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Avant le prochain sommet de l’OTAN, la France conclue un partenariat stratégique avec la Roumanie


Lundi 4 février, le Président de la République Française a efféctué une visite officielle en Roumanie, dont le principal objectif a été la signature d'un Partenariat Stratégique avec ce pays.
L’Atelier Europe faisait partie de la délégation qui accompagnait le Président, par l'intermédiaire d'
Alexandra Gerota. Nous vous livrons ici ses impressions.


 Nicolas Sarkozy et Traian Basescu
Les Présidents Sarkozy et Basescu

     La visite a duré cinq heures et a été ponctuée de rencontres-clé au sommet: après le déjeuner en compagnie du Président de la Roumanie Traian Basescu, les deux chefs d'État se sont entretenus sur le Partenariat Stratégique, avant de signer la Déclaration Commune d'Application de celui-ci. Ont suivi une conférence de presse commune, les discussions avec le Premier Ministre roumain Calin Popescu-Tariceanu, le discours de Nicolas Sarkozy devant les chambres reunies du Parlement roumain et une rencontre avec la comunauté française de Bucarest.


Retours historiques

    La Roumanie est un pays francophone, ami de longue date de la France et proche d'un point de vue culturel et linguistique. Bucarest a accueilli en 2006 le XIe Sommet de la Francophonie. Au cours du XXe siècle, la Roumanie a vécu tous les drames qui ont ravagé l'Occident. La singularité de son histoire réside aussi dans le régime communiste qu’elle a subi, l’un des plus oppréssifs de l'Europe de l'Est, qui a fait 2 millions de morts civils. Elle est redevenue une démocratie en décembre 1989 et depuis 1991, la Roumanie a un régime semi-présidentiel, inspiré du modèle français. Elle est actuellement le 7e pays de l'Union Européenne en termes de population (22 milions d'habitants).


Un pays en pleine renaissance

    Lundi, le Président de la République s'est rendu dans une Roumanie en pleine renaissance, membre de l'OTAN depuis 2004 et de l'Union Européenne depuis 2007. Cette visite a été très attendue par la population roumaine et le Président Traian Basescu, qui a souhaité recevoir Nicolas Sarkozy avec les honneurs militaires, sur l'esplanade du Palais de Cotroceni.

    Pour le Président Français, « cette visite à Bucarest, au-delà de sa portée symbolique et politique, est d'abord (...) l'occasion d'écouter les autorités roumaines, pour préparer au mieux1»  la Présidence Française de l'UE et la mise en œuvre de ses domaines prioritaires d'action.

    La Roumanie devient ainsi le premier pays parmi les nouveaux adhérents avec lequel la France entend consolider ses rélations bilatérales et européennes, par le biais d'un partenariat stratégique d'une durée de 5 ans, renouvelable, et assorti d'une feuille de route qui sera mise en oeuvre par les ministères de ressort. Ce sont les instruments d'une collaboration renforcée au niveau politique, économique, stratégique et énérgétique.

    Au niveau économique, la France est le troisième partenaire commercial de la Roumanie (après l'Italie et l'Allemagne). Parmi les dix entreprises les plus importantes en Roumanie, trois sont françaises (Renault, Orange et GDF). Il reste néanmoins des lacunes à combler dans les rélations économiques bilatérales, par rapport à l'attribution des marchés publiques et aux privatisations. Ce qui plus est, si la clause de la préférence communautaire dans le cadre de la PAC est adoptée pendant la Présidence française de l'UE, cela ne pourrait que bénéficier à la Roumanie, grand pays agricole.

    La Roumanie a la deuxième frontière exterieure la plus longue de l'Union Européenne (2500 km), trois de ses États voisins n'étant pas membres de l'UE et de l'OTAN (la Serbie, l'Ukraine et la République de Moldavie). A travers une coopération renforcée, la France aidera la Roumanie à sécuriser ses frontières, afin de mieux lutter contre le travail illégal et l'immigration clandestine en provenance des pays tiers, et à reprendre l'acquis Schengen, en vue de sa prochaine entrée dans l'éspace du même nom. La Roumanie aura donc « un rôle primordial à jouer dans les réflexions sur l'avenir de l'Europe, sur l'élargissement, sur la politique de voisinage, sur la Mer Noire et ses enjeux1 » .


Le volet énergétique : Nucléaire et Nabucco

    Dans le domaine de l'énérgie, l'objectif de la politique européenne est de diversifier et de sécuriser les voies d'approvisionnement, et de promouvoir les énérgies « low carbon ». C'est la raison pour laquelle la Roumanie a fait à son tour le choix de l'énérgie nucléaire, sur le modèle de son partenaire français.

