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Nous remercions très sincèrement, Monsieur le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, qui a accepté de nous recevoir pour répondre à nos questions le 11 décembre dernier.


Bilan du Grenelle :


« Les agriculteurs sont les premiers écologistes ! »


Michel Barnier a envoyé un message fort aux agriculteurs et à leur participation essentielle au Grenelle de l’Environnement. Les agriculteurs sont les premiers concernés par les questions environnementales. Ceux sont les seuls qui ne travaillent qu’avec la nature. Dès qu’il se passe quelque chose dans l’eau, l’air, dès qu’il y a des mouvements climatiques, ceux sont les premiers touchés. « Les agriculteurs sont les premiers écologistes » et ont raison d’être présents dans ce combat.

Il était très important que le Grenelle se passe avec les agriculteurs. Ce qui a été fait, et ce n’est pas un hasard. D’ailleurs, au nom du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, ont été faites plusieurs propositions lesquelles ont été acceptées dans le Grenelle :

  • La biomasse (autonomie énergétique)

  • La biodiversité

  • L’agriculture biologique

  • L’autonomie énergétique des exploitations agricoles


Les pesticides : ils sont dangereux pour les agriculteurs d’abord ! Réduire de moitié si possible l’usage de produits phytosanitaires d’ici 10 ans avec le lancement de projets de recherche dans le même temps.



Les OGM :


« On ne peut pas laisser la recherche sur les OGM aux Chinois, aux Indiens ou aux Américains.
C’est une question de souveraineté. Il faut préserver la recherche. »


Il y a un débat de plus en plus vif sur le sujet. Nous sommes en charge d’une politique complètement européenne. Il y a des inquiétudes. Il ne faut pas de silence, lequel entretient les peurs et la démagogie. Il faut répondre à cela par le débat. Ce que nous avons choisi de faire. Nous devons prendre le temps de ce débat. Il y a un projet de loi qui est préparé pour sécuriser l’utilisation d’OGM qui seraient utilisés en culture. Nous devons arriver à un débat plus rationnel, en tout cas moins irrationnel.

Enfin, un accent fort a été donné sur la recherche issue des OGM. On ne peut pas se permettre de ne pas faire de recherche, c’est une question de souveraineté pour notre industrie, pour notre agriculture et pour certaines thérapies.


La PAC, la réforme et la lutte contre la pauvreté:


« N’attendons pas 2013 pour commencer à réformer la PAC et ouvrir le débat ! »

« Nous voulons une grande politique agricole et de la pêche européenne. »


Des débats publics et transparents (en consultation sur le site du ministère pour voir le travail réalisé pour définir la position française).

Les politiques de l’agriculture et de la pêche sont les 2 premières politiques économiques européennes depuis le Traité de Rome (1957).

Nous devons adapter, améliorer, faire évoluer, moderniser, qu’elles soient plus durables, plus équitables, parce que c’est une force de l’Europe de pouvoir produire et exporter.

Le monde en a besoin, et pas seulement l’Europe. En 2050, nous serons 9 milliards sur la planète, il faudra doubler la production agricole pour nourrir correctement cette population.


4 objectifs et ambitions seront défendus sur le plan agricole :

  • « Nous devons produire plus et produire mieux » en matière de produits phytosanitaires. Avec des exigences légitimes en matières sanitaires écologiques et sociales.

  • Une politique qui s’appuie sur les territoires : nous voulons une politique de l’agriculture et de la pêche qui n’est pas concentrée, qui ne produit des produits aseptisés. Nous voulons des produits représentatifs des territoires.

  • Une politique d’alimentation qui s’appuie sur la préférence européenne, pour vérifier de la sécurité alimentaire des produits consommés. Nous devons pouvoir contrôler les produits que nous importons.

  • Une politique qui préserve à travers des taxes, et sans naïveté, la production européenne.


« L’investissement dans l’Agriculture est le meilleur levier pour lutter contre la pauvreté.
C’est l’investissement le plus efficace. »


Aussi, la PAC doit participer à l’alimentation du monde:

  • Avec ses exportations,

  • par de la coopération en matière de normes sanitaires et écologiques. Des pays pourraient de doter d’un corpus normatif permettant un bon développement agricole de ces pays. Une coopération technique pour que ces pays deviennent autosuffisants. Il y a une véritable problématique en matière alimentaire et agricole de co-développement.

