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Un partenariat bloqué

Le 20ème sommet UE-Russie s'est déroulé dans une atmosphère d'incompréhension devenue presque ordinaire. Les négociations sur le renouvellement de l'Accord de Partenariat et de Coopération (APC), qui fixe depuis 1997 le cadre des relations politiques et commerciales entre les deux partenaires, demeurent au point mort. Le "dialogue énergétique" lancé en 2000 s'est avéré incapable de concilier deux conceptions profondément divergentes de la sécurité énergétique. Enfin, l'Espace Commun de Sécurité Extérieure, le plus important des "Quatre Espaces" formalisés en 2005[1], est paralysé par les positions antagonistes adoptées par Moscou et Bruxelles,  face à la plupart des crises régionales et internationales. L'UE et la Russie paraissent aujourd'hui trop dissemblables pour pouvoir agir de concert: entre un Etat traditionnel soucieux de souveraineté à l'intérieur et de puissance à l'extérieur, et une communauté fondée sur le primat de la démocratie et de la règle juridique, les divergences d'intérêts et de valeurs touchent à l'essentiel.



La question du leadership russe  : les incertitudes de l’après Poutine

L’un des paramètres importants dans cette relance du partenariat UE-Russie est celui du leadership russe. Or la conjoncture préélectorale ne favorise guère une relance immédiate du Partenariat. S'il ne fait aucun doute que le parti Russie Unie, conduit par Vladimir Poutine en personne, remportera une large majorité des sièges à la Douma lors des élections législatives de décembre, l'issue de l'élection présidentielle de mars demeure totalement opaque. Nul ne sait aujourd'hui qui sera autorisé à disputer la succession du Président Poutine. Plus important encore, l'étendue même des pouvoirs du futur président est sujette à caution, dans la mesure où l'actuel locataire du Kremlin continue d'entretenir le mystère sur son avenir personnel. Le Président russe a récemment annoncé son intention de conduire une liste aux légistatives, ce qui, compte-tenu de sa popularité très forte, aboutirait à sa nomination en tant que Premier ministre. Cette incertitude contraint les dirigeants européens à la prudence, même si aucune rupture par rapport à la politique actuelle n'est à attendre après 2008.



L’ébauche de convergences dans la politique européenne envers la Russie

Du côté de l'Union européenne, les changements intervenus dans plusieurs grandes capitales (Paris, Londres) favorisent en revanche l'émergence de convergences dans la politique vis-à-vis de Moscou. Le départ simultané de Jacques Chirac et de Tony Blair marque symboliquement la fin des divisions héritées de la guerre d'Irak, et permet d'envisager une réunification des diplomaties européennes. Sur le fond, une plus grande unité est également perceptible. Contrairement à leurs prédécesseurs immédiats, ni Nicolas Sarkozy ni Angela Merkel ne souhaitent préserver l'axe Paris-Berlin-Moscou comme contrepoids éventuel à la "nouvelle Europe". A l'inverse, la défaite du gouvernement Kaczynski en Pologne marque l'échec des partisans les plus extrémistes d'une ligne systématiquement anti-russe. Les principaux gouvernements européens semblent ainsi s'acheminer vers une ligne commune vis-à-vis de Moscou, à la fois modérée et réaliste. Cette ligne serait la suivante : approfondissement de la coopération lorsque celle-ci est dans l'intérêt de tous (en particulier dans le domaine économique), mais défense des positions européennes lorsque celles-ci sont en contradiction avec les positions russes. Tous les pays de l’UE semblent décidés pour ce faire à accroître l'indépendance effective de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie. Dans ces conditions, il n'est pas trop tôt pour envisager les axes prioritaires d'une nouvelle politique européenne envers Moscou:



- Une implication dans les „conflits gelés“ et l’espace post-soviétique

Une rupture entre la Russie et l'Occident au sujet du Kosovo apparaît aujourd'hui inéluctable. L'opposition de principe de la Serbie et de la Russie à la sécession de la province albanophone ne paraît pas pouvoir être surmontée. Dans ces conditions, une déclaration d'indépendance unilatérale du Kosovo, reconnue par les seuls gouvernements occidentaux, pourrait avoir des répercussions dans les 'conflits gelés' de l'ex-Union soviétique, la Russie se sentant désormais autorisée à encourager les vélléités sécessionnistes chez certains de ses voisins. Compte-tenu des rapports particulièrement tendus entre la Russie et la Géorgie, un soutien de Moscou à l'indépendance des provinces géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud ne paraît pas invraisemblable.



