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À bientôt et merci pour votre fidélité.
Mes chers compatriotes,    

Le Parlement vient de voter la loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne.

Ce traité simplifié, c’est la France qui a pris l’initiative de le proposer pour sortir  l’Europe de la crise institutionnelle dans laquelle elle se trouvait plongée.

Pendant la campagne présidentielle, je m’étais engagé à tout faire pour convaincre  nos partenaires de tourner la page de la Constitution européenne qui ne pouvait plus  entrer en vigueur alors que deux pays, la France et les Pays-Bas, l’avaient rejetée  par référendum et qu’il n’était pas question de demander au peuple français et au  peuple néerlandais de se déjuger.

Dès lors que le projet de Constitution européenne se trouvait écarté, on ne pouvait  en rester là.  Il fallait débloquer un système de décision qui ne correspondait plus aux exigences  d’une Europe à 27 et qui la paralysait. Et il fallait en même temps faire en sorte que soit respecté le choix des peuples qui avaient accepté de ratifier la Constitution  comme de ceux qui l’avaient refusée.

Un traité simplifié, ne conservant que les dispositions institutionnelles qui avaient  paru recueillir un consensus assez large pendant la campagne du référendum était  une  solution  qui  permettait  de  dépasser  les  oppositions  entre  partisans  et  adversaires de la Constitution.

Il  s’agissait  d’abord  d’être  efficace  en  instituant  les  règles  qui  donneraient  aux  peuples européens les moyens de décider ensemble. C’était vital pour l’avenir de  l’Europe et pour sa capacité d’agir.

Pour convaincre tous nos partenaires d’accepter ce nouveau traité simplifié que nous  leur proposions et qui n’était plus une Constitution, il fallait qu’en cas d’accord nous  nous engagions à le faire approuver par voie parlementaire. Si cette condition n’avait  pas été remplie, aucun accord n’aurait été possible.
J’ai dit pendant la campagne présidentielle que c’est ce que je ferais si j’étais élu.  Cela faisait partie, mes chers concitoyens, du mandat que vous m’avez confié en  m’élisant  Président  de  la  République.  Cet  engagement  que  j’avais  pris  solennellement devant vous, je l’ai tenu.

Grâce à l’initiative française, grâce à l’Allemagne qui présidait alors l’Union et à la  Chancelière Angela Merkel à laquelle je veux rendre hommage, l’Europe dispose  maintenant du cadre qui lui est nécessaire pour se remettre en marche.
Désormais  il  y  aura  plus  de  démocratie,  plus  de  responsabilité  dans  le  fonctionnement  de  l’Europe.  Les  décisions  seront  mieux  contrôlées  par  les  Parlements nationaux, et elles seront davantage prises à la majorité qualifiée qu’à  l’unanimité.

Par ce succès, car c’est un succès, la France est de retour en Europe. Elle y a  retrouvé son influence, sa capacité à faire valoir son point de vue, ses valeurs et le  rôle moteur qui avait toujours été le sien par le passé.

A partir du 1er juillet de cette année, notre pays présidera l’Union pour six mois. Ce  sera un moment important. Le traité simplifié était une condition nécessaire pour  sortir de la crise européenne. Il ne la résout pas à lui tout seul. Rien ne serait plus  dangereux que de faire comme si rien ne s’était passé, comme si tout pouvait  continuer comme avant. Maintenant que l’Europe peut décider, le problème est de  savoir ce qu’elle veut.

Ce ne sont pas les « non » français et néerlandais qui ont causé le malaise de  l’Europe mais le contraire. Les peuples ont perdu leur foi dans l’Europe quand ils se  sont  mis  à  éprouver  le  sentiment  que  l’Europe  n’agissait  plus,  qu’elle  ne  les  protégeait plus, Qu’elle rendait leur vie plus dur au lieu de la rendre plus facile. On en  était arrivé au point où l’Europe n’exprimait plus une volonté collective, où il n’y avait  plus en son sein aucun des débats qui font la vie de toutes les grandes démocraties,  où nos entreprises n’étaient pas assez défendues face aux concurrences déloyales,  alors que partout ailleurs elles étaient protégées.
En affirmant que la concurrence n’est pas une fin en soi mais un moyen et en  donnant à l’Union comme objectif de protéger ses citoyens, le traité simplifié marque  une inflexion par rapport aux dérives qui s’étaient manifestées dans un passé récent.

Maintenant, l’enjeu est de remettre de la politique en Europe, de ne plus abandonner  l’Europe au seul jeu de règles automatiques qui ne laissent aucune place à la  décision et à la responsabilité politique. Il faut pouvoir parler de tout comme dans  n’importe quelle démocratie : de la monnaie qui n’est pas un sujet tabou, de la  politique commerciale, de la politique industrielle, de la réciprocité en matière de  concurrence ou des dérives du capitalisme financier.

Face aux grandes puissances qui émergent dans le monde, face aux risques de  toutes natures qui menacent la paix, la stabilité et même l’avenir de la planète,  l’Europe doit agir , c’est ma conviction, comme une grande puissance faisant valoir  son point de vue et défendant ses intérêts, comme le font toutes les autres grandes  puissances dans le monde.