  • Par de la recherche et des échanges réciproques. Ces peuples ont des choses à nous apporter, par exemple dans le cadre de l’Union Méditerranéenne. Nous pouvons apprendre des choses sur l’agriculture pour faire face au stress hydrique, conséquence directe du réchauffement climatique à venir.


Enfin, la Banque Mondiale a récemment publié un Rapport démontrant que l’investissement dans l’Agriculture est le meilleur levier pour lutter contre la pauvreté. C’est l’investissement le plus efficace. L’agriculture est un réel sujet de société, et ce à l’échelle planétaire.



Le traité simplifié : la « boîte à outils »


« Il fallait sauver la boîte à outils, c’est ce qui a été fait ! »


L’entretien s’est achevé sur la signature du traité simplifié le 13 décembre qui a été signée par les 27. Michel Barnier, en rappelant l’expression de « boîte à outils » qu’il avait employée à l’occasion de la Conférence organisée par l’Atelier Europe courant 2006, s’est réjoui de cette avancée forte. Une fois ratifié, le traité facilitera les décisions dans cette Union Européenne à 27 et dote ainsi l’Europe d’un véritable levier pour avancer dans le grand Projet Européen.




Propos recueillis par Paul Doucet
Co-Responsable du Groupe Développement Durable
& Co-Développement




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Monsieur le Ministre, vous qui avez commencé votre carrière au cabinet de Robert Poujade, premier Ministre de l’Environnement français en 1973, vous qui avez continué à vous intéresser à cette question jusqu’à devenir Ministre de l’Ecologie en 1993 et à publier récemment un Atlas pour un monde durable, quel regard portez vous sur le Grenelle de l’Environnement ?


Le Grenelle, comme l’a souligné depuis l’ensemble des parties prenantes a été une très belle réussite à tous points de vue. Déjà, le fait d’avoir associé aux réunions préparatoires, collectivités territoriales, syndicats, entreprises et associations, en en faisant des partenaires était, en soi, une mini révolution. Elle s’est d’ailleurs révélée payante puisque les débats, même sur des questions non consensuelles, se sont tenus dans un formidable esprit de conciliation et de progrès. D’ailleurs, je voudrais ici féliciter les représentants du monde agricole qui ont parfaitement trouvé leur place dans la négociation. On a pu craindre un moment que ce Grenelle puisse se faire sans –ou pire, contre- les agriculteurs. Ça n’a pas été le cas. Nous avons été très actifs, nous avons participé à de nombreux groupes de travail. C’est aussi une réussite pour l’agriculture qui n’est pas restée dans son coin.
 
En outre, contrairement à ce que certains des participants ont pu redouter un moment, ce Grenelle a permis de faire avancer concrètement un très grand nombre de dossiers dont chacun connaissait l’importance mais qui trop souvent étaient tus ou éludés. La question des déchets, celle des transports, l’énergie, l’agriculture : tout a pu être discuté et donner lieu à des propositions. Or, se fixer des objectifs précis qui permettent une évaluation à postériori des réalisations est une nécessité dès lors que l’on entend proposer un projet de société durable à nos concitoyens.
A ce sujet je voudrais souligner que le Grenelle a également été une réussite en terme de participation. Près de 15 000 personnes ont assisté aux forums en région et plus de 300 000 autres ont apporté leur contribution sur les sites internet consacrés à la question. Ajoutez à cela l’écho qui a été donné à l’évènement dans l’ensemble des médias et vous comprendrez que l’on puisse le juger avec satisfaction.



Quelles réformes précises découlant du Grenelle seront mises en œuvre par votre Ministère de l’Agriculture et de la Pêche ?

