Nous pouvons considérer que le Grenelle de l’Environnement a été un succès, dans la mesure où les consensus qui ont été trouvés sur certains sujets promettent une véritable « rupture écologique ». La concertation nationale sur l’Environnement que nous avons pu observer depuis l’été dernier à abouti à une ambitieuse liste de propositions, sans que chacun des acteurs impliqués n’aient eu à renier ses engagements.
L’Atelier Europe était présent en tant que nouveau média, aux côtés des autres journalistes en mission, pour suivre le déroulement des tables rondes du Grenelle. Nous avons ainsi pu vivre en direct ce moment historique, qui fait de la France une pionnière de l’écologie non seulement en Europe, mais également dans le monde. Comme l’a souligné Al Gore à l’issue du Grenelle, « il nous faut maintenant un Grenelle mondial ».
Le Grenelle, un véritable plébiscite !
Le monde politique, ainsi que les membres des groupes de travail, ont pris acte de ce succès. Nicolas Hulot, le Ministre d’Etat Jean-Louis Borloo, les ONG, ainsi que des personnalités telles que Hubert Reeves ou Yann Arthus-Bertrand, ont témoigné de leur satisfaction, tout en rappelant qu’il ne fallait pas que ces propositions restent « lettre morte » (Hubert Reeves).
En outre, avec la présence du Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, ainsi que le co-lauréat du Nobel de la Paix, Al Gore, la dimension européenne et mondiale a été affirmée. Le Grenelle a été observé de très près à l’étranger. « Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’un New Deal écologique en France, en Europe et dans le monde ! » a affirmé Nicolas Sarkozy.
Hubert Reeves et l'après Grenelle
Un autre grand principe majeur a été fixé, lequel décline le principe de précaution qui fait actuellement débat : « le renversement de la charge de la preuve ». « Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt. Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’est pas possible de faire autrement. » (Nicolas Sarkozy).
Maturité des ONG, écoute du politique
Il n’est pas inutile de rappeler que le succès de ce Grenelle est en grande partie dû à l’originalité de son organisation. Les travaux préparatoires ont permis de défricher les grandes propositions qui ont été retenues, de créer un dialogue efficace entre des personnes ou groupes qui n’avaient pas, au départ, la même analyse, à la fois sur les problèmes et les solutions. De plus, une réelle prise de parole a été donnée à la société civile. Et c’est la première fois que les ONG, autrefois souvent marginalisées à cause de leurs messages souvent culpabilisateurs, ont été reconnues comme des partenaires forts et essentiels pour l’élaboration des propositions. Ce message de maturité des ONG leur a permis d’obtenir des propositions allant dans leur sens. Nicolas Sarkozy a réussi à créer un consensus fort pour allier à la fois les intérêts économiques et sociaux d’un côté, et les enjeux environnementaux de l’autre. Laurence Parisot a salué également de son côté « les bons équilibres entre la nécessité d’intégrer les intérêts écologiques, tout en respectant les intérêts économiques ».
Les propositions phares retenues :
Jean-Louis Borloo présente quelques unes des avancées du Grenelle.
• Bâtiment : rénovation thermique des logements et des bâtiments existants, y compris ceux de l’Etat. Généralisation des normes basses de consommation énergétique dans le logement neuf et les bâtiments publics.
• Transports : construction de 2000 km de lignes ferroviaires d’ici à 2020, réduction de moitié de la consommation de carburant et des émissions de C02 du transport aérien d’ici à 2020. Création d’une éco-pastille pour favoriser les véhicules neufs propres et financer une « prime à la casse ». Mise en place d’une « éco-taxe kilométrique » pour les poids lourds sur le réseau routier hors autoroutes…
• Energie : interdiction d’ici à 2010 des lampes à incandescence. Développement des énergies renouvelables pour dépasser 20% de la consommation totale d’énergie d’ici à 2020.
• Santé : interdiction dès 2008 de proposer à la vente des produits de construction ou phytosanitaires contenant des matériaux et substances « extrêmement préoccupantes ». Obligation de déclarer la présence de nanomatériaux dans les produits grand public.
• Biodiversité : mise en place d’une trame verte reliant les espaces naturels, pouvant devenir ainsi opposable aux nouveaux projets d’aménagement. • Agriculture : triplement de la surface des cultures biologiques (soit 6% du total de la surface agricole en 2010). Introduction d’au minimum un repas « bio » chaque semaine dans les cantines scolaires.
