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La Commission européenne a révélé fin janvier sa proposition de plan de lutte contre changement climatique pour les dix prochaines années.

Ce plan est issu des engagements pris par les chefs d’État en mars 2007 pour réduire de 20% les émissions de GES d’ici à 2020. Cette feuille de route s’articule autour de cinq mesures clés : la réforme du marché du CO2, le partage des réductions de gaz à effet de serre (GES) par pays, le développement du stockage du carbone, la montée en puissance des énergies nouvelles renouvelables (ENR) dans le mix énergétique et l’encadrement des aides d’Etat à l’environnement.

Ce paquet de mesures, très ambitieux, est déjà pointé du doigt pour son coût, estimé à 60milliards €, et jugé exorbitant par les milieux industriels. Cette annonce est le coup d’envoi de négociations marathon pour son adoption d’ici 2010.


UN PLAN AMBITIEUX



José Manuel Barroso:
« un catalogue de mesures pour le climat
et l'énergie qui est extraordinairement
bon et ambitieux
»

Le paquet « Climat - Energie » de la Commission couvre la période 2010-2020, il est destiné à réduire la dépendance énergétique de l’UE tout en mettant en pratique sa volonté de lutter contre le changement climatique. Ce plan poursuit le triple objectif fixé en 2007 :

_ Réduire de 20% les émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990

_ Accroître de 20% l’efficacité énergétique

_ Atteindre 20% d’ENR à l’échelle de l’UE et un objectif subsidiaire de 10% de biocarburants pour tous les pays.

 

Un véritable marché européen du carbonne

La réforme du marché du carbone est la mesure phare du nouveau dispositif. Les systèmes nationaux d’échange de quotas CO2 en vigueur depuis 2005 se sont avérés insuffisants pour envoyer au marché un signal prix dissuasif et limiter les émissions. Il est suggéré de l’étendre à de nouveaux secteurs, fortement émetteurs : l’industrie de l’aluminium, la chimie et le transport aérien. Le système gagnera en cohérence et « s’européanisera » : les allocations seront désormais sectorielles et attribuées à l’échelle communautaire. De plus, les émissions seront plafonnées, avec un objectif de ne pas dépasser les 1720 millions de tonnes de CO2 en 2020, soit une baisse de 21% par rapport à 2005. Mais l’évolution la plus marquante et qui rencontre les plus vives contestations est la fin envisagée de la gratuité des quotas. Pour soutenir le prix du carbone, une part croissante de ceux-ci sera mis aux enchères. Les revenus, estimés de 30 à 50 milliards d’euros, reviendront aux Etats et seront alloués aux politiques environnementales.

Des efforts importants mais différenciés

Concernant, les secteurs qui échappent aux systèmes d’échange (transport, logement, agriculture), les États se verront fixer des objectifs contraignants de réduction en fonction de leur niveau de développement (l’indicateur retenu est le PIB/habitant) afin de ne pas compromettre le rattrapage économique des pays les moins avancés, de plus fortement dépendant des énergies fossiles.

En guise d’exemple la France devra diminuer ses émissions de 21% pendant que la Bulgarie pourra les augmenter de 20%.

Un volet énergie très « vert »

Le pilier Énergie vise à accroître la part des ENR dans la moyenne européenne de 8,5 % aujourd’hui à 20 % en 2020 pour concilier respect de l’environnement et indépendance énergétique. Les efforts sont conséquentes : 23% pour la France (x2), 18 % pour l’Allemagne (x3) et 15% pour le Royaume-Uni (x10 !!). Afin de garantir la réussite de ces objectifs, la commission autorise une certaine souplesse en autorisant l’échange volontaire de certificats entre pays : la France pourra, par exemple, financer une installation de biomasse en Pologne.

Malgré la polémique sur leur pertinence environnementale et sociale, les biocarburants restent à l’ordre du jour. Tous les pays devront atteindre 10% de biocarburants en 2020. L’UE promet cependant d’assortir cette mesure de critères pour assurer leur « viabilité environnementale » sans pour autant donner plus de précisions.


DES MESURES EN DÉBAT

Un coût discutable

Les réactions à cette annonce ont, comme de coutume été très contrastées. Si le GIEC juge la proposition de la commission décevante et craint la pression des lobby pour en atténuer la portée ; des voix s’élèvent chez les industriels pour critiquer le coût, estimé par la commission à 60 milliards d’euros d’ici à 2020. La confédération des entreprises finlandaises EK va jusqu’à dénoncer une « politique climatique inefficace au coût exorbitant ».

Les groupes énergétiques prévoient des répercussions pour les particuliers et tablent sur une augmentation du prix de l’électricité de 15% à 20%. Certains États, comme la France, qui espérait un objectif d’ENR de 20%, contestent les chiffres assignés en estimant à 1 milliard d’euros le coût du pourcent supplémentaire. Ces surcoûts immédiats, qui ne représentent que 0,5% du PIB, soit « 3€ par semaine et par citoyen de l’union » pour reprendre les propos de M. BARROSO, sont à mettre en rapport avec le coût, très nettement supérieur, de l’inaction que Nicolas STERN situe entre 5 et 20% du PIB.


Une Commission réaliste

La commission entend faire prévaloir le long sur le court terme tout en rassurant les industriels qui agitent le spectre de la délocalisation face à la concurrence de pays peu regardants sur leurs impacts environnementaux. Une réalité qui amènera la Commission à étudier à horizon 2011 diverses corrections pour garantir la compétitivité des entreprises européennes. Le maintient partiel de la gratuité des quotas CO2 est évoqué, tout comme l’instauration d’une « neutralisation à la frontière », ardemment défendue par le Président SARKOZY, sous forme de taxe ou d’obligation d’achat de quotas par les importateurs. Il s’agit, en somme, d’une des formes possibles de la « taxe carbone » avancée dans le Grenelle de l’environnement.


