BlogPremium
RSS
RSS comm
   

Avec la nomination d'un Président du Conseil disposant d'un mandat de 2 ans et demi et celle d'un Haut-représentant aux Affaires étrangères, la politique étrangère de l'UE demeure plus que jamais l'axe stratégique d'une véritable Europe politique.  Pourtant, tous les États-membres sont loin d'avoir les mêmes intérêts stratégiques. À votre avis, quelles seraient les mécanismes pour créer des dossiers qui feront consensus ?
Monsieur le Député européen Alain Lamassoure nous répond.


 
    Pour la construction européenne, la politique étrangère est le plus grand paradoxe. Interrogez l’homme de la rue : il citera la politique étrangère comme la première raison d’unir les pays européens dans le monde, passionnant mais sans pitié pour les faibles qu’est ce XXIe siècle. Voilà une bonne dizaine d’années que, dans tous les pays d’Europe continentale, les personnes sondées lors des « Eurobaromètres » font la même réponse. Mais c’est une tout autre chanson que font entendre les dirigeants nationaux. Ceux des grands pays se font encore des illusions sur leur influence personnelle ; ceux des petits pays y voient une occasion inespérée de se grandir à la taille des principaux acteurs de la scène internationale ; tous trouvent dans la politique étrangère un dérivatif consensuel et valorisant par rapport à la zizanie mesquine et usante de la politique intérieure.

    Si une politique étrangère commune est difficile à concevoir, ce n’est pas parce que les intérêts stratégiques de nos pays seraient divergents. Nous n’avons plus d’ennemi, nous ne menaçons plus personne, nous souhaitons soumettre toutes nos relations internationales à des rapports de droit. Nous avons fusionné nos économies jusqu’à la disparition de nos monnaies nationales. Toute bonne nouvelle pour l’un de nos pays est une bonne nouvelle pour les autres. Nous avons un égal intérêt à la stabilisation des Balkans, à la démocratisation de la Russie et du monde musulman, à l’extinction de tous les terrorismes, à l’arrêt de la prolifération nucléaire, au développement pacifique des pays émergents et de l’Afrique, à la maîtrise des phénomènes climatiques, à un partage des tâches intelligent entre les Etats-Unis et nous sur le maintien de la paix dans les zones sensibles. Le problème ne réside pas dans la différence des intérêts, mais dans la multiplicité des services compétents : chargez vingt-sept personnes, même dans un seul pays, de vous définir la politique à conduire envers la principauté d’Andorre, vous aurez vingt-sept réponses. Quand chacune des personnes interrogées excipe de sa souveraineté nationale pour ne pas se ranger à l’avis des autres, que fait-on ?

    C’est ce paradoxe auquel le traité de Lisbonne s’attaque de manière pragmatique. On ne touche pas au tabou de la souveraineté nationale : toutes les décisions relatives à la politique étrangère, de sécurité et de défense européennes continueront d’exiger l’unanimité, sous la seule réserve de compter l’abstention comme un silence d’acquiescement. Mais le Président du Conseil européen et le Haut-Représentant pour la politique étrangère auront le pouvoir de convoquer leurs homologues à tout moment. Concrètement, à chaque crise, les diplomates européens se concerteront entre eux, avant de téléphoner à Washington ou ailleurs. Et ils se prononceront sur un projet de position européenne, et non sur une position extérieure, américaine ou autre. Le consensus ne sera pas automatique, mais il sera plus facile à réunir qu’aujourd’hui.

    En outre, avec le service diplomatique de l’Union et les forces mises en place dans le cadre d’une « coopération structurée » en matière de défense, l’Europe aura les moyens d’agir lorsqu’un accord est trouvé. C’est la moindre des choses, direz-vous, mais jusqu’à présent il est très difficile d’agir ensemble, même lorsque nous sommes d’accord.

    A ces avancées institutionnelles, j’ajoute deux suggestions politiques.

    D’abord, je propose que les membres de l’Union se mettent d’accord sur un « agenda européen » en matière de politique étrangère. Indépendamment des crises imprévisibles, il y a des problèmes permanents dont nous n’avons jamais essayé de fixer la hiérarchie des priorités. Si un tel agenda avait existé, nous aurions placé tout en haut le problèmes des malheureux Balkans, alors que l’indépendance du Kosovo, prévue depuis de longs mois, nous a presque pris au dépourvu ; nous aurions défini une politique russe, qui nous fait défaut depuis la disparition de l’URSS ; et nous aurions peut-être convaincu l’administration américaine que, pour lutter contre le fanatisme islamiste, la solution du problème israélo-palestinien était plus urgente que l’invasion militaire de l’Irak laïc.