Cependant, certains sujets difficiles ont été repoussés à plus tard :
• Les pesticides : l’objectif initial était de réduire de 50% l’utilisation des pesticides. La FNSEA a souhaité affaiblir le contenu de cette mesure en demandant l’étude de méthodes agronomiques permettant une telle législation, sans impacter négativement le monde agricole. La FNSEA a ainsi obtenu un délai de 10 ans pour atteindre cette baisse de 50% des traitements. A noter que cette phase a tendu les relations de la troisième table ronde du Grenelle, et ce juste avant d’aborder le thème des OGM.
• Les OGM : gel des cultures d’OGM jusqu’aux conclusions d’une expertise indépendante. Un renforcement de la recherche a été annoncé.
• La taxe carbone, chère à Nicolas HULOT, a été remise à plus tard, pour se laisser le temps de la réflexion.
Vers un Grenelle européen et mondial ?
A l’occasion de la soirée des Bloggeurs à laquelle l’Atelier Europe avait pu participer précédemment en présence de la Secrétaire d’Etat Nathalie KOZSUISCOT MORIZET, la question de la dimension internationale du Grenelle français avait été abordée. En effet, le Grenelle dans un premier temps franco-français s’inscrit dans une logique européenne et mondiale. La présence de messieurs Barroso et Gore, qui ont salué cette initiative, était un signal fort pour porter l’élan suscité par cet événement hors des frontières du pays. Car c’est là que vont se prendre ou non les décisions structurantes qui ont été laissées en suspend lors de cette consultation. A Bruxelles tout d’abord, quatre chantiers principaux attendent la Présidence française au deuxième semestre 2008 : la TVA à taux réduits sur les produits écologiques, les OGM, la refonte de la PAC et l’instauration d’une taxe aux frontières pour les produits importés de pays ne faisant aucun effort pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Cette dernière mesure, autrement appelée « taxe carbone », au-delà de son simple bénéfice écologique, est également un puissant moyen de lutte contre le « Dumping environnemental ».
Au sein de l’ONU ensuite, les négociations pour élaborer un nouveau protocole post-Kyoto commencent dès le mois de Décembre à Bali avec la réunion de la Convention -cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.
C’est une opportunité formidable qui s’offre à la France, celle d’impulser une nouvelle dynamique pour la construction européenne, dans la foulée de l’adoption du Traité européen. Le développement durable est l’un des nouveaux horizons de l’Union Européenne, et la France a montré sa capacité à tenir la barre. Le Groupe Environnement & Développement Durable de l’Atelier Europe salue l’action qui a été engagée et prendra toute sa place pour relayer l’initiative française.
Paul Doucet et Xavier Arnaud Pôle Études / Co-responsable du Groupe Environnement et Développement Durable
D'autres photos sont dans l'album de l'année. Merci à Thomas Mimra et à Paul Doucet.
« Notre plus grande espérance, c’est que la France joue le jeu de l’économie » (Laurence Parisot)
Cette année, le thème de l’Université d’été du MEDEF est « jouer le jeu ». Bien entendu, c’est un clin d’œil à la coupe du monde de rugby qui va s’ouvrir prochainement. Mais surtout, selon la Présidente de l’organisation patronale, « jouer le jeu, c’est prendre connaissance des nouvelles règles, des nouveaux rapports humains, des nouveaux principes, qui organisent désormais notre monde ».
Le discours du président de la République était très attendu. Laurence Parisot a souligné combien « ce geste à l’égard des entreprises et des entrepreneurs, cela faisait longtemps, très longtemps, qu’on l’attendait ». La présidente du MEDEF a aussi affirmé que son organisation patronale entendait "jouer le jeu avec tout le monde", tant "avec le gouvernement qui essaie de mettre la France en mouvement, au diapason et au rythme du monde entier, qu'avec les organisations syndicales".
Fair play or not fair play : telle est la question Alpha Omar Konaré, Président de la Commission de l’Union Africaine Laurence Parisot, Présidente du MEDEF Shashi Tharoor, diplomate et écrivain indien, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, chairman of Afras Venture
L’Europe n’était pas en reste de cette édition 2007 tournée vers l’international. Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, puis Nicolas Sarkozy, sont venus parler d’Europe, chacun à leur manière, mais tous les deux avec beaucoup d’élan.
Discours de M. Barroso
José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne
M. Barroso, dans un discours passionné et résolument optimiste, a « joué le jeu » et repris la sémantique sportive pour nous exposer sa position vis-à-vis des principaux dossiers européens.
Pour une Europe de l’innovation
« Il nous faut investir sur l’excellence »
Pour gagner la partie, l’équipe Europe doit se concentrer sur trois objectifs principaux :
Développer les performances : construire une Europe moderne, prospère et juste, au service des Européens.