Un certain nombre. Il ne faut pas oublier qu’en matière de développement durable, les agriculteurs sont les premiers concernés et les premiers exposés au réchauffement climatique. Ce sont les seuls qui travaillent toute la journée avec la terre, avec l’eau et avec l’air. Naturellement, suivant les recommandations issues du Grenelle, ils vont améliorer leurs pratiques. Ils ont déjà fait beaucoup.
S’agissant des OGM, un gel des semis a été acté jusqu’à ce qu’une loi de transposition vienne préciser, dans le respect du principe de précaution et de nos engagements européens, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.
Sur la question des cultures bio, la feuille de route est claire : nous devrons multiplier de façon incitative les surfaces cultivées par trois d’ici à 2012.
Pour les pesticides aussi les avancées sont nombreuses et ambitieuses. Ainsi, dès l’an prochain, je me suis engagé à retirer une trentaine des 47 substances les plus préoccupantes et une autre dizaine avant 2010.
Plus généralement, tout en maintenant leur objectif de nourrir les Français, l’agriculture et la pêche doivent certainement mieux tenir compte de leurs ressources et de leurs impacts. Je veux être et je serai le Ministre de l’agriculture et de la pêche durable.



Justement, comment travailler sur le long terme et promouvoir le durable lorsque l’on est constamment confronté à de la gestion de crise avec des évènements type cyclone Dean, fièvre catarrhale ovine, langue bleu, etc. ?

Effectivement, ces évènements au sein d’un Ministère comme celui dont j’ai la charge sont malheureusement incontournables et imprévisibles. Pour autant, je ne suis pas seulement Ministre pour gérer des crises. Je dois également mettre en œuvre dans la durée des politiques qui répondent aux défis de la croissance, de la sécurité alimentaire et sanitaire, de l’indépendance énergétique et bien entendu du développement durable. A ce propos, j’ai lancé le 5 septembre dernier les Assises de l’Agriculture qui doivent permettre de définir les contours d’une politique agricole renouvelée dans la perspective de 2013.
Au fond, c’est à la fois un devoir de vérité à l’égard de l’ensemble des acteurs de la filière qui ont besoin de temps pour adapter leurs méthodes et une exigence vis-à-vis des Français. En outre, il est plus facile de gérer les crises quand on a une perspective, une vision d’ensemble à laquelle se rattacher.



Faut-il comme le préconise Al Gore envisager un Grenelle mondial ou en tout cas, un Grenelle européen?

J’en suis convaincu. D’ailleurs, le Président de la République, qui plaidait il y a peu à l’ONU en faveur d’un New Deal économique et écologique, a dit clairement la vocation internationale de cette initiative en soulignant que le Grenelle était aussi un moyen d’être exemplaire aux yeux de nos partenaires. Or, vous savez certainement à l’Atelier Europe à quel point la crédibilité de revendications communautaires dépend de la capacité de ceux qui les formulent à se les appliquer eux-mêmes.
Dans cet esprit, la France se retrouvera l’année prochaine en mesure, au moment de sa présidence de l’Union, d’influencer positivement les décisions communautaires en matière d’énergie et de climat.
Ensuite, l’Europe, parce qu’elle est un lieu inégalé d’expérimentation politique, parce qu’elle cultive la culture du compromis, c’est-à-dire le respect d’intérêts divergents qu’elle rend compatibles, saura être un exemple et un moteur pour un développement durable. Son rôle central dans les échanges internationaux devrait alors permettre la généralisation d’un certain nombre de normes qu’elle respectera et  fera respecter.





Michel Barnier est l’auteur de l’Atlas pour un Monde Durable aux éditions Acropole.
Vous pouvez feuilleter cet Atlas en ligne et interroger Michel Barnier sur les perspectives qu’il trace sur ce site.



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Nous pouvons considérer que le Grenelle de l’Environnement a été un succès, dans la mesure où les consensus qui ont été trouvés sur certains sujets promettent une véritable « rupture écologique ». La concertation nationale sur l’Environnement que nous avons pu observer depuis l’été dernier à abouti à une ambitieuse liste de propositions, sans que chacun des acteurs impliqués n’aient eu à renier ses engagements.

L’Atelier Europe était présent en tant que nouveau média, aux côtés des autres journalistes en mission, pour suivre le déroulement des tables rondes du Grenelle. Nous avons ainsi pu vivre en direct ce moment historique, qui fait de la France une pionnière de l’écologie non seulement en Europe, mais également dans le monde. Comme l’a souligné Al Gore à l’issue du Grenelle, « il nous faut maintenant un Grenelle mondial ». 



