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  Notre série sur le 50ème anniversaire du Traité de Rome prend fin, mais en matière européenne, celle-ci n'est pas encore à l'ordre du jour et Monsieur le Député Alain Lamassoure se penche sur le futur de ce beau traité en répondant aux quesstion de la semaine: "Qu’attendre des cinquante prochaines années ? Comment relancer la construction européenne ?"


A l’intérieur : achever l’espace de vie commune. A l’extérieur : devenir un des bâtisseurs du monde du XXIe siècle. C’est en fonction de ces deux tâches historiques que nous devons concevoir l’avenir de l’Union européenne.

L’immense acquis des cinquante premières années, c’est que l’espace de guerres récurrentes est devenu un espace de vie en commun. Nous n’avons pas encore mesuré combien, en deux générations à peine, les problèmes à gérer sont devenus différents : libre circulation des personnes, à commencer par les travailleurs, politique commune de l’immigration, harmonisation des droits de la famille, rapprochement des codes pénaux pour la grande criminalité, redéfinition de la citoyenneté, harmonisation des livres d’histoire, organisation d’un véritable espace politique et d’un débat démocratique continental sont quelques-uns de ces problèmes nouveaux.

A l’extérieur, l’union des 480 millions d’Européens ne sera pas de trop pour faire face à une Amérique qui maintient sa supériorité en aspirant les meilleurs talents et les capitaux du reste du monde, et aux trois milliards d’Asiatiques lancés dans une croissance effrénée. Nous devons être capables d’agir ensemble, non seulement pour défendre nos intérêts, mais aussi pour participer à l’organisation de ce monde au développement anarchique : réforme de l’ONU pour donner toute leur place aux puissances émergentes, création d’une Agence mondiale de l’environnement, premières règles mondiales sur les nouvelles technologies de communication, y compris internet, et sur les biotechnologies…

A 27 membres, le traité actuel ne permet, ni l’aménagement de l’espace interne, ni une action extérieure crédible. La voie constitutionnelle ayant échoué, il faut de toute urgence reprendre les dispositions institutionnelles du projet dans un nouveau traité. Normalement, les 27 pays qui avaient signé le projet constitutionnel devraient approuver cette démarche. Si tel n’était pas le cas, il faudra sérieusement envisager de continuer sans les retardataires. Sans nouvelles règles du jeu, aucune relance politique de l’Europe ne sera possible.



L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.
 

 3ème volet de notre série sur le 50ème anniversaire du Traité de Rome, Madame le Député européen Françoise Grossetête définit "Dans quels domaines l'Union européenne est-elle perfectible ?"

Si l'Union européenne peut et doit pouvoir progresser dans un certain nombre de domaines où elle apporte une valeur ajoutée, ses actions présentes et futures doivent être mieux perçues par l'ensemble des citoyens.

Une communication plus  efficace  apparait comme une solution essentielle pour que les citoyens se réapproprient un projet européen porteur d'espoir. L'Union européenne doit rester une ambition et non pas une contrainte.

L'Union doit avant tout "mieux légiférer" pour reprendre la formule lancée par la Commission européenne afin de simplifier la législation communautaire.  Sur un plan institutionnel, un traité simplifié comme le propose Nicolas Sarkozy parait indispensable. Il n'aura pas pour but de refondre l'Europe politique. Il aura pour but que les institutions européennes qui ne fonctionnent plus se remettent à fonctionner dans une Europe à 27. Certaines réformes comme l'"extension du domaine de la majorité qualifiée" ou "l'extension du domaine de la codécision" pour accroître le rôle du Parlement européen ne peuvent plus attendre.

Mieux légiférer, cela signifie :

-   rendre la législation claire et accessible aux citoyens, d’un point de vue rédactionnel;

-  éviter de complexifier la législation outre mesure

Il s’agit non seulement de juger de la pertinence d’un acte législatif communautaire (notamment au regard du principe de subsidiarité), mais encore d’évaluer la cohérence des textes proposés avec les priorités politiques de l’UE. 