L’Ukraine : facteur de modération dans les relations UE-Russie ?

Dans ce contexte, la récente victoire de la 'coalition Orange' en Ukraine revêt une double importance. D'une part, cette victoire permet d'envisager un nouveau rapprochement entre Kiev et les capitales européennes. D'autre part, la réussite de l'expérience ukrainienne pourrait inciter Moscou à ne pas donner trop d'ampleur à ses divergences avec Bruxelles, de peur de voir l'Ukraine basculer irrémédiablement dans le camp de l'Union européenne. La présence d'un gouvernement pro-européen à Kiev permettrait d'autre part d'espérer un règlement de la crise moldave, les autorités sécessionnistes de Transnistrie soutenues par Moscou s'étant largement appuyées par le passé sur la bienveillance du gouvernement et des milieux d'affaires ukrainiens. Les Européens devraient donc, au cours des prochaines années, accorder une attention prioritaire à l'Ukraine, à la fois en incitant les dirigeants de la coalition Orange à préserver leur unité, et en soutenant fortement les projets économiques du futur gouvernement. Le succès de la coalition démocratique à Kiev (composée du parti Notre Ukraine du président Ioushchenko et du Bloc Yulia Timochenko) serait non seulement souhaitable en tant que tel, mais constituerait en outre un facteur de modération (certes involontaire) dans les relations entre la Russie et l'Union européenne. Par exemple dans le domaine énergétique, Kiev pourrait participer à des négociations trilatérales avec l’UE et la Russie, évitant ainsi un face à face inévitablement tendu entre ces deux dernières.



- Une politique énergétique commune

Les profils énergétiques des Etats membres de l'UE sont extrêmement contrastés. Cette mosaïque des intérêts constitue un obstacle à la définition d'une politique énergétique commune. Celle-ci tend néanmoins à s'imposer d’elle-même pour trois raisons essentielles: l'insécurité croissante de l'approvisionnement européen en gaz et en pétrole; la hausse continue du prix des hydrocarbures; le réchauffement climatique. Une gestion optimale de ces trois risques requiert de la part des Européens une approche commune. En dépit des divergences entre Etats et des propositions parfois contestées de la Commission européenne (notamment l'unbundling[2]), un consensus semble se dessiner sur trois objectifs essentiels: minimiser la consommation globale d'hydrocarbures (grâce aux économies d'énergie et aux énergies renouvelables), assurer une solidarité effective des Etats membres face au risque de pénurie (grâce à l'harmonisation des régulations nationales et à l'interconnection des réseaux de transport et de distribution), définir une stratégie commune de sécurisation des importations (grâce à la diversification des approvisionnements et à la conclusion d'accords politiques avec les fournisseurs extérieurs de l'Union). Reste à travailler sur les aspects juridiques, industriels et diplomatiques de cette nouvelle politique.

Une politique énergétique commune présenterait pour les relations russo-européennes deux types de conséquences. D'une part, elle renforcerait considérablement la position de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie, en réduisant la part des hydrocarbures russes dans le profil énergétique global de l'Union et en interdisant à Gazprom et aux autorités russes d'exploiter les divisions entre Etats européens. Aujourd’hui, ces divisions place Moscou largement en position de force tant sur le plan commercial que sur le plan politique. D'autre part, elle élargirait sensiblement le spectre des coopérations industrielles russo-européennes, ce qui pourrait permettre de contourner le débat, aujourd'hui stérile, relatif à la Charte de l'Energie et à la liberté d'investissement dans le secteur énergétique russe. A une approche juridique fondée sur un objectif de „réciprocité“ purement abstrait, se substituerait une approche politique fondée sur la complémentarité des intérêts. Or l'objectif de l'Union de sécuriser ses importations rencontre la volonté de la Russie de diversifier son économie. Ajoutons que la réassurance psychologique ainsi fournie aux Européens ne pourrait qu'alléger l'atmosphère des discussions bilatérales.