Le Grenelle, un véritable plébiscite !

 Le monde politique, ainsi que les membres des groupes de travail, ont pris acte de ce succès. Nicolas Hulot, le Ministre d’Etat Jean-Louis Borloo, les ONG, ainsi que des personnalités telles que Hubert Reeves ou Yann Arthus-Bertrand, ont témoigné de leur satisfaction, tout en rappelant qu’il ne fallait pas que ces propositions restent « lettre morte » (Hubert Reeves).

En outre, avec la présence du Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, ainsi que le co-lauréat du Nobel de la Paix, Al Gore, la dimension européenne et mondiale a été affirmée. Le Grenelle a été observé de très près à l’étranger. « Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’un New Deal écologique en France, en Europe et dans le monde ! » a affirmé Nicolas Sarkozy.
 
Hubert Reeves et l'après Grenelle

 
Un autre grand principe majeur a été fixé, lequel décline le principe de précaution qui fait actuellement débat : « le renversement de la charge de la preuve ». «  Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt. Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’est pas possible de faire autrement. » (Nicolas Sarkozy).


Maturité des ONG, écoute du politique

Il n’est pas inutile de rappeler que le succès de ce Grenelle est en grande partie dû à l’originalité de son organisation. Les travaux préparatoires ont permis de défricher les grandes propositions qui ont été retenues, de créer un dialogue efficace entre des personnes ou groupes qui n’avaient pas, au départ, la même analyse, à la fois sur les problèmes et les solutions. De plus, une réelle prise de parole  a été donnée à la société civile. Et c’est la première fois que les ONG, autrefois souvent marginalisées à cause de leurs messages souvent culpabilisateurs, ont été reconnues comme des partenaires forts et essentiels pour l’élaboration des propositions. Ce message de maturité des ONG leur a permis d’obtenir des propositions allant dans leur sens. Nicolas Sarkozy a réussi à créer un consensus fort pour allier à la fois les intérêts économiques et sociaux d’un côté, et les enjeux environnementaux de l’autre. Laurence Parisot a salué également de son côté « les bons équilibres entre la nécessité d’intégrer les intérêts écologiques, tout en respectant les intérêts économiques ».


Les propositions phares retenues :


Jean-Louis Borloo présente quelques unes des avancées du Grenelle.
• Bâtiment : rénovation thermique des logements et des bâtiments existants, y compris ceux de l’Etat. Généralisation des normes basses de consommation énergétique dans le logement neuf et les bâtiments publics.

• Transports : construction de 2000 km de lignes ferroviaires d’ici à 2020, réduction de moitié de la consommation de carburant et des émissions de C02 du transport aérien d’ici à 2020. Création d’une éco-pastille pour favoriser les véhicules neufs propres et financer une « prime à la casse ». Mise en place d’une « éco-taxe kilométrique » pour les poids lourds sur le réseau routier hors autoroutes…

• Energie : interdiction d’ici à 2010 des lampes à incandescence. Développement des énergies renouvelables pour dépasser 20% de la consommation totale d’énergie d’ici à 2020.


• Santé : interdiction dès 2008 de proposer à la vente des produits de construction ou phytosanitaires contenant des matériaux et substances « extrêmement préoccupantes ». Obligation de déclarer la présence de nanomatériaux dans les produits grand public.

• Biodiversité : mise en place d’une trame verte reliant les espaces naturels, pouvant devenir ainsi opposable aux nouveaux projets d’aménagement.

• Agriculture : triplement de la surface des cultures biologiques (soit 6% du total de la surface agricole en 2010). Introduction d’au minimum un repas « bio » chaque semaine dans les cantines scolaires.


Cependant, certains sujets difficiles ont été repoussés à plus tard :

• Les pesticides : l’objectif initial était de réduire de 50% l’utilisation des pesticides. La FNSEA a souhaité affaiblir le contenu de cette mesure en demandant l’étude de méthodes agronomiques permettant une telle législation, sans impacter négativement le monde agricole. La FNSEA a ainsi obtenu un délai de 10 ans pour atteindre cette baisse de 50% des traitements. A noter que cette phase a tendu les relations de la troisième table ronde du Grenelle, et ce juste avant d’aborder le thème des OGM.