L'Europe a souvent voulu trop règlementer, sur tout et parfois n'importe quoi ! Mais l'Union n'a pas vocation à se mêler de tout. En revanche, elle doit faire mieux sur les politiques qui requièrent un niveau de décision au moins européen, et qui représentent une véritable valeur ajoutée européenne comme par exemple l'environnement ou bien encore l'amélioration des services de soins de santé transfrontaliers afin d'assurer la sécurité juridique et la coopération entre les systèmes de santé nationaux.

La réalisation des objectifs de l’Union, notamment en termes de compétitivité, de croissance et d’emploi, est étroitement liée à l’amélioration de l’environnement réglementaire communautaire. L’amélioration et la simplification du "cadre réglementaire dans lequel fonctionnent les entreprises" ont été inscrites dans la stratégie de Lisbonne qui vise à faire de l'Union européenne "l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde d'ici à 2010". Pour que ces paroles ne restent pas lettres mortes, les Etats membres, les partenaires sociaux et les citoyens doivent pouvoir s'approprier les réformes nécessaires à mettre en œuvre.

Il est temps aujourd'hui pour l'Union de se concentrer sur l'essentiel, en respectant le principe de subsidiarité, et en répondant aux attentes de nos concitoyens.




L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe et nous vous invitons à la retrouver sur son site.


Le lundi 26 mars, à l’occasion du cinquantième anniversaire de Traité de Rome, s’est tenu à l’Assemblée Nationale une conférence organisée par l’Atelier Europe de l’UMP, sur le thème du défi européen. Michel Barnier, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, a présidé cette conférence, qui avait comme invitée d’honneur Salomé Zourabichvili, ancienne Ministre des Affaires étrangères de Géorgie et actuellement présidente de la Voie de la Géorgie.

Dans leur discours introductif, Vincent Yquel et Camille Servan-Schreiber ont, tour à tour, rappelé les enjeux de l’Europe et la nécessité d’un débat constant sur le sujet, qui ne doit pas être cantonné aux échéances électorales.

Jean François-Poncet, ancien ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui sénateur, qui fut l’un des principaux acteurs des négociations du Traité de Rome, a insisté sur la nécessité d’une volonté politique pour résoudre les problèmes actuels, notamment institutionnels. Cette volonté politique a permis de dépasser les clivages en 1957 et de trouver des compromis qui ont abouti à la signature du Traité de Rome.

Michel Barnier a rappelé la nécessité de créer un intérêt pour maintenir l’envie de vivre ensemble et a qualifié la Constitution de « texte utile mais juridiquement inutilisable ». Or « les autres régions du monde ne nous attendent pas, et le rêve européen est aujourd’hui en risque ». La menace est double, à la fois interne (réflexes nationaux, projet européen inachevé) et externe (réchauffement climatique, terrorisme et montée de l’islamisme radical). Question : Devons nous faire face à ces défis « en étant solitaire ou en étant solidaire » ? Michel Barnier a alors souligné l’urgence de débloquer les institutions, et de faire adopter par le Parlement un mini traité ou un nouvel acte unique portant sur le développement équitable et centré sur des thématiques telles que l’environnement, l’énergie et les services publiques. Sur le plan international, il est indispensable, a-t-il martelé, que l’Union européenne revienne à la table de ceux qui décident de l’ordre du monde.

Salomé Zourabichvili a rappelé que les cinquante ans du Traité de Rome, ce sont aussi les cinquante ans de l’insurrection hongroise de Budapest et de l’entrée des chars soviétiques en Hongrie. Ainsi, il ne fait pas de doutes selon elle que vue du Caucase, l’Union européenne est une extraordinaire réussite, et que le dernier élargissement peut-être considéré comme l’un des succès de la politique extérieure de l’UE. Elle a ensuite plaidé pour un Monsieur ou une Madame Voisinage, qui permettrait de renforcer les relations avec les pays voisins.

Avant que le débat ne s’instaure avec la salle, Baudoin Bollaert nous a fait partager ses expériences de correspond du Figaro dans les capitales européennes, à chaque moment clé de la construction de l’Union européenne. « L’Europe n’est pas en panne, mais il y a toujours un doute sur les finalités politiques de l’Union européenne».



Des photos sont en ligne ici .