Je souhaite que la présidence française soit l’occasion d’avancer dans cette voie.  C’est dans cet esprit que je proposerai à nos partenaires comme priorité de travailler  sur  une  stratégie  de  développement  durable,  une  politique  commune  de  l’immigration, une défense européenne et une refondation de la politique agricole.  Sur tous ces sujets nous devons agir ensemble.  Sur  tous  ces  sujets  nous  avons  besoin  de  politiques  communes  qui  expriment  réellement une volonté collective.  Je veux mettre toute mon énergie pour y parvenir.  Je veux que la France donne l’exemple. Je veux qu’elle soit de nouveau en Europe  une force de proposition et une force d’entraînement.

Mes chers compatriotes, l’avenir de la France et le destin de l’Europe sont liés.  Désunis, les peuples d’Europe ne pourraient pas relever les défis du XXIe siècle.  Unis, ils représentent une formidable puissance politique,  économique, culturelle,  morale, qui aura son mot à dire dans les affaires du monde. C’est pour cela que  l’Europe est si importante.  Dans le respect des opinions et des sensibilités de chacun, je forme le vœu que,  dépassant les clivages partisans et les oppositions du passé, nous soyons tous  rassemblés pour que l’Europe se fasse, qu’elle se fasse sur des valeurs, des critères,  des objectifs dans lesquels nous nous reconnaissons tous.

Français, nous pouvons être fiers de ce que nous venons d’accomplir.
Rassemblés, ce que nous accomplirons demain sera plus grand encore.


Vive l’Europe !
Vive la France !





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Note: ce texte est une introduction à une future analyse de la politique énergétique européenne.


L'Europe et l'énergie: le défi de la sécurité des approvisionnements

La contrainte énergétique est aujourd'hui l'un des déterminants majeurs de la politique internationale. Les tensions croissantes sur les marchés des hydrocarbures représentent une menace réelle pour les économies de certains pays importateurs, tout en élevant au rang de puissances les principaux pays producteurs. Dans le même temps, la dégradation accélérée du climat oblige progressivement l'ensemble des Etats de la planète à entrer dans l'ère de l'après-carbone. Ces deux contraintes ne se recoupent pas forcément. En effet, si chacun a intérêt à combattre le réchauffement climatique, ni les pays exportateurs ni même certains pays importateurs n'ont intérêt, sur un plan économique ou politique, à renoncer dans l'immédiat aux énergies carbonées. Celles-ci conservent en effet de très grands avantages, sur le plan technique et économique par rapport aux énergies renouvelables (qui restent onéreuses et encore relativement expérimentales) ou sur le plan politique par rapport au nucléaire (qui demeure contesté dans de nombreux pays, notamment en Allemagne). Les énergies carbonées ne seront donc pas facilement remplaçables. D'autre part, l'attitude des Etats, et singulièrement des membres de l'Union européenne, varie en fonction de l'existence d'éventuelles réserves domestiques1 et de l'état de leurs relations avec les principaux pays producteurs (en particulier la Russie). De là découlent des choix politiques favorisant ou rejetant certains types de combustibles. Les considérations économiques sont elles aussi fondamentales, mais non moins divergentes. En effet, les contraintes applicables au pétrole, au gaz ou au charbon ne sont jamais identiques ni invariables et diffèrent d'un Etat à l'autre.


Une pensée stratégique européenne qui reste à mettre en oeuvre

En dépit de ces profondes différences d'intérêt, les gouvernements européens s'accordent aujourd'hui sur la nécessité de combattre le réchauffement climatique, de garantir la sécurité des approvisionnements de chacun, face aux risques de rupture, et de veiller au maintien de la compétitivité des économies européennes. Les instruments permettant de concilier, autant que faire se peut, ces trois objectifs distincts sont toutefois loin d'être en place. A côté des objectifs-cibles fixés par le Conseil européen de mars 2007, visant à préserver le climat, et des propositions controversées de la Commission européenne cherchant à découpler les activités de production et de distribution dans les secteurs du gaz et de l'électricité (l'unbundling), l'Union ne dispose pour l'heure, ni d'un véritable plan d'ensemble définissant ses nouvelles infrastructures industrielles, ni d'une vision crédible pour défendre ses intérêts vis-à-vis de ses fournisseurs extérieurs. Si la lutte contre le réchauffement climatique ne fait désormais plus débat, une stratégie visant à maximiser la sécurité des approvisionnements internes et externes des Etats reste à définir. Les actions à mettre en œuvre incluent notamment l'unification des réseaux de transport de gaz et d'électricité européens, l'accélération de la diversification des sources d'approvisionnement, la constitution de réserves stratégiques de gaz et, enfin, la définition d'une véritable politique énergétique extérieure.


Les atouts majeurs de la France

Dans ce contexte, la France dispose d'une position unique parmi ses pairs, qui lui ouvre de réelles possibilités d'influencer en profondeur l'agenda européen pour les prochaines années. Sur le plan industriel, la France possède des leaders mondiaux dans presque toutes les activités liées au secteur énergétique: les métiers de l'amont (gaz/GNL, pétrole, uranium, parc de centrales nucléaires), le trading de commodities et de carbone, les métiers de l'aval (électricité et gaz, raffineries, pétrochimie, gaz industriels) ou encore les équipementiers (centrales, transmission, gestion de la demande d'énergie). Les grandes tendances observées aujourd'hui dans le monde – relance du nucléaire2, émergence décisive du charbon, essor du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) – renforcent encore la valeur de ces différents atouts.

