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Une retraite maintes fois annoncée
La cause paraît entendue: quel que soit son avenir personnel, Vladimir Poutine quittera ses fonctions de Président de la Fédération de Russie après l'élection de son successeur, en mars prochain. Depuis toujours, le chef de l'Etat n'a cessé d'affirmer sa volonté de respecter, sans la modifier, la Constitution russe, qui interdit plus de deux mandats présidentiels consécutifs. Lors du sommet UE-Russie du 26 octobre dernier (voir notre note), il a réitéré ce message, déclarant explicitement que ce rendez-vous russo-européen serait son dernier en tant que président.
Le départ du Président, une menace pour son entourage
Plusieurs observateurs continuent pourtant de croire à un retournement de dernière minute1, éventuellement imposé par l'entourage du chef de l'Etat contre la volonté de ce dernier. Cette croyance est naturellement alimentée par l'opacité qui continue d'entourer la prochaine élection présidentielle, prévue le 2 mars 2008. Mais elle a des causes plus profondes. Comme le soulignent de nombreux experts de la Russie, le régime russe actuel se caractérise par les liens extrêmement étroits entre pouvoirs économique et politique. Tous les oligarques ne sont certes pas des membres haut placés du gouvernement ou de l'administration. Mais, à la faveur des nationalisations autoritaires intervenues depuis 2001, certains des membres les plus importants de l'entourage de Vladimir Poutine occupent aujourd'hui des positions essentielles dans les secteurs dits de souveraineté de l'économie (matières premières et industries lourdes notamment) et sont à la tête de véritables factions politico-industrielles. En tant qu'arbitre incontesté entre ces différentes factions, le président Poutine est devenu le garant indispensable de la stabilité du système. Son départ n'entraînerait pas seulement d'importants changements au sein du personnel dirigeant, mais ouvrirait la perspective de nouveaux 'transferts' de propriété, voire des règlements de comptes comparables à ceux dont furent victimes en 2000 des proches de l'ancien président Boris Eltsine. Un tel processus pourrait aisément dégénérer et menacer la stabilité économique et politique de la Russie elle-même, au moins jusqu'à l'installation définitive du nouveau pouvoir.
Un troisième mandat préparé de longue date par les proches
Que cette éventualité soit ou non vraisemblable, certains des plus proches collaborateurs du président russe s'activent depuis plusieurs mois pour préparer son maintien au pouvoir. En février dernier, le ministère russe des Affaires étrangères avait organisé à Moscou une série de manifestations célébrant le 125ème anniversaire de la naissance de l'ancien président américain Franklin D. Roosevelt. Roosevelt est aimé en Russie pour avoir été l'allié du pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais il est également célèbre pour avoir, en 1940, brisé un interdit fondamental de la vie politique américaine en se faisant élire pour un troisième mandat consécutif (puis un quatrième en 1944). Dans un discours largement repris par la presse2, Vladislav Sourkov, considéré comme le conseiller le plus influent de Vladimir Poutine, avait identifié de manière explicite l'actuel maître du Kremlin à son lointain prédécesseur américain. Son exposé tendait à démontrer que, comme les Etats-Unis en 1940, la Russie n'avait d'autre choix que de conserver à sa tête un dirigeant fort et expérimenté, afin de faire face à la montée des périls. Plus explicite, Gleb Pavlovski, un autre très proche conseiller du président Poutine, avait ouvertement appelé ce dernier à solliciter un troisième mandat. Dans le même temps, Sergei Mironov, président du Conseil de la Fédération, et Boris Grislov, président de la Douma, évoquaient à plusieurs reprises la nécessité de modifier la Constitution afin de supprimer la limite des deux mandats consécutifs. Une telle décision serait d'ailleurs largement approuvée par la population: toutes les études confirment la popularité exceptionnelle du chef de l'Etat auprès des citoyens russes (aux alentours de 70 %) et le désir général de maintenir au pouvoir l'homme considéré comme l'architecte de la stabilisation politique et de la forte croissance économique de ces dernières années.
Le déclenchement d'un « plan Poutine »?
Dans ce contexte, trois événements récents prennent un relief particulier. Le 31 octobre, un attentat contre un bus dans la ville de Togliatti a provoqué huit morts et de nombreux blessés, réveillant chez certains le souvenir des attentats jamais élucidés de 1999, qui avaient provoqué un réflexe de ralliement autour de Vladimir Poutine et porté celui-ci au pouvoir. Deux jours auparavant, l'hebdomadaire moscovite Novoïe Vremia faisait état sur son site Internet d'un « plan Poutine »3. Ce plan consisterait dans l'organisation, par des hommes du pouvoir, d'une série de manifestations populaires réclamant le maintien au pouvoir du chef de l'Etat. Le point d'orgue de cette campagne de manipulation de l'opinion serait la victoire écrasante du parti Russie Unie aux élections législatives de décembre, victoire qui ouvrirait la voie à une révision de la Constitution et à un troisième mandat du président, 'contraint' de céder à la volonté du peuple. Ces allégations ont été renforcées par la décision, annoncée mercredi par Moscou, de diviser par quatre le nombre d'observateurs de l'OSCE invités à surveiller les élections du 2 décembre4. L'activité de ces observateurs sera strictement encadrée, ce qui semble confirmer les rumeurs selon lesquelles les autorités auraient d'ores et déjà pris des mesures visant à 'garantir' par avance les résultats du scrutin.
Une situation où tout reste possible
Personne ne sait aujourd'hui qui gouvernera la Russie après 2008. Mais les dénégations de l'actuel maître du Kremlin ne doivent pas faire oublier les réalités extrêmement fortes militant en faveur de son maintien au pouvoir: la personnalisation excessive du système politique russe, le caractère récent des réels succès obtenus depuis huit ans, l'aggravation des tensions internationales, la volonté conjuguée de la population et d'une élite dirigeante prise au piège de ses propres méthodes, sans oublier la capacité, maintes fois démontrée, de Vladimir Poutine lui-même à créer la surprise. Il n'est finalement pas exclu que les dirigeants européens retrouvent l'actuel président russe lors des prochains sommets UE-Russie.
Quentin PERRET Pôle Études Responsable Groupe Russie et Europe Orientale
1: Voir par exemple Leon Aron, « We'll always have Putin », The New York Times, 25 octobre 2007. 2: Rossiyskaya Gazeta, « Roosevelt est notre allié, une fois encore »; Kommersant, « Vladimir Vladimirovitch Roosevelt? »... 3: Cf. Novoïe Vremia repris et traduit par Courrier International 4: Après avoir longtemps entretenu le doute sur ses intentions, la Commission électorale centrale russe a finalement invité entre 300 et 400 observateurs pour le scrutin, contre plus de 1200 lors des élections législatives de 2003.
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