Renforcer l’esprit d’équipe : bannir le nationalisme économique et les négociations bilatérales. L’Europe doit parler d’une seule voie pour mieux se faire entendre.
Jouer le jeu : l’Union européenne, c’est bien plus qu’un marché, c’est un projet politique avec des règles.
Сes exigences sont d’autant plus importantes que d’autres joueurs, tels le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (les fameux BRIC) deviennent de plus en plus efficaces. Rappelons à titre d’exemple que l’Inde produit 1 million d’ingénieurs par an.
M. Barroso a rappelé combien l’ouverture est profitable pour une Union européenne (UE) qui est le premier exportateur et le second importateur mondial. Pour renforcer sa compétitivité et éviter la fuite des cerveaux européens, vers les Etats-Unis notamment, l’UE se doit de mettre l’accent sur l’innovation. A cet effet, l’Institut européen de technologie a récemment été crée, afin de donner un statut européen aux efforts d’innovation. L’innovation est l’un des piliers de la Stratégie de Lisbonne. Depuis sa mise en œuvre, et en dépit des critiques dont elle fait l’objet, des progrès ont été réalisés, et l’Europe rattrape peu à peu son retard : en 2006, sur les 50 entreprises qui dépensent le plus au monde pour l’innovation et la recherche, 18 sont européennes.
La modernisation de l’Europe passe aussi par le marché unique : en faisant tomber davantage les barrières, on crée des emplois. La question du budget est également cruciale. Le 19 septembre, la Commission européenne va lancer « un examen approfondi, et sans tabou », du budget européen. Empruntant une fois encore au vocabulaire sportif, M. Barroso a souligné que l’objectif était de faire la chasse aux gaspillages et au dopage, c'est-à-dire, en économie, au déficit budgétaire.
Sur les institutions, le Président de la Commission a salué l’engagement européen et le travail du Président Sarkozy pour faire accepter à ses partenaires européens le traité simplifié. Il a cependant rappelé que l’objectif ultime n’est pas de changer les institutions, mais l’UE dans son ensemble, afin d’accroître la compétitivité européenne.
Une ouverture sans anarchie
« Nous sommes pour l’ouverture mais nous défendrons toujours les intérêts européens dans le cadre de la mondialisation »
L’ouverture ne doit pas être synonyme de dérégulation anarchique. Au contraire, la concurrence doit être régulée, afin de palier aux excès de la mondialisation. Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, dont la France a récemment bénéficié (en juin 2007) permet désormais d’amortir les chocs, sociaux notamment, des délocalisations. La Commission est également en train de plancher sur la façon d’améliorer la transparence des échanges financiers.
Le défi énergétique
« Une partie de la réponse au défi énergétique se trouve dans le développement des énergie alternatives »
Sur ce dossier, M. Barroso a rappelé combien il était absurde de continuer de fonctionner avec 27 mini marchés. La priorité est bien d’aboutir à un véritable marché énergétique européen.
Elargissement et Europe puissance
« L’Europe élargie n’est pas un obstacle à l’Europe-puissance, au contraire, dans un monde globalisé, cela en est une condition »
Comparons l’Europe à la profondeur géographique de la Russie ou de la Chine, à la puissance militaire américaine : l’Europe est-elle petite ou grande ? Répondant à une question de la salle sur la pertinence de nouveaux élargissements et les limites géographiques de l’UE, M. Barroso a cité un proverbe africain - « Ensemble, on va moins vite, mais on va plus loin » - et défendu l’idée selon laquelle « l’avenir de la mondialisation se fera dans les grands ensembles ».
Discours de Nicolas Sarkozy
M. Sarkozy a commencé son discours en précisant les raisons de sa présence cette année à l’Université du MEDEF
« J’ai voulu dire à notre pays que la France a besoin de ses entreprises et de ses entrepreneurs »
« Il faut réconcilier les Français avec les entreprises, au lieu de les séparer »
Le Président a ensuite souligné que son rôle n’était pas de faire des prévisions économiques, mais d’exposer les moyens de résoudre les problèmes.
« Il nous manque un point de croissance pour que l’avenir cesse d’être une menace et redevienne une promesse »
Laurence Parisot, Pésidente du MEDEF Nicolas Sarkozy, Président de la République française
Le Président a rappelé l’importance de la réciprocité dans les échanges mondiaux, c’est-à-dire la concurrence loyale et honnête. Or tous les Etats ne jouent pas le jeu sur la scène internationale. M. Sarkozy a lié ce phénomène au « non » français du référendum sur la Constitution européenne : « les Français ont le sentiment que l’Europe renonce à les protéger, qu’elle subit plus qu’elle n’agit, à un moment où tout le monde fait le contraire ». D’où le soutient du Président au principe de la préférence communautaire.