Sur le plan diplomatique, la France a la chance d'entretenir de bonnes relations avec les principaux pays producteurs, sans que cette cordialité s'accompagne d'une dépendance excessive à leur égard, puisqu'aussi bien la diversité de ses sources d'approvisionnement que son parc nucléaire lui assurent un réel niveau d'indépendance énergétique. Par rapport à ses partenaires européens plus dépendants des hydrocarbures importés, Paris se trouve ainsi dans une position d'équilibre idéale, qu'il s'agisse de conclure un nouvel accord de Partenariat entre l'UE et la Russie ou d'établir l'Union méditerranéenne. Ce raisonnement vaut également pour la lutte contre les gaz à effet de serre: son bon bilan dans ce domaine autorise la France à jouer un rôle décisif dans les négociations pour un accord post-Kyoto, en 2012.


Les failles potentielles: investissements et restructuration du tissu industriel

Des difficultés demeurent néanmoins. Les atouts industriels de la France ne doivent pas faire oublier la nécessité de prolonger massivement les investissements dans la Recherche & Développement (biocarburants, charbon propre...), de mettre l'accent sur les dangers du charbon ordinaire à l'échelle internationale, et de poursuivre les rapprochements entre acteurs industriels, afin de permettre à ceux-ci d'atteindre la taille critique nécessaire pour s'imposer face à leurs concurrents. Dans la compétition mondiale pour les technologies de pointe, le manque d'investissements et l'absence de révision des programmes pour les filières universitaires techniques et scientifiques, pourraient à terme compromettre la position avantageuse qu'occupe aujourd'hui notre pays. De manière moins dramatique, la diversification des problèmes liés à l'énergie et leur complexité toujours plus grande, accroissent considérablement le rôle des entreprises dans la politique internationale, au détriment des ministères établis. Les éventuels conflits d'influence entre le Quai d'Orsay et les grandes entreprises industrielles représentent pour le gouvernement français une difficulté potentielle à ne pas négliger.


La position de la France au sein de l'UE

Au sein de l'Union européenne, la force même de la position française et la clarté de sa vision compliquent nos relations bilatérales avec certains de nos interlocuteurs européens. C'est le cas avec la Commission européenne, qui, bien qu'elle n'ait pour l'heure guère intégré les nouveaux défis liés à la sécurité des approvisionnements, n'en continue pas moins de poursuivre un agenda de libéralisation hérité des années 80, au nom d'une compétitivité économique elle-même hypothétique. C'est également le cas avec certains Etats membres comme l'Allemagne, qui s'efforcent de diminuer les importantes émissions de carbone produites par leurs économies, mais prétendent dans le même temps sortir du nucléaire, interdisant même aux autorités communautaires d'adopter toute mesure réglementaire susceptible de favoriser cette source d'énergie à la fois propre et fiable. En outre, la résurgence internationale de l'énergie atomique place la France en position de concurrent direct de la Russie dans la course à la signature des accords de coopération en matière de nucléaire civil, ce qui pourrait compliquer à la marge les négociations pour un nouveau Partenariat entre l'UE et la Russie.
Dans les débats actuels sur la politique énergétique européenne, la France se trouve en fait confrontée au paradoxe de la réussite. Souhaitant légitimement préserver un modèle national qui a fait ses preuves, elle pourrait se contenter d'ignorer ou de rejeter certaines propositions européennes; mais ce faisant, elle sacrifierait un avantage potentiellement décisif pour son influence en Europe. L'opportunité que constitue la perspective d'un accord énergétique européen sous Présidence française, au second semestre 2008, ne peut en réalité être abandonnée: les bénéfices potentiels, pour l'UE et pour la France, sont tout simplement trop importants. Deux réalités doivent alors être conservées à l'esprit. D'une part, les positions françaises sur l'unbundling et le nucléaire ne sont pas isolées. Elles gagnent même du terrain, à mesure que se concrétisent les difficultés liées aux énergies alternatives3, et les insuffisances d'une approche purement concurrentielle pour assurer la sécurité énergétique interne et externe de l'UE4 . D'autre part, de nombreux pays européens demeurent profondément insatisfaits de l'absence de toute politique crédible de l'UE destinée à garantir leur approvisionnement extérieur. En proposant des mesures en ce sens, la France pourrait établir avec ces pays une forme d'alliance, ce qui ne pourrait que favoriser en retour ses intérêts politiques et industriels en Europe.


Les lacunes de la stratégie communautaire

Les objectifs-cibles définis lors du Conseil européen de mars 2007 engagent les Etats membres à réduire de manière drastique leur consommation d'hydrocarbures. La réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables et l'amélioration de l'efficacité énergétique devront chacun atteindre 20 % en 2020. Les modalités de partage de ces objectifs européens entre les différents Etats membres ont été proposées par la Commission européenne dans le cadre du paquet Climat-Energie présenté le 23 janvier. Le volet sécuritaire demeure toutefois largement absent de cette politique énergétique. En effet, même s'ils parviennent à atteindre l'ensemble de leurs objectifs, les Européens demeureront dépendants de leurs fournisseurs extérieurs pour le pétrole et le gaz qu'ils continueront de consommer. Or l'Union n'apporte qu'une réponse extrêmement lacunaire à la question de la sécurité d'approvisionnement de ses membres. Ce problème se pose pourtant avec une acuité particulière pour le gaz: de nombreux Etats européens ne disposent aujourd'hui d'aucun recours dans l'éventualité d'une rupture soudaine de leur approvisionnement extérieur. Le projet de troisième directive pour le gaz et l'électricité, présenté par la Commission en septembre 2007, mentionne brièvement ce sujet, mais se borne en pratique à proposer l'achèvement de l'unbundling et la création d'une Agence de coopération des régulateurs énergétiques nationaux, destinée à unifier les procédures de régulation des réseaux électriques et gaziers en Europe. Cette dernière proposition, indispensable à terme, se heurte aujourd'hui à l'absence de tout réseau effectivement paneuropéen. Or, sur la question essentielle de l'interconnexion des réseaux nationaux, qui suppose la construction de nouvelles infrastructures de transport pour le gaz et l'électricité, la Commission, faisant fi de toute expérience, semble s'en remettre à la main invisible de l'unbundling. Elle ne s'attarde pas davantage sur la nécessité de remédier à la faiblesse actuelle des stocks stratégiques de gaz en Europe. Elle est silencieuse sur la nécessité de coordonner et d'accentuer les efforts en cours visant à diversifier les sources d'approvisionnement en gaz (grâce en particulier au GNL). Enfin, elle est entièrement muette sur les perspectives de mise en place d'une politique énergétique extérieure commune.