      De plus, lors de la conférence de presse commune, le président Traian Basescu a affirmé que la Roumanie soutiendra Gaz de France dans le projet de gazoduc Nabucco qui reliera le Caucase à l'Union Européenne- une question très importante pour la France et pour la sécurité énergétique de l’UE.


La question du Kosovo

Le consensus n'a pas été entier sur l'indépendence du Kosovo. Le Président Sarkozy considère l'indépendence de la province des Balkans « inévitable », alors que le Président Basescu, tenant compte de l'experience transnistriene de la République de Moldavie a déclaré qu'il ne reconnaîtra pas « une indépendence unilatérale du Kosovo ». Il a affirmé néanmoins que la Roumanie restera un partenaire fidèle des décisions de l'UE.


Un partenaire fiable pour l’UE et l’OTAN

    Et c'est le souhait de l'Union Européenne et de l'OTAN de s'associer pleinement avec la Roumanie. « Tous les pays des Balkans ont vocation à adhérer à l'Union Européenne, y compris des pays comme la République de Moldavie », a déclaré Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse. Si le destin des Balkans est d'intégrer les structures internationales, la Roumanie aura son rôle à jouer, compte-tenu de sa position géographique, sur le chemin qui relie les Balkans à la Russie.  

    La Roumanie a déjà démontré de manière concrète son engagement avec l'UE et l'OTAN, en envoyant des troupes en Bosnie-Herzegovine et en Afghanistan. « La Roumanie s'affirme ainsi comme l'un des grands pays de l'Europe1 » . Le renforcement de la défense européenne, une des principales priorités de la Présidence française, se fera « en étroite complémentarité avec l'Alliance Atlantique1 »  et ne laissera donc pas de côté la Roumanie.


    Peu après l'allocution du Président de la République, les chambres reunies du Parlement de la Roumanie ont ratifié le Traité de Lisbonne. Le lendemain, l'Assamblée Nationale et le Sénat, reunies en Congrès à Versailles, ont procédé à leur tour à la ratification.
La prochaine visite de Nicolas Sarkozy en Roumanie aura très probablement lieu début avril, à l'occasion du XXe Sommet de l'OTAN, qui se tiendra à Bucarest.



Alexandra GEROTA
Pôle Journal / Rédactrice
Pôle Études / Membre du Groupe Énergie et Europe Élargie



1   Discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement de la Roumanie, lundi 4 février 2008






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Un partenariat bloqué

Le 20ème sommet UE-Russie s'est déroulé dans une atmosphère d'incompréhension devenue presque ordinaire. Les négociations sur le renouvellement de l'Accord de Partenariat et de Coopération (APC), qui fixe depuis 1997 le cadre des relations politiques et commerciales entre les deux partenaires, demeurent au point mort. Le "dialogue énergétique" lancé en 2000 s'est avéré incapable de concilier deux conceptions profondément divergentes de la sécurité énergétique. Enfin, l'Espace Commun de Sécurité Extérieure, le plus important des "Quatre Espaces" formalisés en 2005[1], est paralysé par les positions antagonistes adoptées par Moscou et Bruxelles,  face à la plupart des crises régionales et internationales. L'UE et la Russie paraissent aujourd'hui trop dissemblables pour pouvoir agir de concert: entre un Etat traditionnel soucieux de souveraineté à l'intérieur et de puissance à l'extérieur, et une communauté fondée sur le primat de la démocratie et de la règle juridique, les divergences d'intérêts et de valeurs touchent à l'essentiel.



La question du leadership russe  : les incertitudes de l’après Poutine

L’un des paramètres importants dans cette relance du partenariat UE-Russie est celui du leadership russe. Or la conjoncture préélectorale ne favorise guère une relance immédiate du Partenariat. S'il ne fait aucun doute que le parti Russie Unie, conduit par Vladimir Poutine en personne, remportera une large majorité des sièges à la Douma lors des élections législatives de décembre, l'issue de l'élection présidentielle de mars demeure totalement opaque. Nul ne sait aujourd'hui qui sera autorisé à disputer la succession du Président Poutine. Plus important encore, l'étendue même des pouvoirs du futur président est sujette à caution, dans la mesure où l'actuel locataire du Kremlin continue d'entretenir le mystère sur son avenir personnel. Le Président russe a récemment annoncé son intention de conduire une liste aux légistatives, ce qui, compte-tenu de sa popularité très forte, aboutirait à sa nomination en tant que Premier ministre. Cette incertitude contraint les dirigeants européens à la prudence, même si aucune rupture par rapport à la politique actuelle n'est à attendre après 2008.