- Une nouvelle stratégie transatlantique

Les rapports russo-américains constituent l'arrière-plan indépassable des relations entre l'Union européenne et la Russie. L'opposition de Moscou à la stratégie globale des Etats-Unis (notamment le rejet des institutions internationales, l'expansionnisme démocratique et la politique de "changement de régime" au Moyen-Orient) se trouve exacerbée par le renforcement de la présence militaire américaine dans l'ancien espace soviétique et ses satellites. La crise ouverte par le projet américain d'implantation d'un bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque n'est qu'un élément d'une crise plus vaste, qui se traduit aujourd'hui par la réorientation de  la politique russe vers la Chine et l'Asie centrale. Par le biais de l'Organisation de la coopération de Shanghai (OCS) et de l'Organisation du Traité de sécurité collective, la Russie poursuit un double objectif: à court terme, le départ des troupes américaines d'Asie centrale, à long terme, le regroupement des puissances hostiles à l'actuelle politique américaine. L'hostilité de la Russie à toutes nouvelles sanctions internationales contre l'Iran constitue la dernière manifestation en date de cette politique.


Dans une stratégie bien pensée envers la Russie, l'Union européenne ne peut donc se désintéresser de la politique américaine. L'élaboration d'une nouvelle stratégie transatlantique, vis-à-vis de la Russie et du reste du monde, est envisageable après janvier 2009 et l'entrée en fonctions du successeur de George W. Bush. Une telle stratégie devrait inclure avant tout la restauration d'un véritable dialogue stratégique entre grandes puissances nucléaires, incluant notamment un renforcement des traités de désarmement existants et leur extension aux puissances émergentes. Sur cette base pourrait être relancée la lutte contre la prolifération, avec des instruments juridiques globaux et équitables (un TNP renforcé, par exemple). Plus généralement, le retour des Etats-Unis au multilatéralisme et la répudiation du messianisme néo-conservateur, permettraient d'envisager une nouvelle période de collaboration entre l'Amérique, l'Europe, la Russie, la Chine et l'Inde, sur des sujets comme le développement de l'Afrique et la lutte contre le réchauffement climatique. L'Union européenne devrait réfléchir à ces sujets sans attendre 2009.

                                                                                               


Camille Servan-Schreiber

Vice-Présidente, Responsable du Pôle Etudes

Quentin Perret

Pôle Etudes/Responsable du groupe Russie et Europe Orientale




[1]    La coopération UE-Russie est définie depuis 2005 par quatre „espaces communs“: un espace économique, un espace de liberté, de sécurité et de justice, un espace de sécurité extérieure et un espace de recherche et d'éducation.
[2]    L'unbundling est la séparation patrimoniale des infrastructures de production et de transport de l'énergie. Cette mesure, recommandée par la Commission européenne pour les secteurs du gaz et de l'électricité, aboutirait au démantèlement des entreprises énergétiques intégrées, telle EDF.



 Le prix Nobel de la Paix vient d’être décerné conjointement à Al Gore et au GIEC pour leur action en faveur de l’environnement. Comment analyser le fait que cette distinction soit attribuée cette année à des personnalités qui s’engagent pour l’environnement ? Al Gore, homme politique, aujourd’hui citoyen engagé pour l’avenir de la planète, est aussi perçu comme un homme de paix. L’équilibre mondial se joue autant sur la neutralisation des éventuels conflits que sur l’harmonie de l’homme avec son environnement. C’est l’engagement d’Al Gore pour cette osmose de la nature et de la culture qui est aujourd’hui récompensé, engagement de toute une vie qu’il convient d’évoquer et de remettre en perspective dans cette mobilisation urgente que l’état de notre planète appelle.
Al Gore à Oslo lors de la remise du Prix Nobel


L’histoire d’Al Gore

L’un des rares hommes politiques américaines à demander la ratification des accords de Kyoto par les Etas-Unis

Né le 31 mars 1948 Al Gore fait ses études à Harvard où il obtient un Bachelor of Art en juin 1969.
Sa carrière politique débute à la chambre des représentants en 1976, comme candidat dans la quatrième circonscription du Tennessee. Il sera réélu sans discontinuité en 1978, 1980 et 1982. En 1984 il est élu au Sénat face à son adversaire Victor Ashe.