• Les OGM : gel des cultures d’OGM jusqu’aux conclusions d’une expertise indépendante. Un renforcement de la recherche a été annoncé.

• La taxe carbone, chère à Nicolas HULOT, a été remise à plus tard, pour se laisser le temps de la réflexion.


Vers un Grenelle européen et mondial ?

A l’occasion de la soirée des Bloggeurs à laquelle l’Atelier Europe avait pu participer précédemment en présence de la Secrétaire d’Etat Nathalie KOZSUISCOT MORIZET, la question de la dimension internationale du Grenelle français avait été abordée. En effet, le Grenelle dans un premier temps franco-français s’inscrit dans une logique européenne et mondiale. La présence de messieurs Barroso et Gore, qui ont salué cette initiative, était un signal fort pour porter l’élan suscité par cet événement hors des frontières du pays. Car c’est là que vont se prendre ou non les décisions structurantes qui ont été laissées en suspend lors de cette consultation. A Bruxelles tout d’abord, quatre chantiers principaux attendent la Présidence française au deuxième semestre 2008 : la TVA à taux réduits sur les produits écologiques, les OGM, la refonte de la PAC et l’instauration d’une taxe aux frontières pour les produits importés de pays ne faisant aucun effort pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Cette dernière mesure, autrement appelée « taxe carbone », au-delà de son simple bénéfice écologique, est également un puissant moyen de lutte contre le « Dumping environnemental ».

Au sein de l’ONU ensuite, les négociations pour élaborer un nouveau protocole post-Kyoto commencent dès le mois de Décembre à Bali avec la réunion de la Convention -cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.

C’est une opportunité formidable qui s’offre à la France, celle d’impulser une nouvelle dynamique pour la construction européenne, dans la foulée de l’adoption du Traité européen. Le développement durable est l’un des nouveaux horizons de l’Union Européenne, et la France a montré sa capacité à tenir la barre. Le Groupe Environnement & Développement Durable de l’Atelier Europe salue l’action qui a été engagée et prendra toute sa place pour relayer l’initiative française.



Paul Doucet
et
Xavier Arnaud
Pôle Études / Co-responsable du Groupe Environnement et Développement Durable


D'autres photos sont dans l'album de l'année.
Merci à Thomas Mimra et à Paul Doucet.




La Fondation Nicolas Hulot a accepté de recevoir l’Atelier Europe pour débattre du Grenelle de l’environnement. Nous avons été reçus très chaleureusement par Monsieur Blanchon, qui est la voix de la Fondation pour tout ce qui concerne la biodiversité, l’agriculture, les territoires et la mer (dimension extra-périphérique de l’Union européenne). Quel regard porte une fondation écologique acteur du débat sur le Grenelle de l’environnement?

Le Grenelle de l’environnement est l’une des premières manifestations phares de la présidence Sarkozy qui réunit tous les acteurs de la société. Elle symbolise l’engagement de Nicolas Sarkozy pour l’environnement, promesse qui a été faite pendant la campagne, puisqu’il a signé, comme les autres candidats, le Pacte écologique. Monsieur Blanchon a rappelé que le Grenelle n’est cependant pas une initiative présidentielle, mais « qu’elle dérive directement des ONG ». Сe sont ensuite les cabinets ministériels qui ont fixé l’ordre du jour et organisé l’évènement. 
 
Monsieur Blanchon (à gauche) et Xavier Arnaud


La complexité du sujet ne doit pas nous empêcher agir

L’environnement est un sujet très vaste, et complexe. Il touche à des secteurs très variés et a des implications sociales, économiques et industrielles très importantes. Il appelle donc des réponses transversales et nuancées. Pour la réforme de la Politique Agricole Commune par exemple, il faut croiser les enjeux propres à chaque pays européens, mais également ceux de l’Europe au sein de l’OMC, ainsi que la problématique de développement Nord / Sud. Tout le monde sait que « les politiques exportatrices des Etats-Unis et de l’Europe tirent vers le bas l’emploi rural dans les pays du Sud ». Mais cette multiplication et cette imbrication des enjeux ne doit pas pour autant nous décourager. Au contraire, il est possible de proposer dès aujourd’hui plusieurs actions, et d’apporter les premières réponses à cet immense défi pour l’avenir de nos sociétés qu’est le développement durable.