La nécessité de cette dernière politique est pourtant chaque jour plus évidente, face à l'utilisation stratégique de la ressource gazière mise en œuvre par le principal fournisseur extérieur de l'Union, à savoir la Russie. Le contraste entre le volontarisme monopolistique des autorités russes et les décisions essentiellement réactives et non coordonnées de leurs homologues européens renforce considérablement la position de la Russie dans les conflits diplomatiques avec l'Occident, tout en hypothéquant à moyen terme la sécurité d'approvisionnement des Etats européens5.


Pour une Haute autorité européenne du gaz et de l'électricité

Ces lacunes persistantes de la stratégie communautaire ne reflètent pas simplement un parti pris idéologique. Ils sont également le produit de la réalité institutionnelle de l'Union européenne: d'un côté, une Commission habilitée à harmoniser les réglementations et à démanteler les monopoles publics, mais non à mener une véritable politique industrielle ou une diplomatie de l'énergie; de l'autre, des Etats compétents et souverains dans ces deux domaines mais dont les intérêts, objectivement divergents, débouchent parfois sur des décisions mutuellement antagonistes. Le tracé des nouveaux gazoducs entre la Russie et ses principaux partenaires européens constitue le meilleur exemple de ces divisions intra-européennes6.

Le risque de rupture d'approvisionnement, auquel se trouvent confrontés plusieurs Etats membres et dont les conséquences seraient catastrophiques pour l'Union toute entière, appelle d'autres types de réponse:
  • l'unification des réseaux européens de transport du gaz et de l'électricité, qui offrirait à chaque Etat la garantie d'un approvisionnement continu en cas d'interruption soudaine de ses importations;
  • la constitution de stocks stratégiques de gaz ouverts à l'ensemble des pays européens;
  • une stratégie de diversification des sources d'approvisionnement centrée autour d'un parc européen de terminaux GNL reliés aux différents marchés nationaux;
  • enfin, la centralisation des négociations commerciales avec les fournisseurs extérieurs de l'Union. Cette dernière mesure accroîtrait de manière exponentielle la puissance des responsables européens face à Gazprom.

Aucun de ces objectifs ne peut être atteint, entièrement ou en partie, par le seul biais d'une coopération bi- ou trilatérale entre Etats ou entre opérateurs privés. Une action délibérée et planifiée au niveau européen est indispensable.

Aussi le projet d'Agence de régulation défendu par la Commission européenne devrait-il être élargi en une Haute autorité européenne du gaz et de l'électricité. Cette agence devrait prendre la forme d'une autorité publique indépendante, disposant d'un financement autonome, et de toutes les compétences nécessaires pour mettre en œuvre les mesures décrites ci-dessus. Suivant le précédent de la Banque centrale européenne, cette Haute autorité pourrait dans un premier temps ne réunir que les Etats volontaires - sans doute les plus concernés par la problématique gazière. Quant aux statuts de cette Agence, ils pourraient s'inspirer d'institutions existantes en Europe ou à l'étranger (comme la Tennessee Valley Authority aux Etats-Unis). Une telle initiative marquerait une étape décisive dans la mise en place de politiques économique, industrielle et extérieure véritablement européennes.


Quentin PERRET
Responsable du Pôle Énergie et Europe élargie

Camille SERVAN-SCHREIBER
Vice-présidente, responsable du Pôle Études


1 - Le charbon reste ainsi largement exploité dans plusieurs pays, comme la Pologne. De même, les réserves de gaz de la Mer du Nord, si elles sont aujourd'hui en voie d'épuisement, ont effectivement façonné la politique énergétique des Pays-Bas et du Royaume-Uni au cours des trente dernières années.

2 - Le gouvernement britannique a dévoilé, le 10 janvier, un plan visant à la construction de 10 nouvelles centrales nucléaires à l'horizon 2020. Le plan prévoit notamment une simplification des procédures d'autorisation et l'assurance d'un niveau minimum de compétitivité face aux fluctuations du prix du carbone.

3 - Il a ainsi récemment été démontré que certains biocarburants aggravaient en réalité le réchauffement climatique, tout en contribuant à l'inflation des prix alimentaires mondiaux. Le Commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, a récemment annoncé la révision des objectifs européens en la matière.