Au cours de ses différents mandats Al Gore impressionne par sa maîtrise des dossiers environnementaux. En 1992 il est choisi par Bill Clinton pour être son colistier lors de la campagne présidentielle de la même année. Le 3 novembre il est élu 45eme vice-président des Etats-Unis, mandat renouvelé en 1996.
Considéré par les historiens comme l'un des Vice-présidents les plus influents et les plus actifs de l'Histoire américaine, il s’engage énergiquement pour la cause environnementale. Il prend ainsi diverses mesures contre le réchauffement climatique, la réduction de la couche d'ozone et la déforestation. En tant que président du Congrès (fonction dévolue au vice-président) il initie la première audition du Congrès et engage le débat avec les représentants élus. Il compte sur eux pour prendre des mesures fortes et concrètes, mais doit se heurter à certaines réticences. La « Carbon Tax », mesure dont le but est de réduire la consommation de combustible fossile, souhaitée et initiée par Al Gore, n’a été que partiellement mise en œuvre en 1993.  
En 1997 il se prononce pour la ratification du traité de Kyoto par les États-Unis mais le Sénat y reste opposé. Gore connaît aussi des succès. Il soutient le placement du satellite dans le cadre du programme Triana, pour accroître la conscience des problèmes environnementaux.
Candidat à l’élection présidentielle face à Georges Bush en 2000, il s’engage à faire ratifier le protocole de Kyoto s’il est élu.  Pourtant arrivé en tête avec 550 000 voix de plus que son adversaire Georges Bush, Al Gore, désavantagé par le système des grands électeurs, perd l’élection. Il se consacre alors à ce qu'il considère comme le combat ultime de sa vie, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement.


L’engagement de toute une vie

Al Gore prend conscience de la gravité du réchauffement climatique lors d'un cours à l'Université de Harvard du professeur Roger Revelle, l'un des premiers scientifiques à mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère.  En 1992 Al Gore publie Earth in the Balance, dans lequel il traite un certain nombre de sujets liés à l’environnement.

Un pédagogue hors pair

C’est lors de sa tournée « The Slide Show » qu’il informe le grand public des craintes de la plupart des scientifiques sur le réchauffement global de la terre. Il décrit alors les conséquences graves pour la planète si la quantité de production humaine de gaz à effet de serre n'est pas significativement réduite dans un futur très proche.


 Son film « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange), est son plus important succès médiatique. Le film sort sur les écrans à New York et Los Angeles le 24 mai 2006. Gore et la Paramount, le distributeur du film, ont utilisé la recette afin de financer des campagnes éducatives sur le changement climatique.

Ce film présente de nombreux aspects catastrophistes, comme le risque de l'effondrement d'un inlandsis majeur, un glacier très étendu au Groenland ou en Antarctique, dont l'un ou l'autre pourraient élever les niveaux de mer globaux d'approximativement 6 mètres, provoquant l'inondation des secteurs côtiers et créant une centaine de millions de "réfugiés climatiques", les éco réfugiés. La fonte des eaux du Groenland pourrait stopper le courant du Gulf Stream et rapidement déclencher un refroidissement local dramatique en Europe nordique.


La conclusion du documentaire est que si les mesures appropriées sont prises rapidement, les effets du réchauffement peuvent être inversés avec succès, en libérant notamment moins de dioxyde de carbone et en cultivant plus de plantes et d'arbres. Enfin Al Gore invite tous les spectateurs à apprendre comment ils peuvent aider et à se mobiliser dans cette initiative.