UN ACCORD RAPIDE POUR UNE CRÉDIBILITÉ RENFORCÉE

Le texte sera soumis à négociation aux vingt-sept et au Parlementent européen pour être adopté dans sa forme définitive au plus tard en mars 2010. Il bénéficie déjà du soutien affiché de plusieurs capitales dont Berlin, via les déclaration de son Ministre de l’environnement : « un catalogue de mesures pour le climat et l’énergie qui est extraordinairement bon et ambitieux [...] maintenant le coup d’envoi a été donné pour que nous allions au bout du marathon que représente la protection du climat ». M. BARROSO a bon espoir d’arriver à un compromis d’ici fin 2008. Le plus tôt sera le mieux, l’UE se devant de montrer par les actes qu’elle est à même de relever le défit du changement climatique et d’envoyer un signal fort dans un contexte international indécis. La France qui prendra la présidence de l’UE dans maintenant six mois aura pour tache de ménager les intérêts divergents des industriels et des capitales. Un accord rapide et unanime renforcera la crédibilité d’une Europe, souvent « donneuse de leçon » dans les sommets internationaux à appliquer à elle même ce qu’elle demandera à ses partenaires dans les prochaines négociations « post-Kyoto » de Poznan en 2008 et Copenhague en 2009.

éoliennes

UNE CHANCE POUR LA COMPÉTITIVITÉ EUROPENNE

Ce plan n’est pas uniquement un combat pour l’environnement mais étalement une chance à saisir pour la recherche et l’industrie européenne d’acquérir un leadership technologique en anticipant les évolutions irrémédiables dictées par les bouleversements climatiques. Il s’agit, non seulement d’une politique environnementale et énergétique, mais également d’une ébauche de politique industrielle à même de fixer les règles qui garantiront dans la décennie à venir un haut niveau de compétitivité à nos entreprises.



Xavier ARNAUD
Pôle Études
Co-responsable Groupe Développement Durable
& Co-développement


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 Monsieur le Député européen Alain Lamassoure, Membre du bureau de la délégation des Députés européens UMP répond à notre question de la semaine "25, bientôt 27 États, peuvent-ils avoir une Politique Étrangère Commune ?" :


    La question ne se pose pas dans l’abstrait. S’il s’agit des 25 Etats membres de l’Union européenne en 2006, la réponse n’est pas seulement « oui », mais : ils le peuvent, et ils le doivent.
    Mesurons bien la portée de la révolution – le mot n’est pas trop fort – introduite par la construction européenne dans nos relations extérieures.
    Sur le continent européen lui-même, il n’y a plus matière à politique étrangère. Qui eût osé le rêver en 1950 ? Mille ans de diplomatie sont maintenant sans objet. La paix perpétuelle est assurée entre nous, nos relations n’ont plus un caractère diplomatique, elles relèvent d’un partenariat permanent, par lequel les élus de nos peuples décident de règles de vie en commun.
    Hors du continent, la quasi-totalité des compétences extérieures relevant des « arts de la paix » (commerce, finances, transport, environnement, culture, télécommunications, aide au développement etc.) sont exercées désormais, en notre nom, par l’Union européenne, qui négocie au nom des Etats membres. En pratique, cela représente (heureusement) 90% de nos relations extérieures : la défense de nos emplois face aux économies émergentes, la lutte contre l’effet de serre, la prévention des épidémies, la lutte contre les mafias et le grand banditisme, les grands programmes de recherche sur les énergies nouvelles, et même les accords sur l’immigration avec les pays de départ relèvent de la compétence de l’Union.
    Quant au traitement des grandes crises internationales, qui peuvent déboucher sur le recours aux « arts de la guerre », pour le moment, chaque Etat membre reste libre de son action, l’Union ne fournissant que le cadre d’une coordination des politiques nationales. Mais en pratique, y-a-t-il un seul grand sujet planétaire sur lequel les Etats européens aient des intérêts différents ? Au Moyen-Orient, nous souhaitons tous la paix entre deux Etats, israélien et palestinien, enfin réconciliés. En Afrique, nous cherchons tous à consolider les Etats défaillants et à accompagner les évolutions démocratiques indispensables au développement économique. Vis-à-vis de Moscou ou de Pékin, il ne se passe pas de semaine sans que nous mesurions la faiblesse chronique de jouer en permanence à 25 Curiace pour affronter Horace. En Irak, en 2003, ceux de nos voisins qui se sont alignés sur la position américaine ont eu aussi peu d’influence sur celle-ci que ceux qui, comme nous, ont pris la position contraire. La lutte contre le fanatisme islamiste, comme la prévention de la prolifération des armes de destruction massive n’ont aucune chance d’aboutir sans une politique déterminée et unie de tous les pays démocratiques, à commencer par l’équipe unie des Etats européens.
    C’est d’ailleurs ce que comprend le bon sens populaire : voilà une bonne dizaine d’années qu’à tous les sondages sur le sujet, la proportion des citoyens qui feraient plus confiance à l’Europe qu’à leur propre pays pour défendre leurs intérêts nationaux sur la scène internationale dépasse 70% dans tous les Etats continentaux, la proportion étant supérieure à 50% même en Grande-Bretagne. C’est un domaine où les dirigeants ont plus de mal que leurs électeurs à admettre les réalités de notre temps. L’application des dispositions prévues, en la matière, par le projet de Constitution permettrait déjà un progrès appréciable en offrant une procédure pour faciliter la recherche et l’application de positions communes.





Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il nous apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.
Ou lors du dîner-débat du 6 décembre prochain qui portera essentiellements sur les questions internationale!