Nous sommes très heureux de vous accueillir en cette soirée du 26 mars au Palais Bourbon, lieu de débat et de discussion par excellence. Nous tenons à remercier chaleureusement tous ceux qui ont permis l’organisation de la réunion de ce soir. Nous remercions en premier lieu le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Patrick Ollier, le Président du Groupe UMP à l’Assemblée, Monsieur Bernard Accoyer, et Monsieur Bernard Pousset, député de l’Indre, qui nous accueillent ce soir et nous permettent de nous réunir en ce lieu si prestigieux. Nos remerciements s’adressent aussi à nos intervenants qui nous font l’honneur d’être parmi nous ce soir pour éclairer notre réflexion.

Après la Guerre est venue la Paix. Et c’est pour préserver cette Paix sur le continent européen que les pères fondateurs de l’Union ont imaginé les Etats-Unis d’Europe.

Malgré bien des obstacles, qui semblaient infranchissables, les générations qui ont fondé l’Europe – nos parents et grands parents – ont fait l’Union, dont nous célébrons ce soir le 50è anniversaire, l’Euro, le marché commun, et l’espace Schengen.  Un immense travail pour bâtir la réalité européenne. Des succès, des échecs, des espoirs, des craintes, et surtout des projets….. qui ont dessiné au fil du temps une organisation inédite, fondée sur le principe des souverainetés partagées.

Aujourd’hui que voyons nous de L’Europe ? le couple franco allemand en difficulté, l’Euro parfois remis en question, un élargissement qui divise,  une Constitution rejetée, les Etats-Unis qui parlent de la vieille et la nouvelle Europe, la Russie qui menace nos nouveaux voisins avec son robinet de gaz ….

Pas facile de faire rêver dans un tel climat. L’Union des Etats n’a pourtant jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui. Et quoiqu’on en dise, les jeunes aiment l’Europe et ce sont eux qui feront l’Europe de demain. Courrier International titrait récemment « Quand je serai grand je serai Eurocrate ». Malgré la crise actuelle, l’histoire de l’Union est loin d’être terminée. Comme a récemment déclaré Mme Goulard, « l’Europe c’est tellement beau, les gens finiront bien par s’en apercevoir ».

L’Europe reste un modèle socio-économique et de gouvernance pour un grand nombre de pays dans le monde. Et malgré les nouvelles puissances d’Asie, l’Union reste le deuxième ensemble économique le plus puissant au monde. Les américains ne s’y trompent pas, et 60% de leurs investissements se font en Europe.

L’Europe, prise entre les ambitions nationales et le destin de sa communauté a besoin d’oxygène. Un nouvel élan vers une vision à jour, car les rêves des européens ont changé en un demi siècle. Selon la jolie formule de Christine Ockrent, il faut « réenchanter » le rêve européen.
Alors le défi européen, qu’est ce que c’est aujourd’hui ?
•    Promouvoir et stimuler  l’innovation
•    Saisir la mondialisation en se prévenant de ses excès
•    Mettre en place une voix politique et une force militaire pour faire face aux crises du monde.
•    S’imposer sur la scène internationale comme un acteur cohérent
•    Défendre ses intérêts économiques et commerciaux
•    Préparer les énergies de l’avenir
•    Faire en sorte que ces réussites favorisent l’émergence d’une identité européenne, d’un « vouloir vivre ensemble », autour de valeurs, d’institutions et d’ambitions communes.

Célébrer le 50è anniversaire du Traité de Rome ne doit pas nous faire tomber dans la nostalgie. Il s’agit au contraire d’une opportunité que nous devons saisir pour  rebondir,  nous tourner résolument vers l’avenir et donner un nouveau souffle, un nouvel élan  à la construction européenne. D’ailleurs, comme aime à le souligner Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne, “l’Europe aura le visage que la jeune génération aura décidé de lui donner”.

De la campagne référendaire de 2005, un enseignement s’impose : quel que soit le talent et la détermination des acteurs de l’Europe, qu’ils soient politiques ou issus de la société civile, leur message volontariste ne peut seulement être entendu lors des grandes échéances électorales ! La France, pays fondateur de l’Union à l’initiative de toutes les grandes avancées - du traité de Rome à la Convention pour l’avenir de l’Union - mérite un débat constant, à la hauteur de son engagement historique pour l’Europe. Il est à la fois de la responsabilité de la jeunesse et des citoyens engagés au sein de leurs familles politiques, d’être à la pointe de cette ambition.