Pour sensibiliser les spectateurs au problème du réchauffement climatique, le film présente la température annuelle et les niveaux de CO2 pendant les 650 000 dernières années déterminés par les analyses des carottes de glace prélevées en Antarctique.


Ses détracteurs : Jim Inhofe, Bush, John Howard


Al Gore accuse de manipulation ses détracteurs. Ceux-ci remettent en cause les origines du réchauffement climatique, et cherchent à entretenir, selon Al Gore, le doute et la septicité dans l’opinion publique, en opérant notamment une forte dichotomie entre les informations des médias spécialisés et des médias grand public.

L'agence de presse américaine Associated Press a interrogé  plus de 100 chercheurs et experts  sur la véracité du film. Ce sondage se déroulant avant la sortie nationale du film ou du livre, seuls 19 climatologues ont vu le film. Tous confirment les faits scientifiques relatés par Al Gore.

Mais le sénateur Jim Inhofe, président du Comité sénatorial de l’Environnement et des Travaux Publics des Etats-Unis déclare que « le réchauffement global est le plus grand canular jamais commis sur les Américains ». Cette intervention apparaît dans le film.

De même le Président Bush, interrogé avant la sortie du film pour savoir s'il comptait regarder le film, rétorque : "Ça m'étonnerait". Il a plus tard déclaré que "nous devons rester sceptiques quant au fait que les gaz à effet de serre sont causés par l'humanité ou de causes naturelles ". Gore réplique que "la communauté scientifique du monde entier s'accorde sur le fait que les êtres humains sont responsables du réchauffement planétaire et aujourd'hui encore il (Bush) a exprimé des doutes personnels sur la véracité de ces faits"

En 2006, Al Gore a effectue un voyage à Sydney pour promouvoir le film. Le premier ministre australien, John Howard refuse de rencontrer Al Gore et de s'engager sur le protocole de Kyoto,  sur la seule base du visionnage du film : "Je ne prends pas de conseils politique d'un film".

En octobre 2007, un juge anglais est même allé jusqu’à estimer que le Gouvernement anglais devait modifier le guide de diffusion du film aux enseignants ("Guidance Notes to Teachers") pour mettre en évidence que :
  1. le film est une oeuvre politique qui ne montre qu'un seul point de vue
  2. si les enseignants présentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l' "Education Act 1996" et coupables d'endoctrinement politique.
  3. Onze inexactitudes doivent être en particulier portées à l'attention des enfants des écoles

Le soutien de la communauté scientifique


En revanche Al Gore trouve un écho quasi unanime dans les milieux scientifiques. Ainsi RealClimate, collectif de 11 climatologues, honore les faits scientifiques du film comme " remarquablement à jour, contenant des références à une partie des toutes dernières recherches ", et  en France, Yann Arthus-Bertrand déclare :

« C'est un film très bien fait, à l'américaine, avec de l'humour, des applaudissements… En deux heures, il en fait plus pour l'environnement que moi en dix ans ! »

Les prises de position d’Al Gore ne font donc pas encore l’unanimité, surtout pour nombre de décideurs politiques ou d’industriels, sceptiques et méfiants à l’égard de thèses pouvant remettre en cause des intérêts économiques, sociaux et culturels. Néanmoins, outre la nécessité de développer et d’approfondir les recherches et les travaux en cours sur le réchauffement climatique et ses conséquences, les actions spectaculaires d’Al Gore ont le mérite de faire naître et de prolonger le débat, dans le but d’actions et d’une prise de conscience internationales d’envergure.

En décernant conjointement, à Al Gore et au GIEC, le prix Nobel de la paix, le jury de la vénérable institution norvégienne a voulu récompenser ces actions en faveur d’une véritable prise de conscience de la lutte pour l’environnement.


Environnement et géopolitique : l’écologie au service de la paix

L’environnement, symbole de l’harmonie entre les hommes et la nature, est aussi synonyme de paix, dans des sociétés civilisées où l’homme respectant l’environnement naturel, se respecte lui-même, respecte ses semblables et ses origines.

