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Monsieur le Ministre, vous qui avez commencé votre carrière au cabinet de Robert Poujade, premier Ministre de l’Environnement français en 1973, vous qui avez continué à vous intéresser à cette question jusqu’à devenir Ministre de l’Ecologie en 1993 et à publier récemment un Atlas pour un monde durable, quel regard portez vous sur le Grenelle de l’Environnement ?


Le Grenelle, comme l’a souligné depuis l’ensemble des parties prenantes a été une très belle réussite à tous points de vue. Déjà, le fait d’avoir associé aux réunions préparatoires, collectivités territoriales, syndicats, entreprises et associations, en en faisant des partenaires était, en soi, une mini révolution. Elle s’est d’ailleurs révélée payante puisque les débats, même sur des questions non consensuelles, se sont tenus dans un formidable esprit de conciliation et de progrès. D’ailleurs, je voudrais ici féliciter les représentants du monde agricole qui ont parfaitement trouvé leur place dans la négociation. On a pu craindre un moment que ce Grenelle puisse se faire sans –ou pire, contre- les agriculteurs. Ça n’a pas été le cas. Nous avons été très actifs, nous avons participé à de nombreux groupes de travail. C’est aussi une réussite pour l’agriculture qui n’est pas restée dans son coin.
 
En outre, contrairement à ce que certains des participants ont pu redouter un moment, ce Grenelle a permis de faire avancer concrètement un très grand nombre de dossiers dont chacun connaissait l’importance mais qui trop souvent étaient tus ou éludés. La question des déchets, celle des transports, l’énergie, l’agriculture : tout a pu être discuté et donner lieu à des propositions. Or, se fixer des objectifs précis qui permettent une évaluation à postériori des réalisations est une nécessité dès lors que l’on entend proposer un projet de société durable à nos concitoyens.
A ce sujet je voudrais souligner que le Grenelle a également été une réussite en terme de participation. Près de 15 000 personnes ont assisté aux forums en région et plus de 300 000 autres ont apporté leur contribution sur les sites internet consacrés à la question. Ajoutez à cela l’écho qui a été donné à l’évènement dans l’ensemble des médias et vous comprendrez que l’on puisse le juger avec satisfaction.



Quelles réformes précises découlant du Grenelle seront mises en œuvre par votre Ministère de l’Agriculture et de la Pêche ?

Un certain nombre. Il ne faut pas oublier qu’en matière de développement durable, les agriculteurs sont les premiers concernés et les premiers exposés au réchauffement climatique. Ce sont les seuls qui travaillent toute la journée avec la terre, avec l’eau et avec l’air. Naturellement, suivant les recommandations issues du Grenelle, ils vont améliorer leurs pratiques. Ils ont déjà fait beaucoup.
S’agissant des OGM, un gel des semis a été acté jusqu’à ce qu’une loi de transposition vienne préciser, dans le respect du principe de précaution et de nos engagements européens, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.
Sur la question des cultures bio, la feuille de route est claire : nous devrons multiplier de façon incitative les surfaces cultivées par trois d’ici à 2012.
Pour les pesticides aussi les avancées sont nombreuses et ambitieuses. Ainsi, dès l’an prochain, je me suis engagé à retirer une trentaine des 47 substances les plus préoccupantes et une autre dizaine avant 2010.
Plus généralement, tout en maintenant leur objectif de nourrir les Français, l’agriculture et la pêche doivent certainement mieux tenir compte de leurs ressources et de leurs impacts. Je veux être et je serai le Ministre de l’agriculture et de la pêche durable.



Justement, comment travailler sur le long terme et promouvoir le durable lorsque l’on est constamment confronté à de la gestion de crise avec des évènements type cyclone Dean, fièvre catarrhale ovine, langue bleu, etc. ?

Effectivement, ces évènements au sein d’un Ministère comme celui dont j’ai la charge sont malheureusement incontournables et imprévisibles. Pour autant, je ne suis pas seulement Ministre pour gérer des crises. Je dois également mettre en œuvre dans la durée des politiques qui répondent aux défis de la croissance, de la sécurité alimentaire et sanitaire, de l’indépendance énergétique et bien entendu du développement durable. A ce propos, j’ai lancé le 5 septembre dernier les Assises de l’Agriculture qui doivent permettre de définir les contours d’une politique agricole renouvelée dans la perspective de 2013.
Au fond, c’est à la fois un devoir de vérité à l’égard de l’ensemble des acteurs de la filière qui ont besoin de temps pour adapter leurs méthodes et une exigence vis-à-vis des Français. En outre, il est plus facile de gérer les crises quand on a une perspective, une vision d’ensemble à laquelle se rattacher.



Faut-il comme le préconise Al Gore envisager un Grenelle mondial ou en tout cas, un Grenelle européen?

J’en suis convaincu. D’ailleurs, le Président de la République, qui plaidait il y a peu à l’ONU en faveur d’un New Deal économique et écologique, a dit clairement la vocation internationale de cette initiative en soulignant que le Grenelle était aussi un moyen d’être exemplaire aux yeux de nos partenaires. Or, vous savez certainement à l’Atelier Europe à quel point la crédibilité de revendications communautaires dépend de la capacité de ceux qui les formulent à se les appliquer eux-mêmes.
Dans cet esprit, la France se retrouvera l’année prochaine en mesure, au moment de sa présidence de l’Union, d’influencer positivement les décisions communautaires en matière d’énergie et de climat.
Ensuite, l’Europe, parce qu’elle est un lieu inégalé d’expérimentation politique, parce qu’elle cultive la culture du compromis, c’est-à-dire le respect d’intérêts divergents qu’elle rend compatibles, saura être un exemple et un moteur pour un développement durable. Son rôle central dans les échanges internationaux devrait alors permettre la généralisation d’un certain nombre de normes qu’elle respectera et  fera respecter.





Michel Barnier est l’auteur de l’Atlas pour un Monde Durable aux éditions Acropole.
Vous pouvez feuilleter cet Atlas en ligne et interroger Michel Barnier sur les perspectives qu’il trace sur ce site.



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