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 Nous avons le plaisir d'accueillir une nouvelle plume, l'avocat et essayiste, Laurent Cohen-Tanugi. Rappelons qu'il fut l'un des orateurs du débat organisé à l'Assemblée nationale le 10 mai par l'Atelier Europe.


    La politique internationale et la place de la France dans le monde seront-elles l’un des enjeux de l’élection présidentielle de 2007 ? Au-delà des incidences tactiques de cette question pour telle ou telle candidature, on ne peut qu’être frappé, à quelques mois du scrutin, par le décalage entre l’intensité de l’actualité internationale, qui apporte chaque jour sa moisson d’événements plutôt préoccupants, et le peu de place que la politique étrangère occupe dans le débat politique pré-électoral.

    On explique généralement ce décalage par le caractère consensuel et relativement immuable de la politique étrangère de la France, gravée dans le marbre de l’héritage gaullien et soustraite à la discussion par son appartenance au « domaine réservé » du président de la République. La faiblesse des contre-pouvoirs parlementaires et intellectuels en la matière, qui jouent un rôle essentiel aux Etats-Unis, contribue à cet immobilisme.

    Ce consensus, confirmé à quelques nuances près par le récent « débat » de politique internationale entre les trois candidats à l’investiture socialiste, s’articule autour de quelques fondamentaux : la vocation universaliste de la France, la référence à une Europe-puissance largement incantatoire et fantasmatique, l’ambivalence, voire la rivalité plus ou moins aiguisée à l’égard de l’allié américain et de l’OTAN, l’inclination tiers-mondiste et la tendance à ramener la plupart des problèmes de la planète au conflit israélo-palestinien.

    Ce kit idéologique n’a pas fondamentalement évolué depuis son élaboration il y a plus de quarante ans, et ce malgré les deux changements majeurs de paradigme géopolitique qu’ont produit la chute de mur de Berlin, puis celle du World Trade Center.

    Or, la fin de la guerre froide a ébranlé le positionnement de la France dans le monde de multiples façons, et le tournant du XXIe siècle, inauguré par les attentats du 11 septembre 2001, n’a fait qu’accentuer cette déstabilisation.

    Celle-ci se traduit en premier lieu aujourd’hui par une perte de leadership de la France dans une Europe en crise profonde, plus dommageable encore pour notre pays que pour la construction européenne elle-même. Si la crise de l’Europe préexistait en effet au rejet du traité constitutionnel, le « non » français a privé le pays de ce qui formait la colonne vertébrale de sa politique étrangère et le vecteur de sa projection dans le monde depuis un demi-siècle.

    Par ailleurs, malgré le réchauffement diplomatique de ces deux dernières années, la confrontation de 2002-2003 avec les Etats-Unis a laissé des traces et ôté à la France son statut historique d’allié privilégié de la première puissance mondiale. Si l’on ajoute au tableau une perte d’influence en Afrique au profit de la Chine et des Etats-Unis, une relative absence de l’Asie, futur cœur du monde, et une marginalisation dans le chaos du « nouveau Moyen-Orient » malgré tout l’investissement réalisé dans cette région, on peut légitimement se demander si la persistance du consensus national sur la politique étrangère n’est pas simplement synonyme d’aveuglement.

    Les deux principaux prétendants à la fonction présidentielle ont en commun d’aborder la politique internationale avec un regard neuf et d’incarner une forme de rupture par rapport à leurs camps respectifs.

    Cette double caractéristique devrait fournir l’occasion d’une réflexion et d’un débat sur le nécessaire renouveau de notre diplomatie, dans un monde en pleine recomposition dont aucun pays ne peut plus s’abstraire et où la France peut encore jouer un rôle déterminant.

  Nouvelle approche de notre leadership en Europe, solidarité constructive et assumée avec les Etats-Unis, engagement accru au Moyen-Orient et en Afrique et renforcement de notre présence en Asie à travers l’Union européenne, contribution active à la construction d’un nouvel ordre international : telles sont les voies d’un retour de la France sur la scène internationale de ce début de siècle.

    A l’heure de l’Europe et de la mondialisation, la politique étrangère ne peut plus, dans une démocratie, constituer un domaine réservé inhérent à la fonction présidentielle. Sur ce terrain-là également, le vainqueur de 2007 devra innover…