Un environnement respecté et équilibré avec les activités humaines contribue à une paix stable mais toujours fragile (pensons aux ressources en eaux et aux éventuelles tensions crées par une mauvaise répartition). La stabilité et la paix créent également les conditions premières et nécessaires aux sociétés pour réfléchir sur les défis écologiques.

En attribuant le prix Nobel de la paix à des défenseurs de la cause écologique, un signal fort a été envoyé : un monde pacifié sur une planète naturellement déstructurée n’a pas de sens et ne sera pas viable à terme.

La lutte pour la préservation de l’environnement mondial et la lutte pour la paix vont de pair et finalement les deux causes se rejoignent aujourd’hui dans une seule ambition : une humanité pacifiée dans un monde propre et un tant soi peu vivable.

En France Nicolas Hulot, personnalité issue de la société civile, ne cesse depuis plus de 20 ans, d’alerter l’opinion publique de l’urgence de la situation, par le biais d’émissions télévisées ou grâce au travail de sa Fondation. Ayant refusé toute responsabilité politique (il a, à plusieurs reprises, décliné la proposition d’être Ministre de l’Environnement), il s’est néanmoins servi de la dernière élection présidentielle pour imposer aux politiques un pacte environnemental, en échange, sinon de son soutien, du moins d’une popularité non écorchée par une image de mépris des questions environnementales. Nicolas Hulot apparaît, en utilisant des moyens différents, comme « l’Al Gore français ».

Pourtant l’environnement, l’écologie et la biodiversité, véritables enjeux mondiaux, n’ont toujours pas de relais assez fort au niveau européen. La politique environnementale a toujours été l’un des axes majeurs de la politique européenne, néanmoins il manque dans ce secteur, comme dans tant d’autres, une réelle harmonisation européenne (pensons seulement aux différentes politiques mises en œuvre par les États ou les collectivités dans le domaine du tri et du recyclage). Les États souhaitent conserver leurs propres marges de manœuvres car l’écologie remet en cause les politiques industrielles, économiques, d’emploi et d’éducation. A l’image d’un Haut-représentant pour la politique étrangère, prévu dans le traité simplifié, il est important que les intérêts écologiques européens, trouvant forcément écho au niveau mondial, soient défendus par une personnalité capable pareillement à Al Gore ou Nicolas Hulot, de créer le débat, d’alerter l’opinion publique et de faire bouger les lignes pour l’avenir de l’humanité.

Al Gore se rendra au Grenelle de l'environnement pour cloturer ces rencontres aux côtés de Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso et, sans doute, Wangari Maathai, autre prix Nobel de la Paix. Nous espérons pouvoir lui poser quelques questions!

Cédric GAUTHIER
Pôle Études
Groupe Environnement et Développement Durable




Liens :

http://www.criseclimatique.fr/
http://nobelprize.org/index.html
http://emploi-environnement.com/ae/news/1999.php4


L'Atelier Europe accueille deux nouvelles plumes, Xavier Arnaud et Paul Doucet, qui s'intéresseront particulièrement aux questions d'environnement et de développement durable.


Le sommet du G8 qui se déroulera à Heiligendamm du 6 au 8 juin prochain sera le lieu de difficiles négociations entre les participants autour du thème du changement climatique qui, comme l’a annoncé la chancelière Angela Merkel, sera un des dossiers principaux.


Cette réunion aura pour objectif la conférence de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) de Bali en décembre 2007 qui doit préparer "l’après-Kyoto". En effet, l’échéance de 2012 se rapproche et les membres de la CCNUCC doivent entamer prochainement les négociations pour mettre en place le futur protocole d’accord qui lui succèdera.


« L’après-Kyoto » en perspective

Kyoto avait fixé à 38 pays industrialisés un objectif de réduction de 5,2 % des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) par rapport au niveau de 1990. Le bilan qui peut être dressé à ce jour n’est pas des plus satisfaisant: outre le fait que des pays parmi les principaux émetteurs ne sont pas concernés comme la Chine, ou ont refusé de s’engager (Etats-Unis), seul une minorité des pays ayant ratifié le protocole pensent raisonnablement atteindre l’objectif qui lui était assigné, à l’image de l’Allemagne ou du Royaume-Uni.
Les négociations butent à chaque tentative sur les points clés que sont le partage des responsabilités et des efforts à accomplir. Les pays industrialisés sont certes responsables des émissions historiques de GES, mais les PVD ont une part de plus en plus importante dans les émissions actuelles et futures, à l’image de la Chine qui devrait détrôner à l’horizon 2009 les Etats-Unis. Ils refusent pour l’instant d’entraver leur développement économique en fixant des contraintes à leur outil industriel.