    Ensuite, je lance une idée politiquement incorrecte. Pourquoi ne proposerions-nous pas, à titre d’expérience pour les six mois de notre présidence, de mettre notre vote à l’ONU à la disposition de la majorité du Conseil européen ? En nous réservant une clause de sauvegarde, seulement pour les cas où un intérêt national majeur est en jeu. Que risquerions-nous ? De devoir suivre une majorité de pays qui ne partagerait pas l’une de nos analyses ? Peut-être, mais c’est le prix à payer pour avoir une politique étrangère commune. Nous n’imaginons tout de même pas que celle-ci sera systématiquement alignée sur les positions de Paris. Si nous faisons ce sacrifice, il sera difficile à nos partenaires de le refuser : d’un coup, sans avoir besoin de l’inscrire noir sur blanc dans le traité, la règle de la majorité s’appliquera en politique étrangère. Et nos amis britanniques seront mis dans la situation éminemment désagréable, mais inéluctable, d’avoir à choisir entre l’Europe, en suivant notre exemple, et l’insularité politique, en conservant leur droit de jouer « perso ». Je m’en amuse d’avance.


L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.


pagerank
S'il y a une grande absente du débat présidentielle, c'est bien l'Europe!
Cette absence ne peut être attribuée à Nicolas Sarkozy: À Bruxelles, à Strasbourg ou lors d'autres grands discours (le 14 janvier lors de son investiture, sur la politique internationale), il a donné une vision claire de l'Europe, de ce qu'il souhaite faire. Ses idées saluées par tous nos partenaires européens sont les bienvenues alors que nous nous apprêtons à fêter ce week-end le cinquantième anniversaire du Traité de Rome.
Anniversaire que nous fêterons dignement à l'Atelier Europe par la conférence de lundi prochain. Outre rappeler l'origine du Traité de Rome, ce que l'Europe a accompli, les attentes de nos partenaires, cette conférence sera aussi l'occasion de débattre des propositions de Nicolas Sarkozy.

Si vous n'êtes pas déjà inscrit, il n'est pas trop tard:







 Nous avons le plaisir d'accueillir une nouvelle plume, l'avocat et essayiste, Laurent Cohen-Tanugi. Rappelons qu'il fut l'un des orateurs du débat organisé à l'Assemblée nationale le 10 mai par l'Atelier Europe.


    La politique internationale et la place de la France dans le monde seront-elles l’un des enjeux de l’élection présidentielle de 2007 ? Au-delà des incidences tactiques de cette question pour telle ou telle candidature, on ne peut qu’être frappé, à quelques mois du scrutin, par le décalage entre l’intensité de l’actualité internationale, qui apporte chaque jour sa moisson d’événements plutôt préoccupants, et le peu de place que la politique étrangère occupe dans le débat politique pré-électoral.

    On explique généralement ce décalage par le caractère consensuel et relativement immuable de la politique étrangère de la France, gravée dans le marbre de l’héritage gaullien et soustraite à la discussion par son appartenance au « domaine réservé » du président de la République. La faiblesse des contre-pouvoirs parlementaires et intellectuels en la matière, qui jouent un rôle essentiel aux Etats-Unis, contribue à cet immobilisme.

    Ce consensus, confirmé à quelques nuances près par le récent « débat » de politique internationale entre les trois candidats à l’investiture socialiste, s’articule autour de quelques fondamentaux : la vocation universaliste de la France, la référence à une Europe-puissance largement incantatoire et fantasmatique, l’ambivalence, voire la rivalité plus ou moins aiguisée à l’égard de l’allié américain et de l’OTAN, l’inclination tiers-mondiste et la tendance à ramener la plupart des problèmes de la planète au conflit israélo-palestinien.

    Ce kit idéologique n’a pas fondamentalement évolué depuis son élaboration il y a plus de quarante ans, et ce malgré les deux changements majeurs de paradigme géopolitique qu’ont produit la chute de mur de Berlin, puis celle du World Trade Center.

    Or, la fin de la guerre froide a ébranlé le positionnement de la France dans le monde de multiples façons, et le tournant du XXIe siècle, inauguré par les attentats du 11 septembre 2001, n’a fait qu’accentuer cette déstabilisation.

    Celle-ci se traduit en premier lieu aujourd’hui par une perte de leadership de la France dans une Europe en crise profonde, plus dommageable encore pour notre pays que pour la construction européenne elle-même. Si la crise de l’Europe préexistait en effet au rejet du traité constitutionnel, le « non » français a privé le pays de ce qui formait la colonne vertébrale de sa politique étrangère et le vecteur de sa projection dans le monde depuis un demi-siècle.

    Par ailleurs, malgré le réchauffement diplomatique de ces deux dernières années, la confrontation de 2002-2003 avec les Etats-Unis a laissé des traces et ôté à la France son statut historique d’allié privilégié de la première puissance mondiale. Si l’on ajoute au tableau une perte d’influence en Afrique au profit de la Chine et des Etats-Unis, une relative absence de l’Asie, futur cœur du monde, et une marginalisation dans le chaos du « nouveau Moyen-Orient » malgré tout l’investissement réalisé dans cette région, on peut légitimement se demander si la persistance du consensus national sur la politique étrangère n’est pas simplement synonyme d’aveuglement.

