe. Quels bilans ? L’élan. • Heiligendamm a entériné un changement historique de la position américaine, restée longtemps figée, sur l’impératif climatique. Les Etats-Unis prennent le train en marche et nous espérons qu’ils entraîneront avec eux les autres pays, dans des négociations encadrées par l’ONU. Rendez-vous donc à Bali dans six mois, pour transformer cet essai, sous l’œil attentif des Nations-Unies.
• Le couple franco-allemand, que beaucoup pensaient affaibli, n’a rien perdu de sa vigueur. S’inscrivant pleinement dans une logique européenne, il a été d’une grande efficacité : l’Europe a parlé d’une seule voix, et surtout, elle a été écoutée. Nicolas Sarkozy a clairement affiché l’importance qu’il accorde à la nécessité d’engager l’économie mondiale vers la sobriété en carbone. Il devrait naturellement déployer autant d’ardeur au niveau national, lors du Grenelle de l’environnement qui se tiendra courant septembre à Paris.
Pour résumer sur ce sommet du G8: pas d’actions, mais des perspectives d’actions encourageantes. Certes, l’urgence est bien réelle et ne pousse guère à l’optimisme. Mais loin de se laisser accabler par les sirènes les plus pessimistes, il convient de se réjouir de ces avancées, aussi minimes paraissent-elles,, et de mesurer le chemin parcouru. Les déclarations d’aujourd’hui portent les engagements de demain. Un proche, ayant longtemps travaillé sur ces problématiques, se plait à répéter que « le succès en la matière passe par l’apprentissage de la frustration ». Xavier ARNAUD et Paul DOUCET Atelier Europe de l’UMP Pôle Etudes / Groupe Développement Durable
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