Deux blocs, deux visions
 
La chancelière Angela Merkel
et le Premier ministre britanique Tony Blair
à Berlin, le 3 juin 2007
Source: AFP

 L’UE, à travers la voix de l’Allemagne, souhaite obtenir un mandant de négociation clair dans l’optique de la conférence de Bali. L’UE propose à ses partenaires industrialisés de s’engager dans une réduction de moitié des émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990 à l’horizon 2050.
Les Etats-Unis ont toujours rejeté en bloc toute idée de réduction de GES, avançant l’argument myope selon lequel la santé de l’économie nationale prime sur celle de la planète / toute mesure visant à réduite les GES serait un frein à l’économie. Fidèles à leurs positions, les émissaires US tentaient jusqu’alors de faire pression pour relativiser l’urgence à agir et supprimer toute référence chiffrée à une réduction des GES pour arriver à une version certes consensuelle mais dénaturée de la proposition allemande.


Le pouvoir fédéral est le dernier bastion des « négationnistes climatiques » qui n’ont reconnu officiellement la réalité du réchauffement climatique qu’en 2004. Partout ailleurs à travers le pays les initiatives se multiplient au niveau local. 500 Maires de grandes villes et gouverneurs de nombreux Etats (comme la Californie) s’engagent les uns après les autres sur la voie d’un développement plus soutenable, en mettant en œuvre des protocoles de réductions des GES. Cette dynamique qui anime le territoire n’est cependant pas visible de l’extérieur qui ne voit que la position du gouvernement à Washington. Un changement de cap à la Maison Blanche serait un signal fort envoyé au reste du monde. C’est un mécanisme bien connu, lorsque les Etats-Unis bougent, ils entraînent les autres pays derrière eux. C’est là tout l’enjeu d’une mobilisation étasunienne : un effet boule de neige qui amènera la Chine puis l’Inde, puis les autres pays en voie de développement à réduire leurs émissions de GES.
Le film d’Al Gore, « An inconvenient truth » (Une vérité qui dérange),au succès planétaire, montre que les mentalités commencent à évoluer, aux Etats-Unis et en dehors.
America is back ou will be back.

“Conversion” surprise
Ces temps-là se rapprochent-ils ?
Si l’on en croit les dernières déclarations en provenance de Washington, la position intransigeante de nos partenaires américains semble montrer des signes d’ouverture.
Le premier coup de buttoir est venu de la nouvelle présidente du Congrès, Nancy Pelosi. Une brèche a été ouverte lors de sa tournée en Europe, où elle a souligné l’importance « d’aller de l’avant, peut-être d’une autre manière que celle suivie jusqu’à présent » mais sans faire allusion à la position allemande.
Cependant la grande surprise est venue jeudi 31 mai de la Maison Blanche. Le président Bush a proposé d’entamer un cycle de négociations pour fixer d’ici à 2008 un objectif mondial à long terme de réduction des GES. Il serait question d’identifier de nouveaux principes de luttes contre les GES, chaque pays étant libre de fixer ses propres objectifs et stratégies de réduction plutôt qu’un cadre global de négociation fixant des objectifs chiffrés semblables pour tous. Cette initiative s’inscrit dans la lignée idéologique traditionnelle des Etats-Unis sur cette question, qui vise à concentrer les efforts sur l’innovation technologique. La position de M. Bush innove cependant en arguant sur la nécessité de supprimer les barrières douanières sur les technologies non polluantes pour faciliter leur transfert vers les pays en développement. Les détails de cette proposition ne seront divulgués que lors du sommet de la semaine prochaine mais il est d’ores et déjà mentionné que cet effort associerait les quinze principaux pollueurs dont la Chine et l’Inde.
 