C’est précisément en s’inscrivant dans cette perspective, au lendemain de la convention sur l’Europe, organisée en septembre 2005 par Alain Lamassoure et François Fillon, à la demande de Nicolas Sarkozy que l’Atelier Europe a été crée.

L’Atelier Europe est ainsi né d’une double volonté, d’une part, de mettre en lumière les bienfaits que l’Europe nous apporte d’ores et déjà au quotidien et d’autre part, de réduire la distance qui s’est établie entre les citoyens et le projet européen, et ce en produisant un débat populaire et de qualité.

Pour débattre ce soir de ces sujets, nous avons le plaisir, le privilège et l’honneur d’accueillir parmi nous quatre personnalités qui ont  gentiment accepté de donner un peu de leur temps, pour venir partager avec nous leur expérience :

➢    C’est tout d’abord avec une émotion particulière, en tant que Savoyard, que je vous demande d’applaudir tout d’abord, Michel Barnier. Militant dès l’âge de 14 ans, Michel Barnier a démarré sa carrière politique en Savoie. Il a été pendant près de vingt ans, député et Président du Conseil Général de ce département. Michel Barnier est devenu par la suite et successivement,  Commissaire européen en charge de la politique régionale et de la réforme des institutions, Ministre des Affaires étrangères, et maintenant depuis plus d’un an, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, notamment sur les questions européennes et internationales. Michel Barnier est aussi président fondateur du club politique Nouvelle République.

➢    Je vous demande d’applaudir ensuite notre invitée d’honneur, Mme Salomé Zourabichvili, ancien Ministre des Affaires Etrangères de Géorgie et Présidente de la Voie de la Géorgie. Mme Zourabichvili est également Chevalier de l’ordre français du mérite. Au service de la France, elle a suivi une carrière diplomatique qui l’a conduite, de Rome à N’Djamena en passant par Washington. Elle fut également représentant permanent adjoint de la France auprès de l’Union de l’Europe occidentale à Bruxelles de 1993 à 1996.

➢    Je vous demande également d’applaudir comme il se doit, Monsieur Jean François-Poncet, ancien Secrétaire général de la présidence de la République, ancien ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui sénateur, vice-président de la Commission des affaires étrangères du sénat et membre du conseil d’administration du think-tank Notre Europe. Monsieur Jean François-Poncet fut également Secrétaire général de la Délégation française chargée de négocier les Traités du Marché Commun et de l'EURATOM en 1957, il a été à ce titre l'un des principaux acteurs des négociations du Traité de Rome.

➢    Enfin, je voudrais remercier chaleureusement, M. Baudoin Bollaert, qui a si gentiment accepté de remplacer au pied levé Sylvie Goulard qui a eu malheureusement un empêchement de dernière minute. M. Baudoin Bollaert est journaliste, ancien rédacteur en chef au Figaro pour lequel il a longtemps été le correspondant à Bonn, Londres, Rome, Washington et à Bruxelles. Il a également été correspondant pendant 10 ans à Rome, Londres et Washington pour Europe 1.
Spécialiste des questions européennes, Baudoin Bollaert est aujourd’hui chargé d’enseignement à l’Institut d’Études Politiques de Paris et à Paris II, spécialisé dans les relations internationales.


Camille Servan-Schreiber & Vincent Yquel
Salle Colbert, Assemblée nationale, 26 mars 2007





Unie par la mémoire de ses déchirements meurtriers, l’Europe est devenue en cinquante ans un modèle de paix et de prospérité unique dans le monde. La réunification du continent autour des valeurs de liberté et de démocratie est un succès historique.

Alors que nous célébrons aujourd’hui le 50ème anniversaire de la signature du Traité de Rome, c’est aux visionnaires qui, durant toutes ces années, ont porté le rêve européen que nous voulons rendre hommage. La construction européenne est d’abord l’œuvre de ces femmes et ces hommes qui ont compris avant les autres qu’il n’y avait d’avenir pour notre continent que dans la réconciliation et dans la solidarité.
 