Sur l’Euro
Tout en rappelant son attachement au principe de l’indépendance de la Banque centrale européenne, M. Sarkozy a défendu l’idée que la monnaie est un sujet qui concerne également le politique, dans la mesure où elle a des implications dans la vie quotidienne des citoyens. « Le problème de l’Euro, c’est que l’Euro est en concurrence avec d’autres monnaies qui elles ne sont pas à leur niveau ». Il s’est dit déterminé à poursuivre les réformes et son programme de rupture, tant sur le fond que sur la forme, qu’il a annoncés lors de la campagne présidentielle. « Après tant d’échecs, de recul, de renoncement, je vais changer de méthode ». Il s’agira de trouver le bon équilibre entre la protection et le risque. Si les Français doivent retrouver le goût du risque, l’Etat doit également jouer le jeu et donner l’exemple, en allégeant notamment les charges sociales et en libérant le travail. Les banques et les partenaires sociaux seront associés à ce travail de redéfinition des rapports entreprises/ménages, entrepreneurs/salariés, privé/public, économique/social. Il ne s’agit plus d’avancer dans l’opposition systématique. D’ailleurs, depuis la « politique d’ouverture », l’opposition existe-t-elle encore ?
Grégoire Nuger, membre de l'Atelier Europe, était à la Fête de l'Europe organisée par la Marie de Paris. Petit compte-rendu...
Pour la 2ème année consécutive, j’ai eu l’occasion de me rendre disponible pour participer à la Journée de l’Europe généreusement soutenue par la Mairie de Paris et diverses institutions.
Dès le matin, je suis allé à l’UGC ciné cité les Halles qui consacrait une journée exclusive à l’Europe à travers une programmation de 27 films d’origine européenne – un film par état membre. Après lecture rapide des synopsis à l’entrée du cinéma, je me suis décidé pour le film lithuanien« Ghetto » dont le nom de l’auteur m’échappe maintenant. Filmé en anglais et sous-titré en lithuanien, il racontait l’histoire de ces juifs lithuaniens emprisonnés dans le ghetto de Vilnius ; Terrible ! J’ai à nouveau constaté à travers ce film les horreurs permises par les hommes lorsque la conquête individuelle de puissance l’emporte sur l’intérêt collectif. Je pense qu’il est dommage que l’UGC n’ait pas autorisé une programmation sur la semaine entière. Ceci m’aurait permis de diversifier mon regard de jeune Français sur les talents cinématographiques de nos amis européens.
Après cela, je suis parti en direction du parvis de l’hôtel de ville suite aux informations que j’avais glanées sur le portail de Paris. La Mairie de Paris avait mis en place divers stands assurant la « promotion » de l’Europe. A travers des brochures, « passeports Europe » expliquant l’Europe aux petits, affiches, sacs, conférences, j’ai pu vérifier que la Mairie ne ménage pas ses efforts pour informer sur la grande Europe et les multiples opportunités qu’elle offre. Un stand de la Maison de l’Europe – sise rue des Francs-Bourgeois dans le 4ème arrdt de Paris – faisait sa promotion en même temps que celle de l’Europe. Je me suis dit alors qu’il serait intéressant de nous y rendre lors d’une conférence qu’elle organise régulièrement avec des personnalités de toutes sortes. Dans l’attente, le site internet permet de mieux la connaître.
J’eus alors l’occasion de parler avec une jeune Française assise à côté de moi. Passionnée par l’Europe, elle effectuait un Master orientée sur l’Europe. Elle m’expliquait qu’elle avait passé une année en Pologne dans le cadre d’un échange Erasmus. Elle en retirait une expérience riche de rencontres humaines et de découvertes sur les mentalités de nos amis polonais. Elle me confiait aussi que l’Europe - bien qu’en voie d’élargissement - restait un terrain plutôt difficile à occuper en termes professionnels. Peu des stages, peu d’offres d’emplois…Je me suis fait la réflexion qu’il est dommage de devoir se battre pour vouloir investir ce champ professionnel alors que tout concourt à impliquer davantage les Européens.
La soirée promettait de belles festivités. Malheureusement, pressée par une réunion, je devais quitter cette journée de l’Europe dans l’après-midi. Je ne doute pas que je recommencerai en 2008 avec d’autres activités.
D’ici là, je ne manque pas de suivre régulièrement l’actualité européenne dont notre nouveau Président fait une priorité.