4 - En proposant, dans le cadre du projet de troisième directive de septembre 2007, d'imposer la règle de l'unbundling aux investisseurs étrangers à l'UE souhaitant acquérir des sociétés européennes de transport de gaz et d'électricité – une mesure visant principalement le russe Gazprom -, la Commission elle-même prend en compte cette réalité. Cette mesure n'aurait toutefois aucun impact sur le coeur du problème, qui est la position hégémonique de la Russie dans la fourniture du gaz à destination de l'UE.

5 - En raison de l'insuffisance de longue date des investissements productifs en Russie, qui pourraient se traduire par une baisse significative de la production gazière russe à partir de 2009.
    
6 - Ainsi, le futur gazoduc Nord-Europe, en reliant directement la Russie à l'Allemagne et aux principaux marchés ouest-européens après 2010, privera les anciens pays de transit, comme la Pologne, de toute garantie d'approvisionnement en cas de déficit de la production gazière russe.







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Monsieur le Président du Parlement européen,
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le Président de la Commission,
Mesdames et Messieurs,
 
 
Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole devant vous, dans ce lieu où bat le cœur démocratique de l’Europe. Je vous remercie de me donner l’occasion de le faire maintenant, au moment où, après avoir semblé vaciller, l’Europe se ressaisit et repart de l’avant.
 
Je vous remercie de me permettre de renouveler devant vous l’engagement européen de la France et de vous dire que le "non" à la Constitution européenne n’était pas pour le peuple français l’expression d’un refus de l’Europe mais l’expression d’une plus grande exigence à son égard.
 
Depuis le commencement, la construction européenne est portée par une espérance qu’elle a nourrie et qu’elle a fait grandir. Les peuples attendent maintenant et c'est une responsabilité pour chacun d'entre nous, qu’elle soit à la hauteur de cette espérance. C’est une espérance de paix, de fraternité et de progrès. C’est une espérance qui est née des grandes tragédies du XXe siècle, du sang et des larmes versés par des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de leurs souffrances. Cette espérance, elle est née d'une souffrance immense. C’est l’espérance que plus jamais les peuples européens ne se feront la guerre, que plus jamais l’on ne verra sur le sol européen les entreprises de conquêtes, de domination et d’extermination qui ont mené les nations européennes au bord de leur anéantissement matériel et moral.
 
Si l’idée européenne a pu naître, c’est parce qu’un jour de grands européens se sont tendus la main par-dessus les frontières, frontières pour lesquelles tant d’hommes étaient morts et que les peuples qui avaient trop souffert les ont suivis en décidant qu'ils voulaient l’amitié.
 
Si la construction européenne est devenue possible, c’est parce que les peuples européens, horrifiés de ce qu’ils avaient fait, ne voulant plus se battre sachant au fond d’eux-mêmes qu’une nouvelle guerre leur serait fatale, choisirent de s’aimer, de se comprendre, de travailler ensemble à se forger une destinée commune. Il faut prendre la construction européenne pour ce qu’elle est, une exigence morale, politique et spirituelle.
 
La construction européenne, c’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui se reconnaissent des valeurs et une civilisation commune et qui veulent les maintenir vivantes. C’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui se reconnaissent des intérêts communs et qui veulent les faire prévaloir. C’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui ont choisi de faire passer ce qui les rapproche avant ce qui les oppose.
 
L’Europe, ne peut pas être qu’une machine, une machine administrative, une machine à procédures et à règles. L'Union européenne ne peut pas être tenue à l’écart de la vie, à l’écart des sentiments et des passions humaines.
 
L’Europe est une réalité et l’Europe n’a une chance d’exister pleinement que si pour des millions d’hommes et de femmes elle est vivante, elle parle à leur cœur, elle est l’espoir d’une vie, d’un monde meilleur. L'Europe sera un grand idéal ou ne sera plus. Quand les peuples disent "non", il ne faut pas se dire que les peuples ont tort, il faut se demander pourquoi les peuples ont dit "non". Nous savons tous que le "non" français - et j'ai voté oui-  et le "non" néerlandais à la Constitution européenne exprimaient, hélas, bien davantage que le refus d’un texte, aussi important fût-il. Nous savons tous que ce refus n’était que le signe le plus visible d’une profonde crise de défiance que, depuis longtemps, partagent des millions d'Européens. Il ne sert à rien de la nier. Et il faut leur apporter une réponse.
 
Tous ceux qui aiment l’Europe, tous ceux qui la veulent de toutes leurs forces ont bien compris qu’ils devaient prendre au sérieux ce "non" de deux peuples fondateurs, de deux peuples qui ont toujours fait le choix de l’Europe, de deux peuples qui sont parmi ceux qui ont fait le plus d’efforts sur eux-mêmes pour que l’Europe ne soit pas seulement un rêve mais qu’elle devienne une réalité.
 
Dans ce "non" il y avait une angoisse, il y avait une déception qui étaient partagées par des millions d’hommes et de femmes en Europe qui s’étaient mis à désespérer de l’Europe parce qu’ils avaient le sentiment qu’elle ne les protégeait plus, qu’elle était devenue indifférente aux difficultés de leur vie, que ce sentiment soit injuste est une autre chose. Ce sentiment, je suis persuadé que des millions de femmes et d'hommes quels que soient nos pays, le partagent. Ces "non" furent désastreux. Ils ont plongé l’Europe dans la crise la plus grave de son histoire. Mais cette crise qui pouvait défaire l’Europe pouvait aussi lui être salutaire si elle amenait tous ceux qui étaient indéfectiblement attachés à sa cause à réfléchir sur les raisons de cette désaffection : "pourquoi une telle crise?".
 