 

Au moment où l’Union traverse une période de doute, le plus bel hommage que nous puissions rendre à ces précurseurs est de faire preuve d’autant de courage et de détermination pour relancer l’Europe qu’ils en ont mis pour la construire.

Cette Europe, qui a su grandir dans le respect des identités nationales, est notre horizon et notre destin. C’est ensemble que nous pourrons relever les grands défis du XXIème siècle : la mondialisation, dont il faut savoir tirer tous les bénéfices tout en protégeant les citoyens contre ses excès ; la croissance et l’emploi, qui doivent être remis au cœur de toutes les politiques européennes ; la protection de l’environnement et le développement durable ; la lutte contre les nouvelles menaces : le terrorisme, la criminalité organisée, l’immigration illégale ; mais aussi la promotion de la paix, de la liberté, de la démocratie, des droits de l’Homme et du développement au-delà de nos frontières, car l’Europe n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle incarne dans le monde les valeurs universelles qui sont les siennes.

A Berlin, les vingt-sept se sont engagés à remédier à l’urgence institutionnelle avant les élections européennes de 2009. C’est un engagement très fort qu’il faudra tenir. C’est aussi une grande promesse pour l’avenir, car c’est seulement en donnant à la construction européenne un nouvel élan et de nouveaux projets que nous pourrons relancer l’Europe et la remettre dans le cœur de ses citoyens.


Nicolas SARKOZY

  Nous commençons cette semaine une série de questions consacrées au cinquantième anniversaire du Traité de Rome.
Monsieur le Député Alain Lamassoure ouvre cette série en répondant à une question d'histoire: "Pourquoi le Traité de Rome en 1957?"



    Le traité de Rome est né de la rencontre entre une volonté historique de quelques hommes de bonne volonté et deux événements inattendus.

    La volonté historique, c’est celle des « pères fondateurs » : Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer notamment, de mettre en place, entre les pays européens, un type de relations radicalement nouveau, qui rende la guerre impossible. Le traité charbon-acier (CECA) de 1951 en avait été la première réalisation.

    Les deux événements inattendus furent deux échecs graves. Le premier, c’est celui du second traité conçu par Jean Monnet, la Communauté européenne de défense (CED). Le 30 août 1954, l’Assemblé nationale française a rejeté sa ratification, moins par anti-européanisme, que parce que moins de dix ans après la guerre, la renaissance d’une armée allemande, même dans un cadre européen, effrayait encore une partie de la classe politique française : les temps n’étaient pas mûrs.

    Le second événement, c’est le fiasco de l’expédition militaire franco-anglaise contre l’Egypte lorsque Nasser à nationalisé le canal de Suez en 1956. Propriétaires du canal, les deux pays ont voulu le reprendre par la force. L’opposition catégorique de l’URSS et des Etats-Unis les a obligés à une retraite piteuse. C’est alors qu’est intervenu une coïncidence, très peu connue des historiens. Par un complet hasard, le 6 novembre, jour de la "capitulation" anglo-française, le Chancelier Adenauer était à Paris. Il dit alors à notre Ministre des Affaires étrangères, Christian Pineau :

    "La France et la Grande-Bretagne ne seront plus jamais des puissances comparables aux USA ou à l'URSS. Ni l'Allemagne non plus. Il ne leur reste qu'une façon de jouer un rôle décisif dans le monde: s'unir pour faire l'Europe. L'Angleterre n'est pas encore mûre, mais l'affaire de Suez contribuera à l'y préparer. Nous n'avons pas de temps à perdre : l'Europe sera notre revanche."

    Et ce n’est pas un Français, ni un Allemand, mais le Belge Paul-Henri Spaak qui a alors pris le relais pour lancer l’initiative politique qui a conduit à concevoir le « marché commun », complété par le traité Euratom. La Communauté économique européenne était née.

    Relais d’hommes de bonne volonté pour trouver des solutions imaginatives ; utilisation des événements, y compris des échecs, pour rebondir ; convergence des analyses chez les pays fondateurs, alors que la Grande-Bretagne hésite : tous les ingrédients d’il y a cinquante ans sont ceux dont nous avons besoin de nouveau aujourd’hui.



L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.