Un travail pédagogique indispensable

Monsieur Blanchon a souligné la nécessité « d’exposer aux Français les enjeux et les différents scénarii énergétiques qui sont devant nous, afin de faire bouger notre politique énergétique ». Le premier cap se situe à l’horizon 2020. Ce travail de pédagogie doit permettre de dépasser certains clivages, de cesser de penser les réponses au défi énergétique en terme de « pour » ou « contre ». L’énergie qui dérive des éoliennes par exemple n’a pas bénéficié d’un vrai débat public, comme cela a été le cas il y a quelques années pour le nucléaire. Il s’agit donc de définir ce qu’on met dans le bouquet énergétique, la part de chaque énergie renouvelable dans celui-ci, quelles mesures il est urgent de prendre pour réduire notre consommation d’énergie, et enfin de se mettre d’accord sur les modalités de mise en œuvre.


Les attentes de la Fondation vis-à-vis du Grenelle

- La Fondation attend du Grenelle l’émergence d’un prix au carbone. C’est la mesure structurante qui doit être prise en priorité.

- La Fondation milite pour la création d’une commission parlementaire (Assemblée nationale / Sénat) qui permette de développer des approches transversales d’un certain nombre de sujets liés à l’écologie. Elle attend que « l’Etat réalise une synthèse utile et lisible de 15 plans d’action qui nous permettent de changer de cap ».

- La fiscalité verte : la fiscalité écologique consistait auparavant à des bouts de taxe qui se rajoutaient à une fiscalité existante, ce qui n’est pas le bon schéma. « Il faut inventer une fiscalité vertueuse et non destructrice, afin que les entreprises suivent le mouvement ». Or les  entreprises ont à la fois envie et besoin d’être associées à ces nouvelles règles du jeu. La question essentielle est la suivante : dans quelles conditions de solidarité et d’équité sociales peut-on faire cette réforme fiscale ? Une taxe sur les énergies carbonées pourrait par exemple s’accompagner d’une baisse sur les charges sociales, pour équilibrer le processus. La fiscalité écologique est un sujet majeur car elle des répercussions socio-économiques très importantes : « une fois la fiscalité verte adoptée sur ce schéma, les délocalisations n’auront plus de sens et le dumping social tendra à diminuer ». M. Blanchon a également insisté sur le statut économique de la biodiversité, en rapport avec l’utilisation des espaces naturels par le tourisme de masse. Il serait à ce titre judicieux d’introduire des droits d’accès, afin d’accroître la prise de conscience du public sur la dégradation de ces espaces.

- Une clarification des compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales
Les compétences de l’Etat sont souvent diluées, sur de nombreux sujets, comme celui de la mer. L’Etat a à l’heure actuelle davantage un rôle de contrôle administratif que de véritable stratège capable de proposer des stratégies de développement aux citoyens. Il faut donc clarifier les compétences Etat / collectivités. L’échelon territorial doit ensuite continuer de porter à son niveau les engagements du Grenelle.


« Une véritable révolution »…..à laquelle Nicolas Hulot a largement contribué
Monsieur Blanchon considère que le fait « que cette grande question soit portée au niveau de l’Etat est une véritable révolution pour la société française ». Tout comme Al Gore a largement permis une prise de conscience mondiale sur le changement climatique, Nicolas Hulot a permis un changement d’image de l’écologie en France et une véritable mobilisation de l’opinion. Il a contribué à « déghettoïser l’écologie », en portant un discours audible non seulement par les ONG et les Verts, mais également par les grands acteurs économiques, le gouvernement, les syndicats et l’opinion publique. L’idée du Grenelle est née en 2005, lors d’une réunion sur une péniche à Paris. C’est le point de départ du travail sur le Pacte écologique. Depuis, un immense travail a été réalisé pour en arriver au Grenelle de l’environnement.