Depuis la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, ce qui a été accompli est prodigieux, si l’on veut bien se souvenir de ce qu’était alors l’Europe, son malheur, ses ruines, sa faiblesse économique et politique. Nous sommes tous ici les représentants de peuples qui se sont haïs, qui ont cherché à se détruire, qui se sont combattus pendant des siècles pour certains.
 
Au commencement, il ya eu Paul Henri Spaak, ce grand européen, qui fut le premier Président de la première assemblée parlementaire européenne, avait dit : "Sans rien oublier – car ce serait une profanation – nous avons décidé de tenter la grande aventure qui doit, si elle réussit, nous permettre de sauver ce que nous avons en commun de plus cher et de plus beau". .
 
Et pendant plus d’un demi-siècle cette grande aventure a continué. Malgré les difficultés innombrables. Les assemblées parlementaires y ont joué un rôle décisif. Qu’il me soit permis de rendre hommage à tous ceux qui y ont siégé, car ils ont été les représentants des citoyens de l’Europe, dans toute leur diversité.
 
Cette diversité, nous ne devons pas la redouter, nous devons au contraire la respecter comme notre plus grande richesse. La démocratie, c’est le débat. C’est la pluralité des points de vue. C’est le contraire d’un système où tout le monde est obligé de penser la même chose. On fera mourir l'Europe si on ne se réunit qu'autour d'une pensée unique où celui qui pense différemment est considéré comme un mauvais européen. Il n'y a pas de mauvais Européen, il y a l'Europe et nous devons emmener tout le monde dans cette Europe.
 
Je crois à l’échange. Je crois à la discussion. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré la règle de la majorité à celle de l’unanimité. Et ce n'est pas un petit engagement de la part d'un Président français.
 
L’unanimité, c’est le système qui permet à quelques uns d’imposer leur loi à tous les autres. L’unanimité, c’est la certitude qu’on ne décidera jamais rien de grand, d’audacieux, qu’on ne prendra jamais aucun risque. Avec l'unanimité, on s'aligne sur celui qui veut le moins d'Europe.
 
L’unanimité, c’est l’impuissance. C’est l’impossibilité d’agir. C’est l’impossibilité de revenir sur ce qui a été décidé. C’est pour cela que j’ai soutenu l’extension de la règle de la majorité dans le traité simplifié.
 
Je crois à la démocratie. Je crois que l’Europe doit être la plus démocratique possible. C’est pourquoi j’ai toujours considéré que l’on ne rendait pas service à la cause de l’Europe en refusant le débat, en étouffant les critiques, en taisant les divergences. Je suis convaincu que l’Europe doit avoir plus de débat, plus de démocratie et au fond plus de politique.
 
Si l’Europe a pu sortir du blocage, c’est bien parce qu’au Sommet de Bruxelles les chefs d’Etat et de gouvernement conscients de ce qu’ils avaient le sort de l’Europe entre leurs mains ont pris une décision politique. A Bruxelles ce jour là, la volonté politique de chefs d'Etat et de gouvernement différents a balayé tous les obstacles qui paraissaient jusque là insurmontables. La politique, c’était de prendre acte de l’échec du projet de Constitution.
 
La politique, c’était de proposer aux Français qui avaient voté "non" de négocier un traité simplifié pour débloquer l’Europe et de faire ratifier ce choix par le Parlement, comme je l'ai dit lors de la campagne présidentielle. J'ai été autorisé par le peuple français à faire ratifier le traité simplifié par le Parlement. J'ajoute qu'il me semble curieux de dire que le Parlement européen est l'endroit où bat le cœur démocratique de l'Europe et contester qu'une ratification parlementaire en France ne serait pas démocratique. Parce que si l'Europe est démocratique au Parlement européen, la France est démocratique au Parlement français.
 
La politique, c’était pour les pays qui avaient déjà ratifié le projet de Constitution, et les parlementaires parmi vous qui l'avaient soutenu, d’accepter de rouvrir les négociations sur un autre projet moins ambitieux. Si nous avons pu débloquer l'Europe, c'est parce que les pays qui avaient voté "non" ont fait un effort, mais je veux rendre hommage à celles et ceux d'entre vous qui croyaient à la Constitution d'avoir accepté de discuter d'un autre projet. L'Europe est sortie de la crise parce qu'il y a eu un mouvement de double bonne volonté.
 
Le traité simplifié, c’est une victoire politique de l’Europe sur elle-même. C’est une victoire de la conscience européenne qui s’exprime dans la politique.
 
Je prends mes responsabilités. L’erreur serait de croire que l'Europe a tout résolu, qu'on peut dormir tranquille, et que plus aucune question ne se pose. Le traité simplifié résout la crise institutionnelle. Il ne résout pas la crise morale et politique de l’Europe. Il permet à l’Europe de décider et d’agir. Mais il ne dit pas dans quels buts, avec quelles finalités. Il ne dit pas ce que sera l’Europe de demain, comment elle contribuera à améliorer la vie des citoyens. Il ne donne pas de raisons à ceux qui avaient cessé de croire en l’Europe de reprendre confiance en elle.
 
La question institutionnelle est réglée. Il reste maintenant à régler les questions politiques. Il faut les poser sans crainte, en débattre sans tabou.
 
L’Europe a choisi la démocratie, et dans une démocratie il faut pouvoir débattre de tout : de la de la politique budgétaire, de la politique commerciale, politique monétaire, de la politique industrielle, de la politique fiscale, de toutes les politiques quelles qu’elles soient, ou alors ce n'est pas la peine de dire que l'on veut une Europe démocratique.
 