L’ébauche de convergences dans la politique européenne envers la Russie

Du côté de l'Union européenne, les changements intervenus dans plusieurs grandes capitales (Paris, Londres) favorisent en revanche l'émergence de convergences dans la politique vis-à-vis de Moscou. Le départ simultané de Jacques Chirac et de Tony Blair marque symboliquement la fin des divisions héritées de la guerre d'Irak, et permet d'envisager une réunification des diplomaties européennes. Sur le fond, une plus grande unité est également perceptible. Contrairement à leurs prédécesseurs immédiats, ni Nicolas Sarkozy ni Angela Merkel ne souhaitent préserver l'axe Paris-Berlin-Moscou comme contrepoids éventuel à la "nouvelle Europe". A l'inverse, la défaite du gouvernement Kaczynski en Pologne marque l'échec des partisans les plus extrémistes d'une ligne systématiquement anti-russe. Les principaux gouvernements européens semblent ainsi s'acheminer vers une ligne commune vis-à-vis de Moscou, à la fois modérée et réaliste. Cette ligne serait la suivante : approfondissement de la coopération lorsque celle-ci est dans l'intérêt de tous (en particulier dans le domaine économique), mais défense des positions européennes lorsque celles-ci sont en contradiction avec les positions russes. Tous les pays de l’UE semblent décidés pour ce faire à accroître l'indépendance effective de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie. Dans ces conditions, il n'est pas trop tôt pour envisager les axes prioritaires d'une nouvelle politique européenne envers Moscou:



- Une implication dans les „conflits gelés“ et l’espace post-soviétique

Une rupture entre la Russie et l'Occident au sujet du Kosovo apparaît aujourd'hui inéluctable. L'opposition de principe de la Serbie et de la Russie à la sécession de la province albanophone ne paraît pas pouvoir être surmontée. Dans ces conditions, une déclaration d'indépendance unilatérale du Kosovo, reconnue par les seuls gouvernements occidentaux, pourrait avoir des répercussions dans les 'conflits gelés' de l'ex-Union soviétique, la Russie se sentant désormais autorisée à encourager les vélléités sécessionnistes chez certains de ses voisins. Compte-tenu des rapports particulièrement tendus entre la Russie et la Géorgie, un soutien de Moscou à l'indépendance des provinces géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud ne paraît pas invraisemblable.



L’Ukraine : facteur de modération dans les relations UE-Russie ?

Dans ce contexte, la récente victoire de la 'coalition Orange' en Ukraine revêt une double importance. D'une part, cette victoire permet d'envisager un nouveau rapprochement entre Kiev et les capitales européennes. D'autre part, la réussite de l'expérience ukrainienne pourrait inciter Moscou à ne pas donner trop d'ampleur à ses divergences avec Bruxelles, de peur de voir l'Ukraine basculer irrémédiablement dans le camp de l'Union européenne. La présence d'un gouvernement pro-européen à Kiev permettrait d'autre part d'espérer un règlement de la crise moldave, les autorités sécessionnistes de Transnistrie soutenues par Moscou s'étant largement appuyées par le passé sur la bienveillance du gouvernement et des milieux d'affaires ukrainiens. Les Européens devraient donc, au cours des prochaines années, accorder une attention prioritaire à l'Ukraine, à la fois en incitant les dirigeants de la coalition Orange à préserver leur unité, et en soutenant fortement les projets économiques du futur gouvernement. Le succès de la coalition démocratique à Kiev (composée du parti Notre Ukraine du président Ioushchenko et du Bloc Yulia Timochenko) serait non seulement souhaitable en tant que tel, mais constituerait en outre un facteur de modération (certes involontaire) dans les relations entre la Russie et l'Union européenne. Par exemple dans le domaine énergétique, Kiev pourrait participer à des négociations trilatérales avec l’UE et la Russie, évitant ainsi un face à face inévitablement tendu entre ces deux dernières.



- Une politique énergétique commune

Les profils énergétiques des Etats membres de l'UE sont extrêmement contrastés. Cette mosaïque des intérêts constitue un obstacle à la définition d'une politique énergétique commune. Celle-ci tend néanmoins à s'imposer d’elle-même pour trois raisons essentielles: l'insécurité croissante de l'approvisionnement européen en gaz et en pétrole; la hausse continue du prix des hydrocarbures; le réchauffement climatique. Une gestion optimale de ces trois risques requiert de la part des Européens une approche commune. En dépit des divergences entre Etats et des propositions parfois contestées de la Commission européenne (notamment l'unbundling[2]), un consensus semble se dessiner sur trois objectifs essentiels: minimiser la consommation globale d'hydrocarbures (grâce aux économies d'énergie et aux énergies renouvelables), assurer une solidarité effective des Etats membres face au risque de pénurie (grâce à l'harmonisation des régulations nationales et à l'interconnection des réseaux de transport et de distribution), définir une stratégie commune de sécurisation des importations (grâce à la diversification des approvisionnements et à la conclusion d'accords politiques avec les fournisseurs extérieurs de l'Union). Reste à travailler sur les aspects juridiques, industriels et diplomatiques de cette nouvelle politique.