« Le gouvernement ne peut décevoir, il doit parler d’une seule voix »
Monsieur Blanchon a insisté sur la responsabilité du gouvernement qui doit parler d’une seule voix sur ces dossiers (gouvernance, santé, environnement, biodiversité, énergie, etc.) - ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui-, montrer les objectifs à atteindre pour la société et enfin les étapes et le délai pour y arriver. Le gouvernement ne peut pas décevoir, les attentes sont fortes. Les français l’attendent au tournant, c’est à lui de jouer maintenant.


Le Grenelle : une étape dans l’agenda des 5 prochaines années, qui passera par Bruxelles

Pour conclure, Monsieur Blanchon a rappelé que le Grenelle n’est qu’une étape dans le changement de cap que doit impulser le gouvernement La prochaine étape est celle de la Présidence française de l’UE, sur laquelle la Fondation entend bien influer, en apportant des propositions concrètes à l’ordre du jour. Monsieur Blanchon a souligné les insuffisances de la politique énergétique européenne. Sur ce sujet, la France peut devancer les initiatives européennes et permettre d’amplifier le mouvement, ce qui permettra de passer de l’échelon national à l’échelon européen. Ce rôle moteur de la France doit se faire sans arrogance, car il faut rappeler que certains pays ont déjà bien avancé sur les dossiers environnementaux, comme par exemple la Suède pour la fiscalité écologique.




L’Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur Jean-Jacques Blanchon, directeur des programmes de la Fondation Nicolas Hulot.


Camille Servan-Schreiber
Vice-présidente
Responsable du Pôle études

Xavier Arnaud
Pôle Etudes
Co-responsable du Groupe Environnement Développement Durable












« L’environnement doit être la nouvelle frontière de l’Union européenne, le nouveau motif pour s’associer et aller plus loin »



À l'occasion du lancement de la consultation publique du Grenelle de l'environnement, via une série de réunions en régions et sur Internet, Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d'État chargée de l'Écologie, a reçu les bloggeurs influents de la toile au cours d’une soirée-débat au Ministère de l’Écologie. La rencontre a été animée par Thierry Solère.
 Nathalie Kosciusko-Morizet
et Thierry Solère



L'Atelier Europe a ainsi pu dialoguer en direct avec Nathalie Kosciusko-Morizet, dans une atmosphère conviviale et sans tabou. Les questions n’ont pas toujours été faciles, et parfois même elles ont été très critiques, notamment sur la transposition du Grenelle au niveau international. Mais Madame Kosciusko-Morizet a montré sa parfaite maîtrise des dossiers et sa détermination à faire du Grenelle de l’environnement une réussite. Fidèle à la culture du résultats mise en avant pendant la campagne par Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet a également prévenu que des indicateurs seront mis en place, afin de suivre l’application des mesures qui auront été décidées à l’issue du Grenelle. 
 
 L'Atelier Europe: Thomas Mimra, Camille Servan-Schreiber, Paul Doucet et Xavier Arnaud

Le débat s’est ouvert sur la démarche du Grenelle, et sur la communication sur Internet autour de cet évènement :

3 points forts :

  • Une démarche participative : la consultation institutionnelle, notamment au niveau des collectivités locales et des associations environnementales. Nathalie Kosciusko-Morizet en outre a rappelé combien elle avait insisté auprès des groupes de travail pour qu’il n’y ait pas de consensus mous. Certaines propositions ont donc la mention « Non consensuelle ».
  • Un processus de décision collectif : les forums en régions sont destinés à faire ressortir la voix des Français. Nathalie Kosciusko-Morizet est persuadée que les Français sont prêts à adopter rapidement un « comportement écologique ». Cette consultation en régions est un exercice ouvert, rien n’a encore été décidé. Les Français doivent s’approprier ce débat, et profiter de cette opportunité qui leur est donnée. C’est l’une des clés du succès du Grenelle : les décisions dépendront de ce qu’auront exprimé les Français.
  • Une communication sur la toile efficace : le site spécial du Grenelle de l’Environnement  a reçu, une semaine après son lancement, 35 000 visites. Nathalie Kosciusko-Morizet s’est réjouie de ce succès, ainsi que de celui de la chaîne réalisée sur Youtube.