L’Europe a choisi la démocratie, et dans une démocratie nulle indépendance ne peut se confondre avec une irresponsabilité totale. Nul ne peut se prévaloir de l’indépendance de son statut pour se dispenser d’avoir à rendre des comptes, à s’expliquer, à être contrôlé. Dans une démocratie, la responsabilité politique est un principe universel, essentiel, incontournable.
 
Dans la démocratie européenne, il faut pouvoir discuter des finalités et des objectifs de l’Europe. J'ai proposé que soit créé un comité des sages pour réfléchir à l’avenir et pour que nous puissions débattre tous ensemble des différents futurs possibles de l’Europe. Il y a différentes voies, et je me demande comment nous pourrons choisir la bonne si nous refusons absolument d'en débattre.
 
Dans la démocratie européenne il faut pouvoir débattre de l’identité européenne et des identités nationales. Il faut pouvoir discuter de la manière dont l’Europe construit son identité et la défend. Il faut pouvoir discuter de la manière dont l’Europe protège les identités nationales qui sont une richesse de l’Europe.
 
Nous ne devons pas avoir peur des identités. Chercher à préserver son identité ce n’est pas une maladie. C’est quand les identités se sentent menacées, quand elles se sentent attaquées qu’elles se crispent et qu’elles deviennent dangereuses, parce qu'agressives.
 
Les peuples européens traversent une crise identitaire extrêmement profonde. C’est une crise qui est à la fois dans les nations et dans cette idée de la civilisation que tous les Européens ont en commun et qui fait la véritable unité de l’Europe. C’est une crise qui est liée à la globalisation et à la marchandisation du monde.
 
Commencer l’Europe par l’économie, par le charbon et par l’acier, par le commerce, ce fut un coup de génie des pères fondateurs. Mais la politique a pris trop de retard sur l’économie, et la culture plus encore, et c'est une erreur d'avoir oublié l'Europe de la culture.
 
Dans un monde menacé d’uniformisation, dominé par la technique, où les valeurs marchandes tendent à l’emporter sur toutes les autres, l’Europe ne peut être l’Europe aux yeux de tous les hommes que si elle défend des valeurs spirituelles et des valeurs de civilisation, que si elle rassemble toutes ses forces, pour défendre la diversité culturelle. Mais que défendrons-nous en termes de diversité si nous ne protégeons pas les identités ?
 
L’Europe doit faire en sorte de ne pas être vécue comme une menace contre les identités mais comme une protection, comme un moyen de les faire vivre.
 
Dans l’ordre moral aussi. Car les droits de l’homme font partie de l’identité européenne. Partout dans le monde, chaque fois qu'un être humain est opprimé, qu’un enfant est martyrisé, qu’un homme est persécuté, qu’un peuple est asservi, l’Europe doit se trouver à ses côtés. Parce que l'Europe des droits de l'homme est fidèle à elle-même. C'est à l'Europe de porter la question des droits de l'homme dans toutes les régions du monde.
 
Dans la démocratie européenne que nous voulons construire, le mot protection ne doit pas être banni. Si nous ne voulons pas qu’un jour les peuples exaspérés d’être victimes de la concurrence déloyale et des dumpings réclament de nouveau le protectionnisme et la fermeture, nous devons avoir le courage de débattre de ce que pourrait être une véritable préférence communautaire. Nous devons être capables de faire autant pour nous protéger que ce que font les autres. Nous devons être capables de nous doter des mêmes moyens d’agir que tous les autres. Si les autres régions du monde ont le droit de se défendre contre les dumpings, pourquoi l’Europe devrait les subir ? Si tous les pays ont des politiques de change, pourquoi pas l’Europe ? Si d’autres nations peuvent réserver une part de leurs marchés publics à leurs PME, pourquoi pas l’Europe ? Si d’autres nations mettent en œuvre des politiques industrielles, pourquoi pas l’Europe ? Si d'autres nations défendent leurs agriculteurs, pourquoi l’Europe ne défendrait-elle pas les siens ?
 
L’Europe ne veut pas du protectionnisme mais l'Europe doit réclamer la réciprocité.
L’Europe ne veut pas du protectionnisme mais l'Europe a le devoir d’assurer son indépendance énergétique et son indépendance alimentaire.
 
L’Europe veut être exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais l’Europe ne peut pas accepter la concurrence déloyale des pays qui n’imposent aucune contrainte écologique à leurs entreprises.
 
L’Europe est attachée à la concurrence. Mais l’Europe ne peut pas être seule au monde à en faire une religion. C’est pourquoi au sommet de Bruxelles il a été décidé que la concurrence était pour l’Europe un moyen et non une fin.
 
L’Europe a fait le choix de l’économie de marché et du capitalisme. Mais ce choix n’implique pas le laissez-faire absolu et la dérive d’un capitalisme financier qui fait la part belle aux spéculateurs et aux rentiers plutôt qu’aux entrepreneurs et aux travailleurs. Le capitalisme européen a toujours été un capitalisme d’entrepreneurs, un capitalisme de production plutôt qu’un capitalisme de spéculation et de rentes.
 
Oui, je l'affirme, l’Europe a un rôle à jouer dans la nécessaire moralisation du capitalisme financier et c'est ce qui s'est passé avec la crise des "subprimes" - quelques spéculateurs mettent en cause la concurrence mondiale - l'Europe ne peut pas l'accepter.
 