Le Président des Etats-Unis
George Bush dans son bureau de
la Maison Blanche
à Washington, le 31 mai 2007
Source: AFP

On ne peut néanmoins pas ignorer les jeux stratégiques se cachant derrière la déclaration du Président Bush. L’administration républicaine est en proie à des difficultés tant sur le plan de sa politique intérieure qu’extérieure. La « conversion » du président Bush, pour reprendre les termes de Brian Williams de NBC, est d’une part une réponse aux critiques dont il fait l’objet, d’autre part  une manière de rompre l’isolement des USA sur la scène internationale, à huit jours de l’ouverture des négociations. Quoiqu’il en soit, elle représente un changement de cap majeur et a été unanimement applaudie par les capitales européennes. Berlin a parlé « prise de position importante » ajoutant ainsi « qu’il y a du mouvement ». A Londres, Tony Blair a salué ce qui constitue « un énorme pas en avant par rapport à là où nous étions il y a quelques années », appelant les Etats-Unis à jouer un « rôle de leader sur cette question et être prête [l’Amérique] à faire partie d’un accord global ».
Cette déclaration qui va dans le sens des positions défendues de longue date par les Européens est une lueur d’espoir pour arriver à un accord au terme des trois jours de négociations. Cependant rien ne laisse à penser pour l’instant que l’administration américaine acceptera le plan de réduction de GES comme le demande Berlin….. Du moins pas sans d’âpres négociations.


Un rôle à sa mesure pour une UE unie

L’UE a été l’un des premiers acteurs institutionnels à prendre conscience de l’urgence de s’attaquer à la problématique du climat pour assurer l’avenir des hommes et de leur environnement, mais aussi de sa puissance économique.

Au-delà des déclarations de principes, elle a développé une culture de l’engagement qui a guidé son action : tous ses membres sont signataires du protocole de Kyoto, et la Stratégie Européenne de Développement Durable (SEDD) encadre l’action des vingt-sept en la matière. La lutte contre le réchauffement climatique fédère donc tous les Etats européens qui parleront d’une seule et même voix lors de ce sommet, dont l’UE est l’hôte. Elle aura la difficile tâche de maintenir sa position face à un géant américain moins intransigeant que par le passé, mais qui entend bien reprendre l’initiative en matière d’action internationale. Elle aura donc à charge d’utiliser cette mince ouverture comme point d’entrée pour manœuvrer et parvenir à un accord. Il ne faut à aucun moment perdre de vue que l’engagement des Etats-Unis au plus haut niveau est le maillon indispensable pour entraîner dans son sillage les autres pays à assumer leurs responsabilités et à accepter d’accomplir les efforts nécessaires.
A suivre, dès mercredi….


Xavier ARNAUD et Paul DOUCET
Atelier Europe de l’UMP
Pôle Etudes / Groupe Développement Durable



Le Président José Manuel Barroso a rencontré hier matin à la Maison Blanche le Président Georges W. Bush. Il était accompagné de Benita Ferrero-Waldner, commissaire chargée des relations extérieures et de la politique de voisinage de l’Union européenne, ainsi que de Peter Mandelson, commissaire au commerce extérieur. C'est la troisième rencontre bilatérale entre les deux présidents et la seconde visite du président de la Commission européenne à la Maison Blanche.

La réunion a été consacrée aux défis extérieurs qui concernent l’Union européenne et les États-Unis et à l’approfondissement du partenariat transatlantique. Les deux dirigeants se sont principalement entretenus sur la sécurité de l’énergie, la question du changement climatique, le cycle de Doha ainsi que sur le conflit au Proche-Orient. Comme le déclarait le Président Barroso la veille de son départ pour Washington, «lutter contre le terrorisme et poursuivre les efforts de paix au Proche-Orient sont deux exemples majeurs où l’Europe et les Etats-Unis ont besoin de travailler ensemble». José Manuel Barroso et Georges W. Bush se sont également entretenus sur les relations économiques et commerciales entre l’UE et les États-Unis.

Source : Site Internet du Président Barroso