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 La France et la Hollande ont voté au "non" au traité constitutionnel. Les États-membres de l'UE s'apprêtent à adopter un traité modificateur qui reprend l'essentiel des dispositions du traité rejeté. Est-ce qu'une nouvelle fois la construction européenne ne se fait-elle pas dans le dos des citoyens? Leur souveraineté est-elle vraiment respectée?
Monsieur le Député européen Alain Lamassoure nous répond.


    Les souverainistes s’indignent de ce que le traité qui remplace le projet de constitution européenne rejeté par référendum puisse être soumis à une « simple » ratification parlementaire. S’agit-il d’une atteinte à la souveraineté populaire ? Non, pour trois types de raisons.

    1 – Dans le cas de la France, c’est le peuple lui-même, lors de l’élection présidentielle, qui a mandaté Nicolas Sarkozy pour renégocier un traité ordinaire, dont le candidat a répété à de nombreuses reprises qu’il le soumettrait au seul Parlement. La situation aurait été très différente si les Français avaient élu Madame Royal : elle proposait de négocier une nouvelle Constitution, à soumettre à un nouveau référendum. C’est bien pour faire trancher ce genre de décisions que la France a choisi de faire élire son Président au suffrage universel.

    2 – La procédure du référendum n’est ni la seule expression de la volonté populaire, ni même la meilleure. Selon la question posée et selon le contexte politique général, elle peut être une excellente procédure démocratique, ou, au contraire, le moyen de légitimer tous les abus de pouvoir. Ce n’est pas un hasard si c’est l’instrument favori de toutes les dictatures, et si des démocraties exemplaires le bannissent au niveau national (Allemagne, Etats-Unis, Belgique), ou n’y recourent que très exceptionnellement (Royaume-Uni, Espagne, Pays-Bas), ou l’encadrent dans une réglementation très stricte (Italie, Suisse, certains Etats des USA).
    La grande faiblesse du référendum est qu’il ne permet aucun amendement : le texte est à prendre ou à rejeter en bloc. Plus il est long et complexe, moins le référendum est la procédure adaptée. C’est alors au Parlement d’agir, avec sa faculté de débattre publiquement, et d’apporter d’éventuelles modifications. S’il n’y a pas eu de « plan B » après le référendum du 29 mai 2005, c’est qu’entre les trotskistes, José Bové, Fabius et le Front national, les tenants du « non » étaient bien incapables de se mettre d’accord sur une rédaction alternative ! En revanche, le référendum est bien adapté lorsqu’il s’agit d’un choix politique majeur, engageant durablement la nation, comportant à l’évidence deux solutions opposées claires et compréhensible par tous : déclaration d’indépendance du pays, remplacement de la monarchie par la république, abandon de la conscription militaire, remplacement de la monnaie nationale par l’euro, abandon de la peine de mort …

    3 – Enfin, il faut bien comprendre que, dans le cadre européen, le recours à des référendums nationaux pose un problème particulier : que faire si certains pays répondent « oui » et d’autres « non » à la même question ? Pourquoi la souveraineté populaire de la France serait-elle supérieure à celle de l’Espagne, ou inversement ? C’est pourquoi, à mon sens, le moment est venu de se mettre d’accord, entre Européens, sur le principe suivant : ou bien un nouveau traité correspond à une simple modification des traités existants, et la ratification parlementaire est alors préférable (cas du traité de Lisbonne). Ou bien, il s’agit d’un vrai changement de nature de l’Union (par exemple, le jour où on lui transfère la pleine compétence en matière de politique étrangère et de défense), et il faut alors soumettre le texte, non pas à un référendum ici et là, mais à 27 référendums organisés dans tous les pays le même jour. En annonçant à l’avance que ceux où le « non » l’emporte ne participeront évidemment pas à la nouvelle Union, mais n’auront pas le pouvoir d’empêcher les autres de le faire : de même, le peuple danois était parfaitement libre de refuser l’euro pour son propre usage, mais au nom de quoi aurait-il eu le pouvoir d’empêcher l’Allemagne, la France et leurs voisins de fusionner leurs propres monnaies ? Cela fait partie des règles dont la démocratie d’échelle européenne, encore dans l’enfance, devrait maintenant se doter.




L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.
Ainsi qu'à voter pour lui et Nicolas Sarkozy!

 Monsieur le Député européen Alain Lamassoure, Membre du bureau de la délégation des Députés européens UMP répond à notre question de la semaine "Ségolène Royal ayant enfin donné sa vision de l'Europe...  quel est votre avis sur celle-ci? Et plus généralement sur la vision du PS sur l'UE?" :


    Le dernier débat télévisé entre les trois candidats à la candidature du P.S. a confirmé ce que l'on pouvait craindre: sur la relance de l'Europe après la catastrophe du 29 mai, aucun leader socialiste n'est crédible.

    La position de Laurent Fabius est caricaturale: "Le Plan B, c'est le projet socialiste !" Comme si un seul de nos partenaires pouvait accepter de faire figurer dans un traité européen les magnifiques recettes des socialistes français, type les 35 heures, qui ont tellement échoué chez nous. DSK se réfugie dans une perspective de long terme d'une Union ouverte à la Turquie et à tous les pays méditerranéens, dont les Français eux-mêmes ne veulent à aucun prix. Quant à Ségolène Royal, sa formule "l'Europe des projets" fait l'impasse du problème majeur: sans Constitution, aucun projet européen n'est possible. Voilà un an que les 25 gouvernements ont décidé d'agir ensemble sur les sujets fondamentaux de l'énergie et de l'immigration, sans avoir pu depuis avancer d'un centimètre: l'obligation d'obtenir l'unanimité pour la moindre décision est paralysante.

    On voit bien que depuis la campagne du référendum, c'est le combat entre un "new Labour", un socialisme moderne façon Blair ou Zapatero, et les marxistes inconsolables du "old Labour" qui est enfin engagé au sein du PS français. Le vote du 29 mai 2005 a paru donner raison à la vieille gauche anticapitaliste. Au point de faire émerger un nouveau souverainisme de gauche, qui se prétend européen, mais qui n'accepte l'Union européenne qu'à la condition qu'elle introduise dans sa Constitution les thèmes emblématiques du socialisme de papa qui ne figurent même pas dans la Constitution française ! Ce n'est rien d'autre que la résurrection du "socialisme dans un seul pays" cher à Lénine.
   
    Dans les années 60, quand se multipliaient les témoignages sur les horreurs du système soviétique à l'Est, Sartre avait plaidé pour qu'on garde le silence, afin de "ne pas désespérer Billancourt" - symbole de la classe ouvrière. Dans cette pré-campagne interne, les candidats de la relève du P.S. préfèrent, eux aussi, bercer leurs militants de l'illusion que l'Europe est prête à se rallier avec enthousiasme aux idéaux fanés de la vieille gauche française.




Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il nous apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.