Sur tous ces sujets nous avons tous des idées et des points de vue différents. Ce n’est pas une raison  pour ne pas en parler. Nous devons en débattre jusqu’à ce que nous ayons réussi à rapprocher assez nos points de vue pour pouvoir bâtir une politique commune. Tous ces sujets seront au cœur des priorités de la Présidence française.
 
Il y a bien d’autres sujets dont nous allons devoir débattre. Il y a bien sûr la refondation de la politique agricole commune après 2013. Il y a la question de la fiscalité écologique. Il y a celle des énergies renouvelables et des économies d’énergie. Il y a celle de la défense, car comment l’Europe pourrait-elle être indépendante, comment pourrait-elle avoir une influence politique dans le monde, comment pourrait-elle être un facteur de paix et d’équilibre si elle n’était pas capable d’assurer elle-même sa défense ?
 
Que signifie pour chacun d’entre nous notre engagement européen si nous ne sommes pas capables de débattre de la construction d’une défense européenne et de la rénovation de l’alliance atlantique ? Que signifie notre engagement européen si chacun d’entre nous n’est pas capable de faire un effort pour la défense de tous ?
                                           
Depuis le traité de la CECA jusqu’au traité simplifié, les peuples européens ont tissé entre eux une solidarité. Cette solidarité, elle se manifeste dans la politique régionale. Cette solidarité, elle doit s’exprimer dans la défense. Elle doit s’exprimer aussi dans la politique de l’immigration. Dans une Europe où la circulation est libre entre les Etats membres, cette politique ne peut être qu’une politique commune. On ne peut pas appartenir à l’espace Schengen et régulariser ses sans papiers sans en informer les autres car la régularisation dans un pays a un impact sur les autres pays.
 
Lorsque j’ai été élu Président de la République je me suis fixé comme priorité de remettre la France au cœur de la construction européenne. J’ai voulu que la France surmonte ses doutes en s’engageant davantage dans l’Europe, mais dans une Europe où la politique reprendrait ses droits, dans une Europe où la France ne réussirait pas toujours à emporter la décision mais où elle pourrait toujours faire valoir son point de vue.
 
C’est ce que je me suis efforcé de faire. C’est ce que je continuerai à faire. C’est ce que j’ai fait en renouant le dialogue avec les institutions communautaires et je remercie le Président Barroso de la relation de confiance qu’il a permis d’établir entre la France et la Commission Européenne. La politique de la France c’est désormais de travailler étroitement et en toute confiance avec les institutions européennes, Le Parlement et la Commission. C’est ce que j’ai fait lorsque je me suis rendu devant les Ministres des Finances de la zone Euro pour expliquer la politique française. C’est ce que j’ai fait en portant l’idée du traité simplifié. C’est ce que j’ai fait en me rendant à Berlin dès le jour de mon investiture pour bien montrer l’importance pour l’avenir de l’Europe de l’amitié entre la France et l’Allemagne.
 
C’est ce que j’ai fait en déployant tous mes efforts pour convaincre l’Angleterre de signer le traité simplifié. Parce que l’Europe a besoin de l’Angleterre. C’est ce que j’ai fait en m’engageant fortement dans le dialogue avec les pays de l’Est qui avaient parfois le sentiment qu’on ne les écoutait pas assez. Et à juste titre, ces pays ont autant de droits que les pays européens qui ont intégré l'UE avant eux.
 
C’est ce que j’ai fait en proposant l’Union de la Méditerranée, sans exclure personne, en prolongeant le travail fait à Barcelone. Mais si le travail fait à Barcelone avait suffi, ça se saurait. Il faut donc une nouvelle ambition.
 
J’ai voulu que la France puisse de nouveau entraîner la croissance européenne, qu’elle puisse de nouveau contribuer au dynamisme de l’Europe et à sa prospérité. Car lorsque la France va bien, c’est l’Europe tout entière qui en tire profit. Nul en Europe n’a intérêt à une France affaiblie, incapable de trouver en elle les ressorts de la croissance. Nul en Europe n’a intérêt à une France en déclin, à une France qui doute d’elle-même, qui a peur de l’avenir.
 
J’ai engagé une politique de réformes. Ces réformes, elles représentent un effort considérable. C’est l’intérêt de l’Europe qu’elles réussissent. Ce n’est pas l’intérêt de l’Europe qu’elles échouent. C’est grâce à ces réformes, si elles réussissent – et elles réussiront – que la France assainira ses finances publiques, qu’elle respectera ses engagements. Ces réformes les Français les ont approuvées. Je leur ai tout dit avant les élections pour pouvoir tout faire après. Ces réformes je les mènerai jusqu’au bout. Rien ne me détournera de mon objectif. C’est le meilleur service que je puisse rendre à l’Europe.

Mesdames et Messieurs les députés, dans cette ville de Strasbourg si chère au cœur des Français et désormais indissociablement liée dans l’esprit de tous les Européens à votre Assemblée dans laquelle s’incarne la démocratie européenne. Au sein de votre Parlement qui sait si bien faire vivre le débat démocratique dans le respect de la diversité des opinions, des convictions et des croyances. Ici à cette tribune où elle s’exprima tant de fois, j’ai une pensée pour Simone Veil qui fut en 1979 la première présidente de la première assemblée parlementaire européenne élue au suffrage universel direct.
 
Qu’il me soit permis de lui rendre hommage pour sa contribution à