Madame le Député européen Dominique Vlasto membre de la Commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du Parlement européen, répond à notre question: "L'Union européenne s'intéresse-t-elle suffisamment à ses millions de PME ?"Les PME sont l'épine dorsale de l'économie européenne et c'est peu de le dire : avec plus de 23 millions de PME, représentant 99% des entreprises européennes et employant plus de 76 millions de personnes, il ne fait aucun doute que toute politique économique qui se veut efficace et réaliste doit prendre en compte cette multitude d'entreprises qui représente la première industrie européenne.
Sous les auspices de la stratégie de Lisbonne, lancée en 2000, les institutions européennes ont inscrit la politique en faveur des PME au cœur de leurs priorités économiques. De nombreuses communications, plusieurs programmes et de multiples instruments leurs ont été consacrés au cours de ces dernières années.
Pourtant, je constate au sein de ma commission parlementaire de l'industrie, de la recherche et de l'énergie que beaucoup de nos débats révèlent encore une insatisfaction et une incompréhension des PME à l'égard de la politique européenne. Trop de complexités, trop d'instruments et un grand saupoudrage d'aides pas toujours très ciblées ont brouillé l'action européenne et sa perception.
Nous avons donc entrepris un gros travail au Parlement européen pour réconcilier les PME et l'Union européenne. Je me suis beaucoup investie pour pousser la Commission européenne à mettre en place une politique plus efficace, plus simple et plus cohérente pour les PME. Aujourd'hui, les moyens et les instruments sont rationalisés et s'articulent autour de trois grands axes :
• priorité à la recherche et au développement : nous avons proposé un nouveau programme de 3 milliards d'euros pour l'innovation et la compétitivité des PME et obtenu que 15% des 50 milliards d'euros du Programme cadre de recherche et de développement soient réservés aux PME (www.cordis.europa.eu). A côté de ces moyens, l'accent est mis sur la structuration de la recherche, par exemple au sein des pôles de compétitivité, et sur une meilleure information des entreprises.
Nous voulons également mettre en place un système de droits de la propriété intellectuelle accessible aux entrepreneurs, afin de protéger leurs idées créatives. Cela passe aussi par la lutte contre la contrefaçon : les saisies douanières dans l'Union européenne ont augmenté de plus de 1000% depuis 1998, ce qui donne une idée de l'ampleur de ce fléau qui touche aujourd'hui tous les secteurs de production.
• simplifier la vie des PME en nettoyant la législation européenne : sur 3 ans, nous souhaitons simplifier 1.400 mesures règlementaires existantes, supprimer des dizaines de textes dépassés et réduire de 25% les formalités administratives européennes pesant sur les entreprises! Car l'Union européenne doit s'intéresser aux PME, mais aussi leur donner un peu plus d'air, avec un cadre règlementaire performant et non pas étouffant.
Pour les nouvelles mesures législatives, outre les consultations préalables des professionnels, nous avons obtenu que des panels de PME évaluent la pertinence des textes proposés. Pour ma part, je souhaite encore proposer des améliorations pour l'accès aux financements, qu'il s'agisse du cautionnement mutuel ou des garanties bancaires à apporter, car il existe encore trop de freins financiers au développement des PME.
• encourager l'esprit d'entreprise : c'est certainement l'objectif le plus difficile, mais il faut redonner l'envie d'entreprendre aux jeunes, sortir de cette mentalité qui assimile le risque à l'échec et arrêter de "casser du patron", comme si le chef d'entreprise était l'ennemi de l'emploi. C'est particulièrement vrai pour notre pays où la culture d'assistanat s'est progressivement substituée à la culture d'entreprise.
Valoriser la réussite, citer l'entrepreneur en exemple, encourager la prise de risque, orienter les jeunes et les moins jeunes d'ailleurs vers la création d'entreprise sont autant de réflexes à retrouver. L'Union européenne peut y contribuer, par ses législations économiques, à travers ses programmes de formation, mais aussi en élargissant les horizons des jeunes comme le permet, par exemple, le programme Erasmus.
Je crois qu'en poursuivant ces trois objectifs, l'Union européenne s'intéressera non seulement suffisamment, mais aussi efficacement, à ses PME. C'est un enjeu majeur pour la compétitivité européenne et notre modèle économique et social.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame le Député européen d'avoir participé aux Lundis de l'Europe.
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