Une politique énergétique commune présenterait pour les relations russo-européennes deux types de conséquences. D'une part, elle renforcerait considérablement la position de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie, en réduisant la part des hydrocarbures russes dans le profil énergétique global de l'Union et en interdisant à Gazprom et aux autorités russes d'exploiter les divisions entre Etats européens. Aujourd’hui, ces divisions place Moscou largement en position de force tant sur le plan commercial que sur le plan politique. D'autre part, elle élargirait sensiblement le spectre des coopérations industrielles russo-européennes, ce qui pourrait permettre de contourner le débat, aujourd'hui stérile, relatif à la Charte de l'Energie et à la liberté d'investissement dans le secteur énergétique russe. A une approche juridique fondée sur un objectif de „réciprocité“ purement abstrait, se substituerait une approche politique fondée sur la complémentarité des intérêts. Or l'objectif de l'Union de sécuriser ses importations rencontre la volonté de la Russie de diversifier son économie. Ajoutons que la réassurance psychologique ainsi fournie aux Européens ne pourrait qu'alléger l'atmosphère des discussions bilatérales.



- Une nouvelle stratégie transatlantique

Les rapports russo-américains constituent l'arrière-plan indépassable des relations entre l'Union européenne et la Russie. L'opposition de Moscou à la stratégie globale des Etats-Unis (notamment le rejet des institutions internationales, l'expansionnisme démocratique et la politique de "changement de régime" au Moyen-Orient) se trouve exacerbée par le renforcement de la présence militaire américaine dans l'ancien espace soviétique et ses satellites. La crise ouverte par le projet américain d'implantation d'un bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque n'est qu'un élément d'une crise plus vaste, qui se traduit aujourd'hui par la réorientation de  la politique russe vers la Chine et l'Asie centrale. Par le biais de l'Organisation de la coopération de Shanghai (OCS) et de l'Organisation du Traité de sécurité collective, la Russie poursuit un double objectif: à court terme, le départ des troupes américaines d'Asie centrale, à long terme, le regroupement des puissances hostiles à l'actuelle politique américaine. L'hostilité de la Russie à toutes nouvelles sanctions internationales contre l'Iran constitue la dernière manifestation en date de cette politique.


Dans une stratégie bien pensée envers la Russie, l'Union européenne ne peut donc se désintéresser de la politique américaine. L'élaboration d'une nouvelle stratégie transatlantique, vis-à-vis de la Russie et du reste du monde, est envisageable après janvier 2009 et l'entrée en fonctions du successeur de George W. Bush. Une telle stratégie devrait inclure avant tout la restauration d'un véritable dialogue stratégique entre grandes puissances nucléaires, incluant notamment un renforcement des traités de désarmement existants et leur extension aux puissances émergentes. Sur cette base pourrait être relancée la lutte contre la prolifération, avec des instruments juridiques globaux et équitables (un TNP renforcé, par exemple). Plus généralement, le retour des Etats-Unis au multilatéralisme et la répudiation du messianisme néo-conservateur, permettraient d'envisager une nouvelle période de collaboration entre l'Amérique, l'Europe, la Russie, la Chine et l'Inde, sur des sujets comme le développement de l'Afrique et la lutte contre le réchauffement climatique. L'Union européenne devrait réfléchir à ces sujets sans attendre 2009.

                                                                                               


Camille Servan-Schreiber

Vice-Présidente, Responsable du Pôle Etudes

Quentin Perret

Pôle Etudes/Responsable du groupe Russie et Europe Orientale




[1]    La coopération UE-Russie est définie depuis 2005 par quatre „espaces communs“: un espace économique, un espace de liberté, de sécurité et de justice, un espace de sécurité extérieure et un espace de recherche et d'éducation.
[2]    L'unbundling est la séparation patrimoniale des infrastructures de production et de transport de l'énergie. Cette mesure, recommandée par la Commission européenne pour les secteurs du gaz et de l'électricité, aboutirait au démantèlement des entreprises énergétiques intégrées, telle EDF.