    Les deux principaux prétendants à la fonction présidentielle ont en commun d’aborder la politique internationale avec un regard neuf et d’incarner une forme de rupture par rapport à leurs camps respectifs.

    Cette double caractéristique devrait fournir l’occasion d’une réflexion et d’un débat sur le nécessaire renouveau de notre diplomatie, dans un monde en pleine recomposition dont aucun pays ne peut plus s’abstraire et où la France peut encore jouer un rôle déterminant.

  Nouvelle approche de notre leadership en Europe, solidarité constructive et assumée avec les Etats-Unis, engagement accru au Moyen-Orient et en Afrique et renforcement de notre présence en Asie à travers l’Union européenne, contribution active à la construction d’un nouvel ordre international : telles sont les voies d’un retour de la France sur la scène internationale de ce début de siècle.

    A l’heure de l’Europe et de la mondialisation, la politique étrangère ne peut plus, dans une démocratie, constituer un domaine réservé inhérent à la fonction présidentielle. Sur ce terrain-là également, le vainqueur de 2007 devra innover…

 Monsieur le Député européen Alain Lamassoure, Membre du bureau de la délégation des Députés européens UMP répond à notre question de la semaine "25, bientôt 27 États, peuvent-ils avoir une Politique Étrangère Commune ?" :


    La question ne se pose pas dans l’abstrait. S’il s’agit des 25 Etats membres de l’Union européenne en 2006, la réponse n’est pas seulement « oui », mais : ils le peuvent, et ils le doivent.
    Mesurons bien la portée de la révolution – le mot n’est pas trop fort – introduite par la construction européenne dans nos relations extérieures.
    Sur le continent européen lui-même, il n’y a plus matière à politique étrangère. Qui eût osé le rêver en 1950 ? Mille ans de diplomatie sont maintenant sans objet. La paix perpétuelle est assurée entre nous, nos relations n’ont plus un caractère diplomatique, elles relèvent d’un partenariat permanent, par lequel les élus de nos peuples décident de règles de vie en commun.
    Hors du continent, la quasi-totalité des compétences extérieures relevant des « arts de la paix » (commerce, finances, transport, environnement, culture, télécommunications, aide au développement etc.) sont exercées désormais, en notre nom, par l’Union européenne, qui négocie au nom des Etats membres. En pratique, cela représente (heureusement) 90% de nos relations extérieures : la défense de nos emplois face aux économies émergentes, la lutte contre l’effet de serre, la prévention des épidémies, la lutte contre les mafias et le grand banditisme, les grands programmes de recherche sur les énergies nouvelles, et même les accords sur l’immigration avec les pays de départ relèvent de la compétence de l’Union.
    Quant au traitement des grandes crises internationales, qui peuvent déboucher sur le recours aux « arts de la guerre », pour le moment, chaque Etat membre reste libre de son action, l’Union ne fournissant que le cadre d’une coordination des politiques nationales. Mais en pratique, y-a-t-il un seul grand sujet planétaire sur lequel les Etats européens aient des intérêts différents ? Au Moyen-Orient, nous souhaitons tous la paix entre deux Etats, israélien et palestinien, enfin réconciliés. En Afrique, nous cherchons tous à consolider les Etats défaillants et à accompagner les évolutions démocratiques indispensables au développement économique. Vis-à-vis de Moscou ou de Pékin, il ne se passe pas de semaine sans que nous mesurions la faiblesse chronique de jouer en permanence à 25 Curiace pour affronter Horace. En Irak, en 2003, ceux de nos voisins qui se sont alignés sur la position américaine ont eu aussi peu d’influence sur celle-ci que ceux qui, comme nous, ont pris la position contraire. La lutte contre le fanatisme islamiste, comme la prévention de la prolifération des armes de destruction massive n’ont aucune chance d’aboutir sans une politique déterminée et unie de tous les pays démocratiques, à commencer par l’équipe unie des Etats européens.
    C’est d’ailleurs ce que comprend le bon sens populaire : voilà une bonne dizaine d’années qu’à tous les sondages sur le sujet, la proportion des citoyens qui feraient plus confiance à l’Europe qu’à leur propre pays pour défendre leurs intérêts nationaux sur la scène internationale dépasse 70% dans tous les Etats continentaux, la proportion étant supérieure à 50% même en Grande-Bretagne. C’est un domaine où les dirigeants ont plus de mal que leurs électeurs à admettre les réalités de notre temps. L’application des dispositions prévues, en la matière, par le projet de Constitution permettrait déjà un progrès appréciable en offrant une procédure pour faciliter la recherche et l’application de positions communes.





Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il nous apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.
Ou lors du dîner-débat du 6 décembre prochain qui portera essentiellements sur les questions internationale!