Les principales idées qui sont ressorties de cet échange à la fois riche et franc, sont les suivantes :

Le Grenelle provoque-il un intérêt trop partiel du public ?

Nathalie Kosciusko-Morizet a une vision assez optimiste du niveau d’engouement des Français pour cet évènement. Elle a insisté sur le fait que le Grenelle créé un intérêt bien supérieur par rapport aux débats traditionnels. Néanmoins, elle regrette une visibilité encore trop faible dans les médias grand public, notamment à la télévision.


Le Grenelle, des mesures incitatives ou coercitives ?

Nathalie Kosciusko-Morizet a réaffirmé son point du vue sur la fiscalité environnementale : celle-ci ne doit en aucun cas devenir une fiscalité de financement, qui se traduirait par de nouveaux impôts.

L’un des objectifs majeurs de ce Grenelle est de créer un changement des comportements. Par exemple, une idée soumise par un grand distributeur est le prix écologique : à côté du prix d’achat, les produits de supermarché se verront collés une étiquette écologique, qui informera le consommateur du coût pour la planète de son achat.

Les agriculteurs : opposants au Grenelle de l’environnement ?

Les idées portées par le monde agricole ne sont pas nécessairement aussi univoques qu’on peut le penser. Les nuances au sein même de certains syndicats existent. Selon
Nathalie Kosciusko-Morizet, « le milieu agricole est prêt à évoluer, il faut convaincre la tête des syndicats que la base est déjà prête ».

Entreprises : comment concilier croissance économique et développement durable ?

L’objectif est d’évoluer vers une refonte de notre rapport Production/Consommation, afin que celui-ci soit  plus respectueux de l’environnement. Or l’écologie est souvent perçue de manière négative, « cela va coûter cher » entend t-on partout. Pourtant, derrière l’environnement, c’est une nouvelle économie qui est en train de se créer, créatrice d’emplois non délocalisables. Il est important de préparer les technologies de demain que nous pourront exporter. Dans quelques années, nous serons tous confrontés aux mêmes problèmes environnementaux. Les pays qui s’en sortiront le mieux seront ceux qui s’y seront le mieux préparés et qui auront notamment déposé des brevets et développé des technologies qui permettent de faire face à ces problèmes.

Le Grenelle de l’environnement : une initiative trop franco-française ?

« Le Grenelle c’est une fenêtre ouverte sur le monde et sur tous les sujets »

Bien entendu les problèmes environnementaux ne connaissent pas de frontières. Mais l’idée initiale du Grenelle, qui n’a pas d’ambition internationale, est qu’on choisit de se prendre en main. « Le Grenelle, c’est un peu un prototype, un laboratoire qu’on ne pourra pas exporter partout ». En revanche, une réussite du Grenelle permettra de faire passer plus fortement et de manière plus légitime, le message de la France au niveau international, notamment au moment de la Présidence française de l’Union européenne.


Camille Servan-Schreiber
Vice-Présidente, Responsable du Pôle Études
et
Paul DOUCET

Pôle Etudes
Co-responsables du Groupe Environnement Développement Durable













Déjà deux mois que les membres des différents groupes sont à l’œuvre et la première phase du Grenelle touche bientôt à sa fin avec la remise des propositions le 27 septembre.
Voici quelques nouvelles du front à la veille de la tournée en régions.


Se parler :
S’il est un point sur lequel le consensus est général, c’est sur la pertinence de la méthode. Tous louent la consistance des débats mais surtout le fait de pouvoir échanger en direct ses arguments avec « l’autre », c'est-à-dire avec celui qui ne partage pas notre point de vue.
D’un groupe à l’autre, des pistes de convergences apparaissent, mais si les objectifs fédèrent, les moyens pour y parvenir divisent.
Présentation des propsotions du Grenelle Environnement en présence des Ministres
chargés de l'Écologie, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet


Points chauds :

Gouvernance écologique et ententes à géométrie variable
Les alliances se font et ses défont au gré des sujets abordés, et le groupe 5 consacré à la gouvernance écologique en est l’exemple.
Syndicats et ONG s’accordent sur l’élargissement nécessaire du r&oci